The Hateful Eight: Le moins bon, le moins brut, le truand de Morricone !

« Mama mià ! » s’exclame déjà le monde entier, alors que l’on ne l’espérait plus que le grand Ennio Morricone sort de sa retraite pour s’atteler à un score original (composition et direction d’orchestre)… et c’est, cerise sur le gâteau, pour une chevauchée en compagnie de Quentin Tarantino.

Cette rencontre déjà envisagée par le cinéaste pour « Inglorious Basterds », lui qui n’a jamais caché son amour du compositeur transalpin en illustrant ses délires cinématographiques des partitions du maitre (« Kill Bill », « Boulevard de la mort », » et « Django Unchained ») s’avère donc riche en promesses, d’autant plus que cela fait plus de 40 ans que Morricone n’avait composé pour un western. Le maestro s’engouffre donc ici dans l’univers du western à la Tarantino, qui garde néanmoins quelques vieux réflexes (mais beaucoup moins que dans ses précédents films) en incluant dialogues et d’autres titres de sa discothèque personnelle.

Le premier thème de ce score, « L’Ultima Diligenza di Red Rock », se déploie doucement, intriguant à souhait, creusant un tracé sinueux par le biais de anches et de cuivres sur un tapis de violons et violoncelles dans une ambiance de plus en plus lourde et légèrement oppressante. Certainement pas le plus mémorable des thèmes de Morricone mais d’une efficacité redoutable.

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« Overture », le second thème est, et c’est une surprise un thème emprunt d’une ambiance à la Danny Elfman, notamment par l’emploi pour le thème principal de sonorités cristallines. Mais c’est bien évidemment au son de montre « boite à musique » du duel final de « Et pour quelques dollars en plus » que l’on pense immédiatement. Le thème suivant « Narratore Letterario », est une variation sur le 1er titre, loin d’être mémorable et c’est là que la déception apparait car un peu plus loin « L’Ultima Diligenza di Red Rock, No. 2 », est encore une variation sur le 1er thème qui s’avère, certes un brin au dessus de « Narratore Letterario » , avec la signature morriconesque la plus connue, les voix (masculines ici) scandant des onomatopées hirsutes (en gros pour clarifier l’image, vous attendez depuis 5 heures d’avoir votre place de Star Wars: The Force Awakens et la dernière place est prise juste devant vous par un wookie… donc un cri peu subtil jaillit de votre gorge…le jeu ici consistant à savoir si c’est des wah wah ou des aah aah) en réponse au thème joué.

Le titre « I Quattro Passeggeri » revisite pour la quatrième fois le thème principal du film, en accentuant la présence de la rythmique à la batterie tandis que « La Musica Prima del Massacro » , reprend le même principe que « Overture », le second thème, avec un thème identique lanscinant et ce son de « boite à musique » de « A few dollars more ». Et là on est tenté de dire, comme Clint Eastwood, et ce malgré la nostalgie qui nous étreint à l’écoute de ces titres, « Tu n’as pas fait attention le vieux ! » ou bien alors tu te fous un peu de nous !

Tarantino, puise ensuite dans sa discothèque en invitant les « White Stripes », de Jack White et Meg White à déverser leur « Apple Blossom » cocktail « blues » on the « rock » dans le saloon de Quentin. Choix bien évident, tant le blues rock des Whites sentait bon l’ambiance d’un saloon enfumé.

Ennio Morricone - Live Recording "H8ful Eight" Soundtrack - Day 2

Le titre suivant « Neve », un thème qui illustre certainement un paysage neigeux mais point de bonhomme de neige à l’horizon ou de descente too shuss, ici encore une ambiance inquiétante et pesante, on avance lentement, péniblement. Un thème d’ambiance, donc plutôt intéressant mais loin d’être retenu pour un best of du maitre, surtout car le thème principal revient dans la seconde partie du morceau.

Les morceaux suivants « Sei Cavalli » et« Raggi di Sole Sulla Montagna » s’avèrent très courts et sont certainement illustratifs de moments de tensions.

La chanson suivante «Jim Jones at Botany Bay» (feat. Kurt Russell) est une chanson folk interprétée par Jennifer Jason Leigh sur un accompagnement à la guitare dépouillé, sur lequel la voix et la guitare ne sont volontairement pas toujours en place, et auquel se rajoute le son d’un cowboy qui cloue certainement des planches et qui s’avère peu mélomane vers la fin… Une séquence surement intéressante à déguster avec l’image

Ensuite encore de la neige avec « Neve, No. 2 », titre court servant sans doute de transition ce que le titre « Neve, No. 3 », plus loin, doit aussi faire avec peu de variation dans la partition. Le 21ème titre « Sangue e Neve » reprenant aussi de manière plus angoissante. Le titre « L’Inferno Bianco » est avec son rythme de synthétiseur intéressant par l’approche mais peu mémorable.

Dans le titre suivant Tarantino décide d’utiliser une chanson de l’acteur compositeur David Hess intitulée « Now You’re All Alone ». C’est kitch, un peu sirupeux et avant de sombrer dans une profonde mélancolie, voire une profonde dépression le cinéaste règle rapidement définitivement le compte de cette bluette. Gare à vous Céline Dion du monde entier, si un jour le ‘Qwentin » veut utiliser l’une de vos chansons, vous êtes prévenus !

« La Lettera di Lincoln » rappelle avec son solo de trompette quelques uns des thèmes les plus émouvants de Morricone dont celui illustrant la mort du capitaine et le bombardement pour la prise du pont séparant Tuco et Blondin du cimetière où l’or est enterré dans pour « Le bon, la brute et le truand ». Un bon titre.

L’avant dernier titre de cette soundtrack est plus dans l’esprit de Tarantino puisque l’on entend le « There Won’t Be Many Coming Home » de Roy Orbison (dont le titre le plus connu est bien évidemment « Pretty Woman »… Julia Roberts, Richard Gere… vous l’avez tous vu donc je m’étends pas !) . Il y a un dernier titre,… enfin un dernier morceau,… enfin une dernière note… bon cela s’appelle « La Puntura Della Morte » et à par un point d’interrogation, rien ne me vient à l’esprit pour donner un quelconque avis sur celui-ci.

Bon vous l’aurez compris c’est une déception et une BOF « West-terne » pour les inconditionnels de Morricone, qui bien que de retour aux fourneaux et à la baguette comme son confrère John Williams pour Star Wars, livre une œuvre qui s’avère quelque peu anecdotique dans la discographie au combien considérable et remarquable. Souhaitons que la fusion de l’image et du son relève ce score un peu répétitif. Quant aux fanatiques de Quentin Tarantino, ils seront certainement aussi déçus de ne pas avoir une bande–son taratinesque à se mettre sous la dent.

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Pour cela il faudra composez vous-même votre mix de « salopards ». La bande-annonce « révélant » déjà un groupe dans l’esprit du film, The Heavy avec l’instrumental de « Same Ol’ ».. et dont certains titres sont parfaitement dans l’esprit d’un western Tarantino (« What makes a good Man ? », « Can’t play Dead » ou le titre « Short long hero » présent sur la soundtrack du jeu video « Batman-Arkham City »). Certains titres aussi présentés avant sa sortie comme ceux de la soundtrack du film sur le net sont aussi incontournables et mériteraient d’illustrer une scène de Tarantino comme le « God’s gonna cut you down » du grand Johnny Cash.

Et pour ne pas oublier à quel point certains morceaux de Morricone sont incontournables et ont inspiré tant de musiciens, ces deux réinterprétations revisitant sur le mode comique « Le bon, la brute et le truand » au ukulele par le « Ukulele Orchestra of Great britain et par des sons atypiques dans la bande annonce de « Sky Cinema Classics revisitent Ennio Morricone », en sont une parfaite illustration.