La quatrième saison de The Walking Dead a pris fin dimanche dernier. Cette année encore, le show était coupé en deux demi-saisons, séparées par la trêve hivernale.
Lors des saisons 2 et 3, il était facile de percevoir l’enjeu de la saison entière même si le final de mi-saison amenait son lot de surprises. Cette année, on pourrait presque dire qu’AMC nous a proposé deux saisons de 8 épisodes tant chaque partie était différente, l’une se déroulant au sein de la prison et l’autre avec un retour sur la route des survivants. Et pourtant, les thèmes abordés relèvent d’une certaine cohérence, même si celle-ci se révèle tardivement.
Attention, cet article contient quelques spoilers majeurs concernant les événements de la saison 4 The Walking Dead.
L’homme est un loup pour l’homme
La première partie de cette saison 4 se révèle assez inconsistante. D’abord, la maladie est le nouvel enjeu auquel font face les survivants. Difficile de s’intéresser à cet arc narratif qui sert juste à montrer quelques zombies, qui étaient en grande partie absents de la saison précédente… et à délester le groupe de survivants de quelques personnages. Le spectateur ne peut s’empêcher de se demander ce qu’est devenu le Gouverneur, tyran de la communauté de Woodbury qui était au cœur de la saison 3, lâché dans la nature lors du final. Ce dernier épisode s’était révélé jouissif, parce qu’enfin la démence du personnage était révélée au grand jour. En même temps, ce statut quo était surprenant pour un personnage aussi emblématique.
Ce n’est que lorsque la série s’éloigne du groupe de survivants et s’intéresse au sort de Philip Blake qu’elle reprend du poil de bête. Son retour dans les trois derniers épisodes de la première partie de saison est intelligemment amené puisqu’il fait peser une menace importante sur le groupe de Rick et des survivants, toujours terrés dans la prison. Le personnage a ceci d’intéressant que malgré son caractère manipulateur et agressif, il paraissait toujours tiraillé entre le bien et le mal. Jusqu’au bout, on veut croire que son humanité va prendre la pas sur l’animal enragé que l’on avait aperçu dans l’ultime épisode de la saison précédente. La tension est d’autant plus grande que, comme dans la saison précédente, le Gouverneur va réussir à faire s’opposer aux survivants des personnes honnêtes qui essaient juste de sauver leur peau.

Lors d’un assaut sanguinaire, comment faire la distinction entre le fou furieux et l’honnête homme qui cherche à protéger ses proches ? Dans la première partie de la saison, le Gouverneur a choisi de mettre le curseur du côté de la barbarie sanguinaire. Symétriquement, c’est à Rick qu’il faut appliquer le même questionnement dans la seconde partie. Dans le dernier épisode, Carl lui demande s’ils sont de « bonnes personnes » ; Rick lui répond oui sans sourciller. Pourtant, les morts causées par le groupe de survivants sont-elles plus justifiées que d’autres ?
Cette question a toujours été centrale depuis le début de la saison 3. Mais elle prend un sens encore plus profond lorsque Rick, dans un accès de rage, mord un de ses assaillants dans le final de la saison 4. Le parallèle avec les zombies est maintenant fait quasiment explicitement, et la frontière entre l’humanité et la monstruosité n’a jamais paru aussi fine.

La fin d’un tabou
Avant l’arrivée des chaînes du câble, le sexe et le sang étaient encore des tabous dans les séries américaines. Ces barrières disparues (Game Of Thrones en est un bon exemple), il restait un interdit qui n’avait jusque là pas été dépassé : le meurtre d’enfants. Un interdit que la saison 4 de The Walking Dead franchit à plusieurs reprises.
Ces scènes ne sortent pas de nulle part, et c’est cela qui est appréciable. Elles viennent compléter, brutalement, un processus de réflexion sur la place de l’enfant dans un monde voué à l’extinction de la race humaine. On se souviendra du moment où Carol entreprend de détruire l’innocence des enfants du groupe pour leur apprendre à manier des armes. Ou encore lorsque Carl tue de sang froid un enfant d’un groupe opposé. Les héros en viennent à se demander si les enfants ont encore le droit à l’insouciance, alors même que leur souci principal est la survie.

Dans les saisons précédentes, Carl cristallisait à lui seul ces interrogations. Aujourd’hui, il a grandi et on est heureux de voir que d’autres personnages prennent le relais pour donner un nouveau souffle à cette thématique de l’enfance perdue. Car au delà, c’est la question du futur qui se dessine ; question qui apparaît de plus en plus centrale à mesure que la saison avance. Et c’est en cela que les deux parties sont implicitement connectées entre elles. À chaque endroit, sur la route ou dans un asile sécurisé (la prison), les héros hésitent : rester ? Partir ? Pour quoi faire ? Difficile de se résoudre à vivre quand on ne pense qu’à survivre.
Pendant la deuxième partie de la saison, les personnages convergent tous vers le « Terminus », cet endroit au bout des lignes de chemin de fer. Sans révéler précisément ce que veulent les occupants de ce terminus, le final pose les bases d’une saison 4 et place le groupe dans un pétrin duquel on le voit difficilement s’en sortir.
Mais, forts de leurs expériences passées, nos survivants savent bien qu’aucun fort n’est imprenable.
Écrit par Martin C.