En salles le 4 juin prochain, Swim Little Fish Swim de Lola Bessis et de Ruben Amar peint les portraits de Lilas, jeune artiste française venue tenter sa chance à New-York. Elle va rencontrer un jeune couple en crise, Leeward et Mary, parents d’une petite Maggie. De là va naître une complicité va naître entre Lilas et Leeward, tous deux incompris de leur entourage. Malgré sa détermination, Lilas va découvrir le monde difficile de l’art.
Véritable coup de cœur, nous l’avons défini comme « Une petite perle de fraîcheur à déguster sans modération » (lire notre critique). Il y a quelques jours nous avons eu le privilège de nous entretenir avec Lola Bessis et Ruben Amar, venez découvrir notre interview
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– Pouvez-vous présenter en quelques mots ?
Ruben Amar : Je suis Ruben Amar, co-réalisateur de Swim Little Fish Swim.
Lola Bessis : Lola Bessis, co-réalisatrice et actrice de Swim Little Fish Swim.
– Comment est né le projet du film ?
Lola Bessis : Nous vivions à New-York depuis cinq mois. Nous étions fascinés par notre environnement. Plus jeunes, nous aimions les films américains indépendants se déroulant à New-York et nous avons donc associé la ville au cinéma. Je terminais mes études de cinéma et Ruben avait fait deux courts-métrages là-bas et écrivait un long-métrage. Il n’avait pas beaucoup de contacts et se disait que réaliser un long prendrait des années. Parallèlement, nous avons pas mal voyagé pour présenter Checkpoint (2011, ndlr) à des festivals, et ainsi nous avons rencontré plein de personnes très talentueuses. De très bons films furent réalisés avec très peu de moyens. Nous nous sommes donc dit, « Pourquoi pas nous ? ». C’est là que l’idée de faire un film et née et nous avons pris tout ce que nous avons pu pour nous inspirer.
Ruben Amar : L’idée devait déjà être dans nos tête car nous avions tout d’abord entrepris de commencer un journal intime filmé à New-York. Nous étions très surpris par tout ce qu’il s’est passé donc nous nous sommes mis à filmer, et cela nous a beaucoup nourris pour la réalisation.
Ruben Amar et Lola Bessis © Christelle Cozzi
– Avez-vous rencontré des difficultés ? Cela a-t-il engendré des conflits ?
Lola Bessis : Il y a eu beaucoup de différents et d’obstacles. Les personnes étant très peu payées, donc saisissaient parfois d’autres opportunités – ce qui est totalement compréhensible-, c’était un climat assez compliqué. Nous voulions faire un vrai film, chaque heure comptait et nous voulions mettre à profit tout ce que nous pouvions. En revanche, les personnes pensaient que l’ambiance serait celle d’une colonie de vacances, mais ce n’était pas le cas car toutes nos économies étaient en jeu. Ceci dit, nous avons rencontré des personnes très talentueuses avec qui nous voulons collaborer à l’avenir. Les gens n’avaient pas toujours confiance en nous.
Ruben Amar : En revanche la ville restait un moteur ce qui contrebalançait avec le climat. Il y avait une telle énergie. Ceci dit, les gens restaient très motivés en général, et nous avions à faire nos preuves aussi.
– Pourquoi appeler Maggie, Rainbow ?
Lola Bessis : Je ne sais plus trop comment c’est venu mais c’était surtout pour montrer clairement le désaccord des parents sur tous les points, y compris sur le prénom de leur fille. J’ai cherché tous les éléments de scénario possible. On trouvait que c’était une image intéressante. On voulait opposer le prénom classique des États-Unis, Maggie à un prénom plus original -Rainbow- qui correspond à l’univers très coloré du père –Leeward-, qui est un grand enfant.

Lola Bessis © Christelle Cozzi
– L’ambiguïté entre Lilas et Leeward est-elle volontairement tacite ?
Lola Bessis : Avant tout, on voulait créer une complicité entre ces deux personnages incompris par leur entourage. Cette complicité va tromper Lilas dans ses sentiments. Mais on voulait surtout montrer que leur relation est fraternelle malgré le fait qu’ils ne se connaissaient pas avant. On a délibérément voulu ne pas faire de fin trop classique.
Ruben Amar : C’était une manière de monter qu’ils avaient grandis aussi qu’il ne se passe rien. S’il s’était passé quelque chose, cela aurait enlevé et au film et aux personnages ce qu’ils ont appris. On y a pensé, on l’a même écrit, mais on a préféré favoriser les personnages à la relation.
– Un souvenir de tournage en particulier ?
Ruben Amar : On en a une bonne centaine (rires). On a eu un tremblement de terre, tout New-York est descendu dans la rue. Après on a eu l’ouragan Irène une semaine plus tard, on a du évacuer toute la maison, qui était notre propre appartement. On est partis sous une pluie torrentielle. On ne pouvait joindre personne et on a vu via Facebook que des personnes passaient en canoë devant chez nous.
Lola Bessis : Tout le monde a cru que c’était un nouvel attentat. Certaines personnes se sont jetées du premier étage. On peut voir dans le film la scène du petit-déjeuner de Maggie, où la table tremble. On a continué à tourner malgré tout. Heureusement, tout était sain et sauf, sauf le poisson. On a donc du prendre une doublure poisson. L’ouragan nous a fait perdre deux jours de tournage donc c’était très difficile car les personnes avaient d’autres engagements. Nous avons du condenser les cinq derniers jours de tournage en deux. Mais heureusement nous avons eu aussi de bonnes surprises, comme le groupe de musiciens que nous avons rencontré. C’était un mal pour un bien, car nous les avons trouvé suite à un désistement.

Ruben Amar © Christelle Cozzi
– Avez-vous un message à faire passer par ce film ?
Lola Bessis : Foncer ! il ‘y a pas d’autres moyens de faire et de créer que de le faire. Nous nous sommes dit que nous allions faire un film, nous l’avons fait ! Cela nous a appris énormément, ce fut la meilleure école de cinéma qui soit. Rien que le titre Swim Little Fish Swim illustre ce message.
– Avez-vous des projets futurs ?
Ruben Amar : Nous avons pas mal de projets. Nous avons eu beaucoup de temps de post-production du film pour manque d’argent, donc nous avons beaucoup écrit en intervalle. Nous avons des projets ensemble et séparément en France et aux États-Unis, et notamment des longs-métrages.
Lola Bessis : J’ai des projets séparés de comédienne et de réalisation car je ne veux plus faire les deux en même temps mais séparément je continue. C’était compliqué pour moi car j’avais l’impression de faire les deux à moitié. D’ailleurs, c’était délicat par moments de diriger des acteurs qui ont plus d’expérience que moi. Pour mes scènes, je connais bien Ruben et il me connaît donc ça n’a pas posé de problème. A la rentrée, je tournerai dans un long-métrage dans lequel j’ai le rôle principal qui est le prochain film de Nicolas Bary.
Propos recueillis par Christelle Cozzi