The Man from UNCLE: La bande-son qui réchauffe sacrément la guerre froide !

« La bande-son qui réchauffe sacrément la guerre froide »

En attendant de découvrir le film au cinéma ou de savourer la bande-originale du prochain Tarantino, ou encore déguster un nouvel album signé Ennio Morricone (…nan je rigole … on peut rêver), voilà une soundtrack à écouter d’urgence ! Une bande son rendant un très bel hommage aux meilleurs des musiques du film d’action des années 60 et 70 avec une partie soul/ jazz que ne renierait pas ce bon vieux « Qwentin ».

A l’instar d’un Tarantino, Guy Ritchie s’est surtout fait connaitre par l’invitation à son festin cinématographique de musiques exhumées de sa discothèque personnelle (« Lock, Stock and Two Smoking Barrels », « Snatch », « Rocknrolla », … ).manfromuncle soundtrack005

Ici, dans sa réinterprétation de la série télévisée « Man from the U.N.C.LE » (Agents très spéciaux) pour le grand écran, seuls quelques titres reprennent cette approche : Roberta Flack et son « Compared to what » parfaite entrée soul jazz cool au film semble t-il , le brésilien Tom Ze (fondateur du tropicalisme dans les années 70 avec d’autres artistes brésiliens comme Caetano Veloso et Gilberto gil ) et son « Jimmy Renda Se » qui ne manquera pas de surprendre par son mélange surprenant de rock teinté de psychédélisme et de musique brésilienne , ou encore Solomon Burke (l’un des pionniers de la musique soul avec Sam Cooke ou Ray Charles ) et son « Cry to Me » mais aussi le plus anecdotique « Five Months, Two Weeks, Two Days » du trompettiste de jazz américain Louis Prima. A cela s’ajoute pour compléter l’ambiance jazz-cool /soul dominante de ce versant de la bande originale, le titre « Take Care of business » de la grande Nina Simone, l’interprète mondialement connue de « Baby Just Cares for Me » et dont un autre titre encore plus incontournable « Feeling Good » accompagnait les trailers du film.manfromuncle soundtrack002

L’autre partie du score est composée de morceaux composés spécialement pour ce long-métrage, si l’on excepte les deux chansons italiennes de Luigi Tenco et de Peppino Gagliardi.

Comme il l’avait déjà fait pour ses « Sherlock Holmes », chargeant Hans Zimmer d’offrir un score original à sa relecture toute personnelle du célèbre détective, le cinéaste convoque ici le compositeur britannique Daniel Pemberton à livrer une partition « ritchiesque » sur l’histoire de ce duo d’espions. Pemberton, est peu connu en tant que compositeur de musiques de film ayant surtout écrit pour de nombreuses séries et de nombreux documentaires télés ou bien des musiques de jeux vidéos (Little Big Planet par exemple) mais sa réputation outre-manche semble grandissante puisqu’il sera le compositeur du Steve Jobbs le prochain Danny Boyle.

Le score offert par ce jeune compositeur est très riche et très réussie, il nous offre une plongée dans l’ambiance des films d’espionnage (James Bond), des polars des années 60/70 en oubliant pas de faire quelques emprunts et citations des musiques du western italien (« spaghetti ») morriconesque. C’est à la fois une soundtrack qui rend un hommage appuyé à cette époque mais qui parvient à créer une bande son très actuelle.manfromuncle soundtrack007

Le premier titre composé par Pemberton rencontré dans cette bande-son, « Out of the garage » reste dans la vaine des années 60/70, qui n’est pas sans rappeler Lalo Schifrin le très grand compositeur argentin a qui l’on doit certaines des meilleures musiques de films des années 70 telles que Enter the dragon avec Bruce Lee, L’inspecteur Harry avec Steve Mac Queen, les Dirty Harry avec Clint Eastwood sans oublier la musique de séries comme Mission impossible (1967) ( les titres « The Plot » ou « Wide willy » ont certainement été une source d’inspiration pour Pemberton), le thème de la 1ère Saison de Starsky et Hutch. Surtout, Lalo Schifrin , fut l’un des compositeurs de la musique de la série télé Man from the U.N.C.L.E  ayant notamment arrangé le thème de Jerry Goldsmith pour la saison 2.

Les deux titres suivants sont encore plus réussis. « His Name Is Napoleon Solo » offre aux guitares délicieusement morriconesques le soin d’apporter un rythme à la fois serein et inquiétant tandis que le reste des sons d’orchestre semblent dépeindre le décor dans lequel évolue ce Napoléon bientôt plus solo ! Quant à « Escape From East Berlin », c’est juste l’un des morceaux les plus savoureux, ou Pemberton mixe guitares, percussions, basse, orgues avec l’omniprésence un son de flute traversière (que Ritchie affectionne particulièrement dans beaucoup de ses longs-métrages et que l’on retrouve aussi ici dans d’autres morceaux comme « Breaking in ») qui se charge de maintenir l’attention et la tension.manfromuncle soundtrack006

Les titres « The Vinciguerra Affair » (avec sa très belle guitare rythmique) et « Bugs, Beats And Bowties » très influencé par Lalo Schifrin, offrent une ambiance très proche de certains passages de Bullit mais avec certains sons de clavecin rappelant certaines ambiances de séries britanniques des années 60/70, ou le cymbalum que Ritchie semble avoir adopté depuis Sherlock Holmes.

Ce dernier est d’ailleurs à nouveau convié sur « Signori Toileto Italiano » apportant une étrangeté à ce morceau digne de la BO du Parrain.

Le titre suivant « Breaking Out (The Cowboy Escapes) » enrichit encore la partition en intégrant une forte touche de rock hispanisant ce qui n’est pas sans rappeler le morceau le plus connu du groupe anglais Babe ruth, « The Mexican ».

« Laced Drinks (Betrayal, Pt II)« , quant à lui, se démarque encore davantage et reste parmi les très très bons titres de l’album ; les arrangements sophistiqués alternent avec un passage de rock laissant plané dans l’atmosphère une ambiance oppressante teinté de suspens. La suite réussit encore à hausser le niveau avec « Circular Story ». Tout commence avec guitare esseulée délicieusement noyée dans un peu d’écho dont la plaintive mélopée est rapidement rejoindre par d’autres instruments qui semblent lui répondre. Un grand morceau du score.

« The Drums Of War »laisse comme l’indique son titre les percussions et les tambours être convoqués sur le chant de bataille, et cela donne un déluge de percussions qui ne sont pas sans rappeler certains ensembles japonais de percussions.manfromuncle soundtrack004

Avec ses « Ah Ah Ah Ah Ahhhhhh … ! » d’ouverture tout est dit pour, le très bon « « Take You Down » qui suit. On est sur les terres du western spaghetti avec cette complainte qui évoque évidemment Morricone et Leone sur fond de guitares rocks. Les titres suivants « A last drink » et « We have location », sans être anecdotiques, reprennent des choses déjà entendues auparavant dans le score, donc s’avèrent moins surprenants.

Enfin le dernier titre, « The Unfinished Kiss« , expose l’un des plus jolis thèmes de l’album clôturant celui-ci sur une dernière touche très mélancolique.

En résumé peu de choses à jeter dans cette bande originale de film. Des morceaux soul/ jazz bien choisis et une partition orchestrée par Daniel Pemberton qui est à la hauteur de ses ainés, avec peu de morceaux anecdotiques, de réelles réussites et des titres imparables (« His Name Is Napoleon Solo”, «Escape From East Berlin », « Laced Drinks », « Circular Story », « Take You Down », « The Unfinished Kiss », … ) . Une bande originale qui est déjà une belle réussite en elle-même et dont l’écoute rend impatient à l’idée la voir illustrer l’histoire que l’on espère très « spéciale » de Napoleon Solo et Illya Kuryakin.

Des bonus-tracks qui sont dispensables et l’absence d’un thème fort. Bon un regret personnel, mais alors là très très personnel… Où sont les chœurs de l’armée rouge pour Kuryakin ?… Eux qui désormais reprennent du Daft Punk !!!

DREADSOL