« A long time ago, we used to be friends, but I haven’t thought of you lately at all… » Aaah, les Dandy Warhols, l’année 2007 et ce petit générique coloré d’une série sans prétentions où je suivais les aventures de la belle Veronica qui illumina les rares fois où je fus content de regarder M6… Et depuis, plus rien. Silence radio. Pourtant…
Alors que plus personne ne l’espérait, des nouvelles de la planète Mars ont dernièrement bouleversé le cours des choses à Hollywood de façon inédite, ressuscitant de façon totalement inattendue ma douce Veronica (interprétée par la trop rare KristenSans Sarah rien ne vaBell) que l’on croyait pourtant morte et enterrée. Bonne nouvelle des étoiles, donc. Personne n’avait vu la chose venir, pourtant. Et à vrai dire, honnêtement, comment aurait-on pu s’imaginer un tel scénario ? Ni les fans (dont je fais partie depuis la première heure), ni les geeks sur leurs forums, ni même Rob Thomas le propre créateur de la série… et encore moins les studios Warner Bros. ne s’attendaient à ça.
Mais alors que s’est-t-il passé pour que ce retour de la Miss Détective (si souvent espéré et parfois annoncé mais jamais concrétisé jusqu’à aujourd’hui) fasse autant de bruit ?
Flashback, tout d’abord. On avait quittée la petite communauté californienne de Neptune il y a de cela 7 ans déjà, et le moins que l’on puisse dire c’est que ce ne fut pas sans douleur. Dans le cas classique, un season finale exige bien entendu un suspens insoutenable, capable d’entretenir la flamme en attendant la diffusion de nouveaux épisodes (juste pour voir, allez donc en parler aux aficionados de The Walking Dead ou de Game of Thrones, vous comprendrez peut-être la souffrance cachée derrière le mot PROCHAINEMENT)… Mais dans le cas de Veronica Mars, le glas avait sonné bien en amont, bouclant ainsi assez abruptement la série et laissant sur le carreau des millions de Marshmallows (surnom des fans du show) face à un terrible suspens sous forme de double cliffhanger : le père de Veronica allait-il donc pouvoir accéder au poste de Shérif malgré ses problèmes avec la justice ? Etait-ce là la fin d’une époque ? Et plus inquiétant encore, suite à son stage au F.B.I., Veronica allait-elle quitter définitivement sa ville natale et ses amis, réduisant ainsi à néant son éventuelle carrière de détective privée que tout le monde s’imaginait déjà acquise ?
Cas assez surprenant, donc, que celui de Veronica Mars le film. Cette série qui, du temps de sa diffusion, ne fit pourtant pas de gigantesques vagues côté critique comme du côté audimat, parvint toutefois à créer un véritable culte autour du show, construit, selon son créateur, « telle une version lycée d’un roman de Raymond Chandler » (ou comment, sur trois saisons filmées façon polar aux codes visuels plutôt novateurs, une paria d’à peine 17 ans résout des enquêtes criminelles avec le flegme d’un Humphrey Boggart, grâce à l’appui de son père détective privé et de ses gadgets espions, le tout parsemé d’une voix off ne crachant pas sur une ironie bien sentie).
Malgré tout ce capital sympathie de la série acquis lentement mais sûrement, le forcing des fans de VM ne sera pas pris en compte ; les pauvres auront beau rédiger des milliers de lettres alternant supplications, menaces, puis finalement insultes envers la chaîne responsable de la fin précipitée du show, même leur initiative d’inonder la maison mère d’une tonne de barres chocolatées MARS, en guise de clin d’oeil désespéré, ne donnera aucun résultat probant.
Retour au Présent. Face à l’ardeur des fans qui les harcèlent, Kristen Bell et Rob Thomas décident de montrer à la Warner que le public est suffisant pour justifier un retour de Veronica. Et si ce n’est pas par la petite lucarne que cela doit se faire, ce sera sur grand écran, qu’importe, voyons les choses en grand. Ainsi, en lançant une campagne de financement participatif via Kickstarter, leur objectif n’est alors pas de rassembler un budget conséquent pour réaliser le film mais bien de prouver qu’il existe un nombre important de personnes acquises à la concrétisation de ce projet.
C’est ainsi qu’en un peu moins de douze heures, les 2 Millions de Dollars utopiquement demandés sont largement atteints et dépassés, cumulant au final pas loin des mirobolants 5, 7 Millions !! Record absolu pour du crowdfunding qui ne partait pas forcément gagnant. La Warner ne peut alors que s’avouer bluffée et accepte, via sa filiale WB.Digital de finalement produire et distribuer le long métrage. Un comble. Et une évidence, donc, que le film soit « dédié aux 91 585 supporters à travers le monde qui ont ramené Veronica à la vie ». Il leur doit tout.
Par conséquent, Veronica Mars le film est devenu involontairement le porte étendard d’une génération télévisuelle biberonnée à Internet et, pour certains réalisateurs désespérés, le symbole d’un nouvel El Dorado leur permettant de pouvoir sortir de la crise touchant cruellement les projets à petits et moyens budgets auxquels les studios refusent de croire. Depuis, l’aventure a logiquement fait des émules. Zach Braff (The Garden State), Spike Lee et même Michelle Laroque en France se sont engouffrés dans cette miraculeuse brèche pour concrétiser leurs prochains longs métrages.

Mais au fait, de quoi parle la version cinéma des périples de VM ? A vrai dire, le postulat est on ne peut plus simple (mais pas pour autant simpliste) : Veronica, à deux doigts d’entamer une grande carrière d’avocate au sein d’un cabinet new-yorkais prestigieux, décide de revenir précipitamment à Neptune pour venir en aide à son ex, le beau Logan de la série (toujours interprété avec coolitude par Jason Dohring) dont on devine qu’elle est restée amoureuse, malgré le fait qu’il soit désormais suspecté d’avoir assassiné sa nouvelle girlfriend (une de leur amie d’enfance devenue pop star sous le pseudonyme marketing de Bonnie DeVille). Bien sûr, pour rétablir la vérité, elle va devoir faire appel à ses anciens comparses qui ne peuvent résister à l’idée de reformer leur ancienne équipe d’outcasts.

On pourrait craindre un épisode artificiellement étirée sur 1h30 mais il n’en n’est rien. Veronica Mars est au final un vrai film de cinéma. Qui plus est filmé en scope, s’il vous plaît ! Tout ceci sous-entend malgré tout une question majeure : Doit-on obligatoirement connaître la série pour apprécier pleinement le film qui en est son prolongement ? Comme ce fut le cas il y a 20 ans pour Twin Peaks et son fascinant préquel ciné Fire Walk With Me, la réponse est OUI et NON. OUI, si l’on veut avoir cette enivrante sensation de déguster une madeleine de Proust, car c’est le cas. Et NON, si l’on découvre tels quels les personnages et l’histoire intelligemment balisée pour que personne ne se retrouve largué au sein d’un film qui ne s’adresse plus désormais à un seul public particulièrement restreint mais bel et bien à tout le monde. Pourquoi ? Parce que Rob Thomas a fait du très bon boulot, n’en déplaise à ses détracteurs. Bah ouais, les gars, désolé ! On retrouve toutes les références scénaristiques et visuelles qui avaient participé à l’ambiance si particulière de la série originelle, les principaux protagonistes sont de retour et leurs punchlines sont souvent à mourir de rire. Même le chanteur des Dandy Warhols est là pour un cameo d’anthologie : il interprète le rôle d’un guitariste de rue… et devinez ce qu’il chante ? We used to be friends, évidemment. Quant aux questions laissées en plan à la fin de la saison 3, que les fans se rassurent, les réponses sont dans le film, distillées de façon épisodiquement jouissives.
Alors heureux ? Etonnamment, oui. Même si le passage du petit au grand écran pouvait s’avérer risqué pour Veronica Mars (on se rappelle pour triste mémoire comment furent massacrés les mythiques Agence Tout Risque, Drôles de Dames et autres Mission : Impossible, tous tant éloignés du concept de base que c’en était affligeant), force est de constater que le résultat est loin d’être un échec et aura le mérite d’inaugurer humblement, mais de manière assez significative, le concept de film à la carte, financé par les fans et donc écrit et pensé pour eux… ce qui n’est pas, à l’avenir, sans provoquer de futurs enjeux industriels inédits. (Pour nous pauvres Français, ils nous faudra toutefois nous contenter de la VOD…)
Alors, Is there life on Mars ? Définitivement oui, monsieur Bowie.