Voilà un film qui sera vous prendre par les sentiments, sans vous ménager une seule seconde, un long-métrage qui vous embarque de force dans un périple insensé, un voyage inattendu qui pourrait à l’occasion vous permettre de découvrir (ou redécouvrir) l’essence même du cinéma, et vous transportera sans aucun doute jusqu’à sa dernière seconde au cœur même de la vision d’un cinéaste qui redéfini ici les codes. Victoria est bien plus qu’un simple prénom…

Les premières secondes de ce film sont synonymes d’une naissance : éblouissantes et assourdissantes. Dans tout ce vacarme, nous faisons la connaissance de Victoria, jeune et insouciante expatrié espagnole au cœur de la capitale Allemande. Dès lors, nous suivons son parcours noctambule dans les rues Berlinoises, sa rencontre avec quatre jeunes qui l’entraîneront au fur à mesure dans une longue descente aux enfers.
Le seul et unique plan séquence (de 2h20 quand même) fait la force de cette aventure si différente, complètement folle et carrément suicidaire. Oui Victoria une énorme claque cinématographique. Oubliez Gravity, effacez de votre esprit l’apathique Birdman, ou encore La Casa Muda de G.Hernandez, ici Sebastien Schipper dit vouloir retrouver l’esprit de films tels qu’ A bout de souffle ou Apocalypse Now, et le pari est réussi: celui de mettre en images une folle parenthèse dans la vie de quatre individus dont on imagine dès les premiers minutes le destin.

Rien est ici dû au hasard, chaque mouvement, chaque situation trouve sa place dans la mise en scène et les choix artistiques (photographie, mise en scène, sons, musiques) choisis sont vraiment judicieux. Oui parfois il y a du grain, on ne voit pas vraiment grand-chose, mais ces imperfections rendent le film beau et renforce la puissance de ce plan séquence. Son utilisation accentue et image cette difficulté que peut avoir un individu dans une situation qui le dépasse, en territoire inconnu.
Côté casting, rien à redire. Laia Costa (Victoria) est surprenante du début à la fin. Deux scènes m’ont littéralement laissé sans voix (la séquence dans le café et celle de l’hôtel). Son tandem avec Frederick Lau (Sonne) fait des merveilles. A noter les prestations de Franz Rogowski (Boxer), Maximilian Mauff (Fuss) et Burak Yiğit (Blinker), qui rendent au groupe une harmonie parfaite.
Sans oublier, tout au long du film, la force du scénario qui ne cesse de jouer avec nos nerds et nous mène par le bout du nez tout en arrivant à nous perde à plusieurs reprises. Bravo !

Ce qui se passe dans la nuit de Victoria, est une chose qui peut arriver à n’importe qui, un simple choix, une rencontre anodine peut avoir de grandes conséquences. La vie tout simplement.
Victoria mérite les récompenses ultimes ! Faire un vrai plan séquence de 2h20 est une prise de risque de nos jours qui paie, un casting haut en couleur, et un travail sonore maitrisé font de ce film mon coup de coeur de ce mois de Juillet. Alors n’ayez pas peur et allez à la rencontre de Victoria.

Adrien Phocas