The Lobster: L’hériter d’un Samuel Beckett sous amphétamines !

Ensemble c’est tout…

Speed-dating, télé-réalité, site et application de rencontres, coach en séduction … Le célibat est devenu autant une tare qu’un filon bien juteux. Raison de plus pour Yórgos Lánthimos d’imposer sa vision sur la notion du couple années 10’ avec son habituel cynisme qui lui est si particulier.

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Il était une fois, dans une époque alternative. Être en couple est LA condition sine qua none pour garder son aspect d’être humain. Autrement, le malheureux célibataire devra être changé en l’animal de son choix. David (Colin Farrell) n’a alors que 45 jours pour trouver sa promise s’il ne souhaite pas se voir transformer en homard. C’était sans compter sur sa rencontre avec un groupe de résistants, bien justement nommés « les solitaires ».

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Auréolé au Festival de Cannes par le prix du Jury, The Lobster fait figure d’OVNI. De simple comédie grinçante, la fuite du principal protagoniste propulse le film du réalisateur grec à satyre sociale d’une effroyable justesse. Si les apparences sont trompeuses et les diktats font lois, Yórgos Lánthimos, en digne hériter d’un Samuel Beckett sous amphétamines, prend le parti de l’absurde. Le célibataire est alors traité comme un hors la loi en cavale, un marginal destiné à subir le joug d’un régime totalitaire obnubilé par les conventions.

L’opposition « vie en couple » versus « résistants » est merveilleusement bien traitée. D’une part, ce petit hôtel aux allures provinciales. Sous ces faux airs de spa relaxant se cache un redoutablement combat contre le temps, la fameuse quarantaine de journées où chacun part à la chasse de l’âme sœur. Des leçons sont données matins et soirs pour prouver les avantages d’être épaulé par l’être aimé. D’un autre côté, cette forêt de célibataires dépravés, lieu de chasse des résidents de l’hôtel. Faussement libertaire, les règles du jeu sont inversées. Nul n’a le droit de s’accoupler, de forniquer ou même de flirter sous peine d’une sentence bien pire que la mort. Bon, la branlette est autorisée, c’est toujours ça de pris. Comment rester insensible face à cette dystopie faussement farfelue, véritablement bouleversante ? Qui n’a jamais entendu « oh mon pauvre, encore célibataire ? » lors d’un traditionnel dîner de famille ?

Le tout est épaulé par un solide casting avec un Colin Farrell au meilleure de sa forme et de la plus frenchy des étoiles montantes, Léa Seydoux.

Aussi fascinant que dérangeant, drôle que surprenant, The Lobster ne peut indéniablement pas laisser indifférent.

Mélissa Chevreuil