Un Village Français : L’acteur Richard Sammel nous parle de la saison 6

A quelques heures à peine du tournage des premières scènes de la seconde saison de The Strain, notre parrain et comédien Richard Sammel, nous a reçus en direct de Toronto, habillé et maquillé dans sa loge en machiavélique Thomas Eichhorst, le temps d’un premier entretien centré sur la sixième saison d’Un Village Français, série française à succès qui ne cesse de passionner les spectateurs depuis 2009.

Sans langue de bois aucune, Sammel discute de son rôle, de l’évolution de sont terrible personnage Heinrich Müller au cours de ces dernières saisons et de l’avenir de la série sur France 3.

_________________________________________________________________

Un premier souvenir de casting …
Ce qui est marrant, c’est qu’à la base je n’auditionnais pas pour le rôle de Müller, mais pour un autre. Ce personnage là n’avait d’importance que durant la première saison. J’ai été dès le départ très honnête avec la production, notamment avec Philippe Tribois, je ne voulais pas jouer le rôle d’un militaire nazi lambda. Le comédien que je suis devait pleinement trouver un appétit dans le rôle que l’on me proposait. Finalement ils m’ont proposé le rôle de Müller, il y avait alors beaucoup plus de potentiel.

Donner vie au personnage …
L’envergure du personnage était intéressante tout comme sa fonction au sein du groupe qui était bien déterminée dès le départ. Il maintenait haut et fort cette pression du danger face aux autres personnages de la série. On lui a rapidement ajouté une faille, cette blessure de guerre. Je me rappelle d’ailleurs encore jouer ce long monologue devant le personnage d’Hortense dans la seconde saison, le personnage alors se dévoile, c’était important. Il fallait donner de l’humanité à Müller tout en axant son caractère fort, il devait être un ennemi crédible sans pourtant se réduire à sa pure fonctionnalité de méchant, ce qui était au début assez compliqué. Mais les scénaristes m’ont rapidement donné la possibilité de montrer quelque chose d’autre. Le costume de nazi est rapidement passé à la trappe, nous devions être au plus proche des personnages et mettre de côté tous ces artifices. Müller est un homme qui a des convictions fortes, il peut paraître parfois comme une sorte de salaud mais il y a toujours quelque chose de foncièrement humain chez lui. Pour moi la première chose était d’être crédible avec à moi-même, bien avant les spectateurs et la caméra, je ne voulais pas devenir une simple machine de guerre. C’était une de mes préoccupations premières. Ensuite je me suis concentré sur cette blessure de guerre, sur son caractère idéologue et pragmatique. Encore une fois, il fallait être crédible et ne pas surjouer mon personnage, le résultat n’aurait jamais fonctionné ou aurait paru ridicule.

unvillagefrancais richardsammel

Un salaud qu’on aime …
Le spectateur s’intéresse au destin de chaque personnage, qu’il soit méchant, bon ou lâche, qu’importe ! Les bons sont intéressants parce que les scénaristes ont su montrer leur côté sombre et les méchants sont intéressants car leur côté humaniste est traité intelligemment. Tous les personnages de cette série sont brisés d’une manière ou d’une autre. La méchanceté et la bonté aujourd’hui sont entremêlées. Il n’y a plus de frontières. Il n’y a qu’a jeter un œil aux séries à succès de ces dernières années : Breaking Bad, Dexter… Ces héros sont au minimum torturés au maximum des serial-killers. Malgré tout, les spectateurs s’attachent à ces personnages. Les héros de contes de fées n’existent plus; nous sommes tous malades, perturbés, potentiellement bons ou potentiellement mauvais, la vie nous forme dans un sens ou dans un autre.

Müller dans cette sixième saison …
Les faits historiques sont assez simples, c’est la défaite, c’est la débâcle. Müller clairvoyant comme il est, voyait venir ce chapitre presque ultime. Il n’y avait pas de surprise. Je me concentre alors beaucoup sur le côté « privé » du personnage qui tente tant bien que mal de survivre. Je connais mon personnage, je l’habite depuis cinq ans. Pour moi à chaque début de saison, j’ai rendez-vous avec quelqu’un qui existe, moi Richard Sammel, je suis retourné voir Heinrich Müller, nous avons regardé et lu les scènes dans lesquels nous devions jouer ensemble et nous nous sommes rapidement dit  » allons-y ». Mon personnage a aussi un lien très fort avec Hortense, elle est la raison pour laquelle mon personnage veut survivre, elle le sort d’une torpeur. Il s’abandonne peut-être aussi à son destin, sa fonction militaire en ressort gros comme une maison. Une fois la guerre éclatée, Müller n’a pas eu d’autre choix que devenir ce militaire, Hortense lui rappelle qu’il est aussi un homme qui aime une femme . Il y a le devoir militaire, l’histoire d’amour très forte et la volonté de survivre aux évènements. Émotionnellement c’est très fort. Nous avons eu la chance d’avoir le même réalisateur entre les derniers épisodes de la précédente saison et ceux de la sixième, il y avait une continuité dans l’évolution des personnages.

unvillagefrancais richardsammel3

The Strain vs Un Village Français
Je ne cherche pas le confort, je cherche la qualité. La liberté vous pouvez la retrouver partout. Vous pouvez être bon acteur sur une chaîne locale, dans un tout petit théâtre dans le XXème, sur une scène nationale, dans un blockbuster à la Avengers ou dans une série américaine comme française. Je me fiche complètement de la grandeur de la voiture qui vient me chercher ou de la loge. Je recherche aujourd’hui une certaine qualité palpable sur l’écran, et celle du Village Français est indéniable, les personnages existent, on croit à cette aventure, on croit aux conflits. C’est de l’or pur pour nous comédiens. Le succès, et la richesse sont des produits secondaires du travail d’artiste que nous faisons. Je ne cherche pas directement le confort et l’argent dans ces projets, je cherche la qualité et l’excellence, pouvoir être en symbiose avec un personnage crédible à l’écran. Le Village me permet tout cela. Je défendrai bec et ongles cette série.

Comment définir cette Saison 6 ?
L’humanité ébranlée, effritée… mais LIBÉRÉE [ndlr : Il imite Charles de Gaulle]. Chacun des personnages a un drame énorme à jouer. Chacun a perdu, chacun va perdre, dans tout les cas : chacun joue sa vie. L’humanité sera libérée au prix d’un effort mortel et nos destins seront plus qu’intéressant à suivre.

unvillagefrancais richardsammel2

 

La Peur de la fin …
Le Village un Français a un grand avantage sur beaucoup d’autres séries, son temps est limité d’avance puisqu’elle raconte l’histoire de l’occupation, nous savons quand elle a commencé et nous savons quand elle s’arrête. Donc notre temps est limité, et la fin approche à grands pas. Il y aura une septième saison, cela a toujours été dit. Raconter le destin de ces personnages après la guerre est d’autant plus intéressant. Les histoires sur la guerre s’arrêtent toujours après la Libération, et la phase d’après-guerre commence souvent vers 1948-50. L’entre deux est rare. Je n’ai pas peur de voir cette série se terminer, c’est une très belle histoire. Bien au contraire, j’aurais eu peur de voir la production surfer sur le succès de la série en écrivant et diluant de nouvelles histoires et saisons… jusqu’à lasser le spectateur et clore ou bâcler la série faute d’audience. Mettre de l’eau dans du vin ce n’est jamais bon.

La septième saison sera t-elle la dernière ?
Oui !

Et si France 3 engageait une huitième ?
Ce n’est pas à moi de décider, mais j’y crois peu. Si envie il y a, elle doit servir à donner du courage aux chaînes de s’engager dans une nouvelle aventure. C’est cela qui est important : avoir de nouveaux projets. Il faut donner la chance à un nouveau Village Français de pouvoir vivre et fonctionner. Cette série a prouvé qu’il y avait quelque chose d’intéressant à faire dans ce domaine, et pourtant nous ne partions pas gagnants : une série sur la guerre… sur France 3… la série avait tout l’air d’un « truc un peu vieux jeu » et au final la série est moderne, elle a passionné la France entière sur trois ou quatre générations, c’est un outil de pédagogie magnifique et plaisant, les survivants qui ont vécu cette période s’y retrouvent. C’est incroyable !
Une idée quant à la fin de votre personnage ?
Non, pas vraiment. Je suis comme tous les autres, je peux émettre des hypothèses : entre le lynchage, une mort plus classique, quelque chose de plus épique sur la bataille, disparaître en catimini, ou un happy end Hollywoodien : se retrouver au côté d’Hortense sur une île déserte avec un trésor… tout est possible. J’ai envie d’une fin qui me surprend.  Cela a toujours été le cas avec cette série. Il y avait toujours des surprises, je pressentais toujours quelque chose, mais jamais sous ces formes. J’espère que cette excitation sera maintenue jusqu’à la fin. Le destin de ces personnages m’excite !

unvillagefrancais richardsammel5

EA – Interview réalisée entre Nantes et Toronto (Canada) le 17/11/2014