Une Nouvelle Amie: Interview avec François Ozon et Romain Duris

Après les très bons, Potiche, Dans la maison et plus récemment Jeune et Jolie, le réalisateur François Ozon fait son retour derrière la caméra pour notre plus grand plaisir. Bien plus qu’une adaptation contemporaine ou parodie/pastiche de la Cage aux Folles, Une Nouvelle Amie raconte l’histoire d’une rencontre: celle d’une jeune femme qui tombe en dépression après le décès de sa meilleure amie, et le mari de celle-ci, un jeune veuf, reclus chez lui, qui commence depuis peu à se travestir.

L’équipe de Skript.fr a eu la chance, il y a quelques jours, de rencontrer et discuter le temps d’un interview avec le metteur en scène français au côté de l’un des comédiens les plus bankable et ambitieux de sa génération: Romain Duris.

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Le Côté Social.

François Ozon: «  Lorsque j’ai commencé à penser le film, je n’y réfléchissais pas. Mais il se trouve qu’au moment de l’écriture il y a eu toutes ces manifestations et je me suis rendu compte qu’effectivement j’étais en plein dans le sujet. J’ai été choqué, comme beaucoup, par toutes ces violences, je me suis alors demandé comment je devais réagir face à tout cela: faire un film qui aborde d’une manière exigeante et compliquée la famille, la sexualité … Comment en parler ? Il ne fallait pas être agressif, polémique et politique. Au contraire il fallait faire un film de cinéma et embarquer le spectateur dans un récit complexe et faire en sorte que les gens s’ouvrent et comprennent cette histoire. Il n’y a jamais eu cette envie de choquer ou de juger les manifestants en les traitant d’abrutis comme certains ont essayé, au contraire je tentais de leur faire comprendre que les choses étaient plus complexes, ni roses, ni bleues.  »

La Motivation.

François Ozon:  » Ce qui m’intéressait c’était cette frontière qui existe entre l’amitié et l’amour, cette frontière qui pouvait être parfois assez poreuse. J’aimais aussi cette idée que dans toute histoire d’amour, nous revivions quelque chose d’une expérience passée. Peut-être que la mort de Laura est le moteur de tout ceci. Sans ce décès le personnage de Romain ne se serait jamais transformé, celui de Claire n’aurait pas eu ce besoin nécessaire d’affection, de retrouver le double d’un être perdu. 

Le fait d’avoir Romain a forcément aidé à financer le film, même si mes précédents ont plutôt bien marché et ne nécessitent pas beaucoup d’argent. Il n’y a pas de grosses économies autour de mes projets. J’ai auditionné d’autres acteurs que Romain, j’ai même travesti, coiffé, maquillé beaucoup de comédiens français… J’ai des photos qu’il faudra que je sorte un jour (rires). Je voulais tester, je voulais comprendre. Beaucoup étaient très mal à laises, certains étaient amusés mais ne ressentaient pas la forte émotion nécessaire pour le personnage. J’avais lu une interview dans laquelle Romain évoquait le fait qu’il adorerait jouer une femme au cinéma, alors je l’ai simplement appelé. Il y avait une évidence, non pas physique, mais un plaisir, quelque chose de ludique qui n’était pas pervers, mais léger.  »

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L’Image de l’Acteur.

Romain Duris: «  Pour un comédien, c’est une façon de se déguiser, en tout cas de vivre un changement radical, tout en restant dans des émotions, des sentiments qui sont quotidiens et réels ou concrets. C’est rare au cinéma de pouvoir jouer un changement aussi important. Le cas ultime serait interpréter un super-héros, mais qu’importe: votre personnage habite une autre réalité. Si il y a tout un protocole d’efforts à accepter entant qu’acteur pour ce type de rôle, vous pouvez pour autant toujours jouer le geste de commander un café au contour de manières naturelles. Il y a quelque chose de très radical, tout en restant sur terre, et pour un acteur c’est très jouissif. Je voulais être belle, parfois je me regardais dans le combo, pour la première fois je travaillais précisément certains profils. Je voulais être féminine, il y a des détails qui ne passent pas à l’écran pour le spectateur.  »

Le Travail.

Romain Duris:  » J’ai effectué tout un travail physique avec une danseuse, pour être un peu plus habile et avoir confiance en quelque chose de concret, avoir physiquement confiance en un « moi » que je n’aurais pas à remettre en question par la suite. On sentait bien que nous allions proposer quelque chose de drôle, mais jamais rire sur la capacité d’être femme, jamais contre le personnage, il fallait rire avec elle.  »

Précédemment.

François Ozon:  » Il y a en quelque sorte deux formes de film qui évoquent le travestissement. Les films dramatiques qui sont proches de la réalité: ce que vive les gens qui se travestissent, l’aspect social et familial sont importants et difficiles, comme les films de Fassbinder et Dolan. Et puis il y a des films Américains, des comédies, comme Tootsie, Victor, Victoria, Certains l’aiment chaud dans lesquels les personnages ne travestissent pas par désir mais parce que la situation les oblige à se travestir. Souvent le chômage est d’ailleurs le point commun de toutes ces comédies. Dans mon film il y a bien entendu le deuil important d’un personnage, mais je ne voulais pas pour autant refuser l’aspect comédie qu’il pouvait y avoir à certains moments. Certaines scènes font sourires, pas rires, mais sourires.  »

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Hitchcock, Référence Ultime ?

François Ozon:  » Vertigo, Psychose font parti des inspirations bien entendues. A la différence prêt que je suis beaucoup plus optimiste, mon film se termine bien a la différence de Vertigo par exemple. J’ai volontairement changé la fin de la nouvelle qui a inspiré le film. Je ne la trouvais pas très intéressante, un peu dépassé, elle date des années 70/80 dans une certaine Angleterre. A l’époque elle avait certainement un sens. Depuis beaucoup de choses ont changé, ma propre vision aussi d’ailleurs.  »

Pourquoi.

Romain Duris: «  La transformation et François Ozon bien entendu. Il n’y avait pas forcément de mise en danger, mais bel et bien un risque qui moi, acteur, m’intéressait. Vous ne pouvez pas faire ce métier, accepter un tel rôle sans prendre de risque, c’est barbant.  »

 E.A – Interview réalisée le 14/10/2014