Licence pléthorique de la Twentieth Century Fox, la saga X-Men a véritablement relancé le cinéma de super-héros dès l’an 2000 et compte désormais à son actif sept films dont ce qui semble être sa pierre angulaire sort cette semaine : X-Men Days of Future Past.
Autant être honnête d’entrée, quand on m’a dit où voulait en venir Bryan Singer avec Days of Future Past, j’ai tout de suite été sceptique. Convoquer la quasi-intégralité des personnages de la première trilogie X-Men ainsi que les mutants apparus dans First Class (2011) me paraissait en effet bien ambitieux pour un seul film. Qu’en est-il au final ? Le réalisateur qui a donné à la saga ses lettres de noblesse a-t-il réussi à lui donner un nouveau cap ?
Un futur bien sombre…
Dans un futur bien sombre, les mutants sont désormais traqués par des machines qu’ils n’ont aucune chance de vaincre : les Sentinelles. Acculés, un petit groupe de X-Men bien connus du public tente le tout pour le tout : influencer le passé pour réécrire le futur et donc faire en sorte qu’il leur soit plus clément. C’est ainsi que Wolverine va se retrouver en contact avec Charles Xavier au début des années 1970 afin de lui faire comprendre ce qu’il doit faire alors qu’il a tout bonnement baissé les bras et littéralement abandonné la cause mutante. Alors que, dans le futur, la mort peut frapper à tout moment, Logan n’a que peu de temps pour réécrire l’Histoire des Hommes comme des mutants.
Là où l’on pouvait s’attendre à ce que X-Men Days of Future Past navigue en permanence entre le passé et le futur, Bryan Singer a fait le choix de ne faire apparaître le futur qu’à certains moments clés de l’histoire. Si bien que celui-ci devient un prétexte à l’action dans le passé. On sent d’ailleurs les limites de ce futur qui se met en place sur un total de deux décors… Un peu trop chiche pour être crédible ! Avec une scène d’ouverture pareille, on s’attendait à une mise en scène bien plus développée du côté du futur. Un espoir déçu malheureusement.

Avengers façon X-Men ?
Et pourtant, X-Men Days of Future Past réussit à tirer son épingle du jeu dans le passé. Malgré tous les efforts de Wolverine qui pensait sans doute, comme d’habitude, voler la vedette à ses petits amis mutants, le film se centre véritablement sur les personnages du Professeur X et surtout Mystique. Ceux-ci vont devoir prendre leurs responsabilités d’une manière ou d’une autre et faire un choix dans leur combat pour la cause mutante. Là où les précédents films de la saga traitent généralement de sujets plus sociétaux, le nouveau film de Bryan Singer a une échelle plus personnage dans son intrigue. Il ne s’agit pas vraiment de convaincre les humains de donner une autre chance aux mutants mais plutôt aux mutants de faire le choix du pacifisme ou non.
Par sa structure et son intrigue, X-Men Days of Future Past fait le choix difficile de se passer de scènes d’action gargantuesques. Ne vous attendez pas à regarder le Avengers des X-Men malgré ses aspects de cross-over. En effet, dans la mesure où le principe même de l’intrigue est d’éviter le combat final, ce blockbuster aura du mal à livrer un spectacle à vous décrocher la mâchoire. Ce qui ne veut pas dire que le film manque de rythme. En dehors d’un milieu de film où la tension retombe brusquement, Bryan Singer réussit à donner du tempo à son long-métrage avec quelques scènes d’action bien réalisées.

Fan service
Avec Days of Future Past, on a l’impression que Bryan Singer a décidé de réaliser un film qui mettra tous les fans des comics d’accord. En découvrant tous les personnages adorés de la précédente trilogie (Wolverine, Magneto, Kitty Pride, Iceman, Storm et j’en passe…) les amateurs de la saga se retrouveront chez eux, dans un film qui ne lésine pas sur le fan service. Bien sûr, je vous laisserai le plaisir de découvrir tous ces moments croustillants aux yeux du connaisseur. On se souviendra notamment d’une apparition courte mais remarquée d’un Quicksilver survolté et hilarant.
Dans cette myriade d’acteurs, seuls trois se font vraiment remarquer et ils sont tous issus de First Class. Jennifer Lawrence, James McAvoy et, dans une moindre mesure, Michael Fassbender profitent d’un script qui leur est favorable en terme de temps à l’écran pour déployer leur talent. On se souviendra également de Peter Dinklage dans le rôle de Bolivar Trask qui n’aurait toutefois pas volé un développement un peu plus intéressant. En dehors de Hugh Jackman, dont le futur dans la saga est de plus en plus incertain, les autres acteurs sont relégués au rang de clin d’œil. Omar Sy, par exemple, aura tout juste le temps de décocher quatre mots en 2h10 de film ! Ça doit être un record.

Paradoxe temporel
En dehors de quelques longueurs, le véritable problème de X-Men Days of Future Past réside dans sa gestion des scènes dans le futur. Si l’on comprend bien le plaisir qu’ont eu le metteur en scène et le service des effets spéciaux à représenter la mort (autrefois bien rare) de mutants connus, il est toutefois difficile de s’attacher à certains de ces personnages. Par manque de temps, on tombe également dans le manque d’enjeux. Certaines scènes d’action, aussi stylisées soient-elles, paraissent ainsi plutôt vaines.
X-Men Days of Future Past reste un divertissement particulièrement agréable pour l’amateur de la saga qui ne boudera pas son plaisir. Je laisse les ingénieurs de l’espace-temps démêler le sac de nœuds créé par le vaste paradoxe temporel créé par Bryan Singer, là n’est pas le propos de cette critique. Le scénario a beau faire des pieds et des mains pour rattacher ses événements à ceux de la trilogie originelle, subsistent toujours de nombreuses incohérences. Avec ce film choral, le fan des mutants en aura très clairement pour son argent avec un blockbuster d’une rare densité. Le pitch de départ était dangereux mais le réalisateur s’en est étonnamment bien tiré.
T.M.