Que dire de Tarzan ? Tout a déjà été dit : personnage ancré dans notre patrimoine occidental, illustrant l’homme face à la nature, transposé et réécrit au travers de nombreux supports médiatiques du livre au cinéma en passant par la radio, c’est dire que le personnage issu de l’imagination d’Edgar Rice Burroughs au travers du roman Tarzan of the Apes (Chicago-1912, Paris-1926) aura fait du chemin depuis le début du XXè siècle !
Cantonnons-nous au cinéma : la liste des œuvres tirées du roman est déjà épaisse : quarante-six films depuis 1918 (Tarzan of the Apes de Scott Sidney) jusqu’à 2013 avec le Tarzan de David Yates. Pour le cinéma d’animation, la liste est plus restreinte : depuis le Tarzan de la Walt Disney Pictures en 1999, ce sont trois films à la succession quasi annuelle qui se sont illustrés sur grand écran (Tarzan d’Olivier Bonneau, 2000, La légende de Tarzan et Jane de Victor Cook, 2001, Tarzan 3D, de Reihnard Klooss, 2014) sans compter le second opus du Tarzan de la Walt Disney sorti directement sur DVD.
Le Tarzan de Reinhard Kloss (Les aventures d’Impy le dinosaure (2008), Le monde merveilleux d’Impy (2009), Animaux & cie (2011)) est, on le voit bien, une prestation moderne du roman devenu légende. La trame générale du film reprend celle du roman: un enfant abandonné dans la jungle et élevé par les grands singes, vivant loin de la civilisation. On y croise les grands noms du roman : Greystoke, Claytone, Tarzan… mais un peu mélangé dans tous les sens : Claytone n’est plus le nom de famille de Tarzan mais est désormais celui du sale type du film. Greystoke devient le nom de famille de Tarzan alors qu’il était celui du titre nobiliaire de son père qui, lui aussi change. De lord Greystoke III, Tarzan devient l’héritier de l’entreprise énergétique Greystoke. De quoi vous tourner la tête ! Clin d’œil au Tarzan original ou simple modernisation ? On est en droit de se poser la question quand on connaît la suite. L’histoire commence dans l’espace, il y a 70 millions d’années. QUOI ? Dans l’espace, oui. Nous y suivons le parcours sidéral de la météorite à l’origine de l’extinction des dinosaures. BOUM ! Plus de dinos ! Mais reste la météorite révélée comme étant une grande source d’énergie, enviée 70 millions d’années plus tard par l’entreprise Greystoke qui part à sa recherche au travers d’une expédition dans la jungle avec les parents de Jay-Jay, le futur Tarzan (ils auraient pu trouver un meilleur nom tout de même) et le père de Jane, M. Smith. Déçu par la non-découverte de la météorite, Greystoke repars. Mais en cours de route, un incident climatique va révéler aux yeux de celui-ci l’emplacement de la météorite, qu’il va d’ailleurs énerver en rentrant dedans. Accident météoritesque, donc, qui scelle le destin des Greystoke et de Tarzan.
Celui-ci va être recueilli par une famille de gorilles et va ainsi grandir au milieu d’eux. Quelques années plus tard, il rencontre brièvement Jane et va rester marqué par celle-ci alors qu’elle repart chez elle. Encore quelques années plus tard, Tarzan fait la rencontre de Claytone, remplaçant de son père à la tête de la Greystoke compagnie, accompagnant Jane pour une expédition dans la jungle afin d’étudier les grands singes. Mais le but de ce dernier est tout autre et ne tarde pas à être découvert : la découverte et l’exploitation de la météorite. Tarzan va donc s’allier avec Jane pour faire échec à Claytone.
Une prestation scénaristique très moderne du roman original, marqué par les soucis du moment : la préservation de l’environnement, la nature, méchants et cupides humains, etc. Sans faire de déballage polémique digne de Closer, le scénario reste mou, facile et prévisible, pas étonnant lorsqu’on sait que celui-ci a été esquissé en deux semaines. Toutefois, on ne peut nier qu’il est original… mais il y a original et original… coller une météorite à Tarzan c’est comme placer King Kong sur Saturne. Dévier autant du bouquin d’origine, ça ne se fait pas ou alors on annonce directement que c’est une prestation inversée. Où est l’histoire avec les singes ? Certes, on les voit durant quelques minutes et le réalisateur est de bonne foi lorsqu’il désire la montrer, et effectue un bon travail psychologique sur la relation Tarzan/gorilles et Tarzan/gorilles/humains, mais le résultat reste que nous avons une histoire de Tarzan où les singes sont relégués au troisième plan. Dommage …
Du côté de la technique, Constantin Films n’a pas fait les choses à moitié. La technique du motion capture est assez réussie dans l’ensemble, même si l’effet numérique révèle des personnages un peu trop enfantins. Le tournage a été effectuée avec pas moins de 70 caméras infrarouges dans le plus grand plateau d’Europe réservé à la motion capture. De gros moyens pour une technique travaillée !
La reconstitution de la morphologie et la reproduction des mouvements des gorilles sont faites avec talent, de ce côté rien à dire. Les effets numériques rendent un paysage très beau et cohérent dans l’ensemble. Vraiment, il s’agit là d’une technique réussie, à l’image belle et nette issue d’une maîtrise de l’image numérique dont fait preuve Constantin Films qui l’avait déjà montré au travers des Trois Mousquetaires (2011).
Nous retrouvons les acteurs Kellan Lutz (Twilight) et Spencer Locke (Resident Evil) dans la peau de Tarzan et de Jane Porter, Trevor St John et Brian Huskey donnant la réplique à William Claystone et M. Smith, dont le jeu est assez crédible mais sans plus, ainsi que des cascadeurs et de quelques adeptes du parkour.
Le montage nous montre un ensemble assez fluide sans anicroches ou autres incohérences par rapport à la trame chronologique du film. Un bloc qui se tient bien, facile et confortable à regarder.
Tarzan 3D, dernière interprétation de Tarzan of the Apes est un film agréable à regarder sur le plan technique. On ne peut sous-estimer le travail de l’équipe du film qui, trois ans durant ont planché sur la manière de réaliser un film à la belle esthétique tout en restant au plus près de la réalité humaine et simiesque. Le problème réside comme nous l’avons dit, dans le scénario…à tel point qu’on pourrait se demander si Reinhard Klooss et ses amis de Constantin Films n’ont pas choisi le prétexte d’un film pour montrer leur beau travail. Un résultat bancal entre belle esthétique et histoire invraisemblable .
Revenons à notre question première : Parmi les Tarzan d’animation, il semblerait qu’une fois encore le palmarès reviendrait à celui de la Walt Disney Company, mais ne vendons pas la peau du gorille avant de l’avoir tué. Rendez-vous dans les salles de cinéma le 19 février 2014, voyez et jugez !
G.F.