Suicide Squad « The album », gros coup marketing ou coup de poing musical dans ta face ?

Le film Suicide Squad, sortie le 3 aout, s’accompagne d’un album de chansons en parallèle du score du film composé par le britannique Steven Price, compositeur de Gravity mais aussi en 2014 de Fury du réalisateur David Ayer, aujourd’hui aux commandes du « Suicide Squad ». A cette occasion, petit tour d’horizon, peu exhaustif, sur cette pratique hollywoodienne de « l’album du film ou inspiré par lui » et celle de Suicide Squad vaut-elle le détour ?

La « Music inspired from ou by the film »,

de l’opportunisme commercial à la réussite artistique.

Beaucoup de titres de cet album ont servi à entretenir l’attente de la sortie du film et on le verra plus tard sont abondamment utilisés dans le long-métrage. Donc ce n’est pas simplement une opération commerciale pour surfer sur le succès éventuel du film. Cependant, ce n’est pas une première, c’est une tradition hollywoodienne d’accompagner un film en vue d’un album de chansons composées pour l’occasion, faisant plus ou moins voire pas tout parties du métrage.

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En 1989, c’est le Batman de Tim Burton qui s’accompagne d’un album du regretté Prince, dont certains extraits s’entendent à de brefs moments dans le film. Cet album dépassera en chiffres et en notoriété d’ailleurs le score brillant de Danny Elfman. En 1993, c’est par exemple Judgment night réalisé par Stephen Hopkins , avec Emilio Estevez ( frère de Charlie Sheen et fils de Martin ) et Cuba Gooding Jr, alors vraiment junior, film retraçant la traque de 4 hommes dans un quartier malfamé de Chicago. L’album qui accompagne le film marie hip hop et différents styles de metal. Ce mariage engendre de réelles réussites, comme, par exemple, le titre « Me Myself & My Microphone » du fabuleux groupe new-yorkais Living Colour et des non-moins fabuleux rappeurs de Run Dmc (désolé, j’adore les deux je ne peux et ne veux être objectif !). C’est aussi la rencontre heureuse du groupe noise Helmet & et des rappeurs americano-irlandais de House Of Pain avec « Just Another Victim » ou celle du groupe de trash Slayer et de Ice-T, seulement rappeur à l’époque, pas encore occupé dans une quelconque enquête policière new-yorkaise télévisuelle.

Dans le même esprit, Spawn the album datant de 1997, inspiré par le film certes dispensable du comic de Todd Mac Farlane , est l’occasion pour les artistes invités de marier musique électronique au rock et au métal. Sont conviés au banquet démoniaque des grosses pointures du métal (trash, néo,etc…) Marilyn Manson, Metallica, Korn, Slayer, Incubus et des grands noms de l’époque de la techno Orbital, The dust Brothers, Moby, Goldie, Dj spooky, Roni Size, the Prodigy,…). Pas déplaisant au demeurant, cet album manque de titres marquants. Un titre reste cependant pour moi une totale réussite et encore aujourd’hui une évidence, tant il marie bien le style des musiciens. Ce titre, c’est le « One man Army » composé par le groupe britannique the Prodigy et l’artificier en chef, créateur des effets pyrotechniques guitaristiques de Rage against the machine, Tom Morello.

De nombreux autres exemples existent, n’ayant pas toujours la volonté de marier différents genres musicaux et surfant sur le succès probable d’un film : Daredevil en 2003 avec notamment Evanescence et le titre métalo-gothique « Bring Me to Live »,…, le Spider-Man de Sam Raimi en qui réunit sur son album associé Aerosmith, Sum 41, the Hives, The Strokes, Macy Gray (présente dans une scène du film ), Jerry Cantrell d’Alice in chains, ou The.

Punisher en 2004, et dans un autre genre de film « 8 miles » avec Eminen, Nas, Jay-Z et ce ne sont là que quelques exemples, la liste pourrait être allongée à l’infini ou presque.

Parmi ces albums, beaucoup de productions s’avèrent souvent des déceptions car les groupes ou les titres sélectionnés ont peu de résonance avec le ton du film et s’inspirent plus ou moins librement de celui-ci, voire offrent des fonds de tiroirs ou des reprises peu convaincantes. D’autres réussissent à installer autour du film une certaine ambiance comme par exemple pour Men in black ou Wild Wild West, bien que Will Smith, ne se casse pas trop le stetson en reprenant en grande partie le « I wish » de Stevie Wonder. Écoutez les deux c’est flagrant ! Ces titres installent une relecture « cool » du film d’extraterrestres et de western par des titres pop- hip-hop planétaires, ou Will Smith s’incarne déjà en version coolissime absolue du cowboy et de l’agent secret.

Une autre approche consiste à sélectionner des chansons et à parfois leur offrir un habillage tout neuf collant au film et s’intégrant parfaitement dedans. C’est par exemple ce que Tyler Bates a fait pour Sucker Punch ou sur Watchmen : Le « White Rabbit » des Jefferson Airplane, un peu trop seventies, ou le « Sweet Dreams » d’Eurythmics deviennent avec Emiliana Torrini et Emily Browning plus raccord avec l’ambiance musicale voulue pour le long métrage.

Reste le cas d’école celui qui intègre les musiques au cœur du récit comme un personnage à part entière ou comme témoin d’une époque où se pose l’action. Récemment, le « Sweet Dreams », déjà mentionné de Dave Stewart et d’Annie Lennox duo formant le groupe des eighties Eurythmics, cette fois-ci dans sa version originale, accompagne les réagencements ultra-rapides de Quicksilver dans X-Men : Apocalypse. C’était déjà le cas dans le précédent mais avec un titre du début des seventies « Time in a bottle » de Jim Groce. Ces titres accompagnent à la fois le décalage du personnage à ce moment du film mais font aussi partis de l’action puisqu’ils sont écoutés par le personnage, en plus de rajouter un élément comique à la scène. Dans ce genre d’utilisation, on peut aussi à penser à Deadpool.

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Mais, c’est surtout dernièrement, avec les Gardiens de la Galaxie que cette approche de la musique comme acteur omniprésent du récit va être exploité à fond et rencontrer par ailleurs un succès étonnant. L’ « Awesome mix tapes vol 1 », suit en effet le parcours de Starlord de la mort de sa mère à sa rencontre avec les futurs gardiens jusqu’à la bataille finale contre Ronan certes accusateur mais finalement se révélant piètre danseur. awesome-mixtapeLe récit est ponctué de morceaux emblématiques tour à tour évocateur d’une époque, d’un trait du personnage ou pour participer à l’action voire lui donner un caractère cartoonesque : l’action débutant par un drame se poursuivant par une amorce traditionnelle de film de science-fiction qui prend fin avec le concours du Walkman Sony TPS-L2 de 1979 lançant le « Come and Get Your Love » de Redbone , groupe américain des années 70, en guise de générique, ce qui donne un autre ton au film et au personnage de Starlord. Cela va jusqu’à faire de la découverte par Starlord, de l’« Awesome mix tapes vol2 », ultime cadeau de sa mère, ainsi que du bon vieux lecteur de cassettes reconstruit par le Nova corps, le point presque final au métrage et l’annonce à peine voilée d’un seconde épisode. La scène post générique enfonce le clou, avec la renaissance de Groot sur un titre des Jackson 5 repopularisé pour l’occasion, « I want you back » ; scène qui a aussi rajouté à la popularité de Groot et des figurines du baby Groot s’éveillant au groove de frères Jackson.

Alors on aime ou pas le procédé mais faites l’expérience, écoutez les titres de la soundtrack (particulièrement bien choisis d’ailleurs) et vous verrez que la scène correspondante vous reviendra automatiquement en mémoire !

Parmi tous ces usages de chansons dans et autour d’un film quel est donc le chemin emprunté par l’album du Suicide Squad ?

 

Suicide Squad « the album » :

Gangsta or not gangsta !

En ce bel été ensoleillé, adepte forcené du farniente intégral et du bronzage sur la plage ou alors plutôt du genre fans de galets ensanglantés (surtout chez les animateurs en fin de saison dans les clubs mickey), de tatouages de camionneurs russes arborés fièrement sur vos avant-bras couleur aspirine et bien à l’aise dans vos tongs à clous. Eh bien, sachez-le, il vous manque un petit quelque chose pour passer un été encore plus radieux ! Non, pas un album des Beach Boys mais un bon album pour faire groover votre été… Celui du Suicide Squad est-il celui qui vous fera bronzer les oreilles à point ?

itwphilippebriones suicidesquadjokerletoBon, il est vrai, le titre du film dit comme cela, on peut avoir des doutes ! « Suicide », « Escadron « et « Eté », … on ne fait pas immédiatement la connexion… quoique si vous travaillez dans un club Mickey tout l’été … ça deviendra surement plus clair ! Pourtant, le dernier rejeton de DC/ Warner Bros, avait déjà gravé son sillon dans les sorties de l’été grâce à un habillage sonore intensif qui semblait satisfaire l’impatience des fans de comics et de Super héros à l’écran, avec de nombreux teasers et bandes annonces qui donnaient la part belle à certains titres de l’album commercialisé le 5 aout pour accompagner la sortie du métrage, laissant présager une galerie de vilains peu recommandables mais funs.

Le visuel du film mêlant des références multiples : tatouages de gangsters, de gangs mexicains, influences du punk ( couleurs des cheveux, maquillages outranciés, prédominance des couleurs fluos, des vêtements ainsi que le mariage de différents styles), influences du gangsta rap (dents en argent et rarement dent en vraie dent, avec souvent des inscriptions, … genre « Nouvelle Star forever » pour Joey Star… ah désolé il ne l’a pas encore fait), on pouvait s’attendre à une playlist très rap, ou rock. Ce n’est en fait que partiellement le cas et les titres sélectionnés sont éclectiques bien que s’inscrivant dans une certaine ambiance : certains sont de grandes réussites tandis que d’autres le sont bien moins.

Parmi les bons titres,“Sucker For Pain” est le titre qui se détache le plus avec son refrain qui va bien vous rentrez dans la tête et qui n’est pas près dans sortir : »I torture you/ Take my hand through the flames/I torture you/ I’m a slave to your games /I’m just a sucker for pain/I wanna chain you up/ I wanna tie you down/ I’m just a sucker for pain » . La rencontre entre le rappeur américain Lil Wayne, le canadien Khalifa et le groupe rock alternatif Imagine dragon mais aussi des rappeur US Logic y Dolla $ign et du groupe rock X Ambassadors, est une vraie bonne surprise, chacun prenant tour à tour le micro pour raconter une partie de son histoire certainement voisine de celle de parias de la société, comme ceux composant le Suicide Squad.

La deuxième bonne surprise est le « Standing In The Rain » du rappeur Action Bronson et de Dan Auerbach le chanteur, guitariste des Black Keys avec la participation de Mark Ronson, producteur et musicien anglais. Un titre qui mêle le rap d’Action Bronson et le blues-rock des Black Keys, est un très bon morceau, très cinématographique.

Troisième titre à se détacher du lot “ Heathens ” composé par le groupe américain Twenty One Pilots, en pleine ascension actuellement, alliant différents styles musicaux rock, hip hop, techno, reggae,… (cf leur hit « Ride »), mêle ici hip-hop et chant pop ou rappé et s’avère très efficace. Le 4ème titre à retenir n’est pas une composition originale pour le film, puisque c’est le “ Without Me” de Marshal Mathers, le Slim Shady, Eminem en personne. Que dire à part que ce titre reste l’un des meilleurs du rappeur américain .

You Don’t Own Me” de la chanteuse australienne Grace et du rappeur américain b, est un bon mélange de hip hop de pop illustrant la relation particulière entre Harley Quinn et le Joker

Les autres titres qui ne sont ni des reprises ni des compositions originales à retenir sont « Slippin’ Into Darkness » du groupe funk américain des années 70 War et le « Fortunate son » de Creedence Clearwater Revival. Le groupe War, vous est certainement inconnu, pourtant vous avez certainement fredonné leur titre « Why Can’t We Be Friends » dans la scène post générique de L’Arme fatale 4. Quant, à Creedence Clearwater Revival, groupe rock californien, leurs titres « Proud Mary », « Born on The Bayou », « Down on the corner »,… sont mondialement connus et repris au cinéma et à la télévision !

D’autres titres de cet album sont un peu plus décevants. C’est par exemple, le cas de « Purple Lamborghini » issu de la collaboration du Dj techno américain, Skrillex et du rappeur américain Rick Ross . Çà commence bien mais sur la durée le titre est un peu poussif et de plus en plus lassant, un peu comme la prestation de Jared Leto, qui arrive dans un club ambiance bien gangsta kitch et méga tape à l’œil, ou alors sur un bateau, aux côtés de ces deux lascars, et qui semble en plein entrainement « Mes poses de Joker pour le film » ; au passage, merci à jamais à Heath Ledger et à Jack Nicholson pour leurs Jokers respectifs. « I Started a Joke”, quant à lui,chanté par Becky Hanson et produit par Confidential MX, créateur de trailers, de spot TV pour de nombreux films , est une reprise d’un titre de 1977 des Bee Gees et s’avère très atmosphérique, sans rajouter grand-chose de véritablement passionnant musicalement.

C’est aussi le cas du “Bohemian Rhapsody”, reprise de Queen par les américains rock-pop de Panic At The Disco, reprise honnête certes mais qui n’amène pas grand-chose, autant écouter l’original. « Wreak Havoc » est l’œuvre de la chanteuse pop, soul, rock américaine Skylar Grey qui offre un titre honnête bien qu’un peu anecdotique.

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Hélas… certains titres vous donnent envie d’être les prochaines victimes du Suicide Squad. Le « Medieval Warfare » de Grimes a.k.a Claire Boucher n’est pas totalement dans cette catégorie. L’ artiste canadienne mêlant électro, dark, métal, influence de musique japonaise, expérimentale …, notamment dans ce titre, mais a une démarche intéressante, mais cela s’avère rapidement indigeste. Par contre, deux titres réussissent à vous donner l’envie d’attraper directement une balle avec vos tympans auriculaires, faisant de vous le gagnant à titre posthume de « la France a un incroyable talent ». Le « Gangsta » de Kehlani, est bien mal nommé et s’avère plus une chanson R§B un peu fade qu’un hymne gansta-rap. Le « Know Better » de Kevin Gates est aussi dispensable, reprenant trop la recette de certains titres actuels, un peu Magic System mais fait par un américain.

C’est donc un album très inégal, dont les titres ont d’ailleurs pour la plupart été abondamment utilisés pour la promotion dans les trailers, assez brillamment d’ailleurs installant un certain ton autour du film. Bien que présents dans le film, leur exposition y est souvent partielle et ils s’avèrent souvent moins bien utilisés que dans les trailers, servant davantage d’habillage maladroit (un montage chaotique ?) que de moteurs au récit.

Une bande-son dans l’ensemble pas désagréable, aux accents fortement hip hop, pour les titres les plus emblématiques mais avec des titres inégaux. A écouter en priorité pour certains très bons titres « Sucker For Pain », “Standing In The Rain», « Heathens» « You Don’t Own Me » , « Without Me », ou les classiques « Fortunate son »,« Slippin’ Into Darkness ». D’autres assez moyens voire très décevants sont largement dispensables.