Paris, 1957. A 21 ans, Yves Saint Laurent reprend les rênes de la maison Dior, suite au décès récent de son fondateur. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré sa vie sulfureuse, Yves Saint Laurent va révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.
Jalil Lespert a fait des mots de Guillaume Gallienne, « Tu aimais la beauté Yves », sa trame de fond. La première chose qui nous surprend, c’est toute la beauté qui réside au sein de l’image, on ne peut qu’admirer tous ces plans de Paris et du Maroc notamment. Véritable actrice du film, la musique classique s’accorde parfaitement avec les décors, le style et les scènes du film. « Élégance » est le mot d’ordre de ce biopic haute-couture. Un bel hommage à Yves Saint Laurent, que Pierre Bergé a d’ailleurs approuvé ( à la différence de la prochaine adaptation signée Bertrand Bonello ).
Autre point important, la narration. Par sa voix envoutante, Guillaume Gallienne nous fait voyager entre les années 1950-1960, années phares du créateur et 2008-2009, correspondant au décès d’Yves Saint Laurent, suivi des ventes aux enchères de leurs collections d’arts par Pierre Bergé. Ainsi, les bons dans le futur puis dans le passé s’accordent parfaitement à la logique de l’histoire.
La plus grande frustration de ce film, c’est sa fin. Dénouement trop rapide, trop léger, c’est assez décevant. Une seconde partie peut-être trop axée « descente aux Enfers ». Yves Saint Laurent ne crée plus assez, et c’est véritablement dommage.
Loin de l’adolescent de LOL (Liza Azuelos, 2009), Pierre Niney n’a pas fait qu’interpréter Yves Saint Laurent, il a réussi à incarner tous ses états, de l’assistant discret de Christian Dior au sulfureux génie, en passant par l’hôpital psychiatrique. Une gestuelle de plus en plus incontrôlable, un regard vide, un comportement impulsif, une démarche troublée, sa déchéance le dévore progressivement tandis que son succès s’accroît, sans parler de sa voix. C’est cet ensemble d’éléments qui rendent le jeu de Pierre Niney aussi réaliste.
Dans la peau Pierre Bergé, l’éternel compagnon d’Yves Saint Laurent, Guillaume Gallienne nous emporte par sa voix mélodieuse. Acteur de talent, il nous envoûte littéralement ! Il a su faire évoluer son personnage avec panache tout au long des scènes, tout en gardant une importante dignité. Amant, homme d’affaire, homme trahi, l’acteur a réussi à nous faire ressentir les propres émotions de son personnage.
Petit détail, les maquilleurs qui ont parfaitement réussi à vieillir Gallienne dans les scènes où il incarne Pierre Bergé actuellement. C’était bluffant !
Tous deux pensionnaires de la Comédie Française, ces deux acteurs ont un avenir prometteur, cela ne fait aucun doute ! Entre passion et déchirements, ce duo a su recréer la complexité du couple Saint-Laurent – Bergé.
Personnage sulfureux et mystérieux, Victoire Doutreleau (interprétée par l’ancienne Miss Météo de Canal + Charlotte Le Bon) relève quelques questions. Certaines de ses scènes demeurent être des zones d’ombres. Quelle était sa relation exacte avec Saint-Laurent ? Pourquoi a-t-elle accepté de coucher avec Pierre Bergé ? Qui est-elle réellement ? C’est avec une élégance rare que Charlotte Le Bon incarne ce mannequin, au départ très important aux yeux de Saint Laurent, qui finira par être renvoyée. Son jeu n’est pas mauvais mais contrairement à ses deux partenaires, nous n’oublions pas qu’elle joue un rôle. Nous ne sommes pas assez transportés par son jeu, dommage.

Adaptation libre de la biographie éponyme de Laurence Benaïm, Yves Saint Laurent n’est peut-être pas le biopic le plus complet qui soit, mais reste un film très esthétique, aussi bien dans sa forme que dans le jeu de ses acteurs de qualité. D’une durée d’1h40, le film est un peu trop court, certains passages auraient dû être plus approfondis. Nostalgiques du créateur, cinéphiles, amoureux de la mode, ce film vise un public assez précis par ses nombreuses subtilités. Une certaine maturité comme un minimum de culture sur le sujet sont requis.
Yves Saint Laurent de Jalil Lespert est à voir, aussi bien pour (re)découvrir un portrait de la mode mais aussi par le jeu de ses deux acteurs principaux.
Christelle Cozzi