Le spectre de la « classique » saga Bond rejailli…
Spectre ne sera probablement pas la suite que vous vous attendiez ou espériez de découvrir… Et ce n’est pas grave !
Retour en fin d’année 2014, Sony annonçait le titre et casting de son nouveau volet des aventures du plus célèbre des agents de sa majesté. Un nom, « Spectre », d’ores et déjà évocateur pour tout fan de Bond qui en disait long sur l’attente pétillante et grinçante qui se profilait face à nous… Quelques mois plus tard, après de nombreuses fuites, un tournage serré, et quelques accidents et bobos, le spectre de cette suite à l’excellent Skyfall sort de son ombre…. Et le résultat est jouissif.
Si le scénario semble à première vue moins fort et fouillé que celui de son prédécesseur, Spectre continue son aventure dans le passé flou de Bond, sans cette-fois mettre de côté les célèbres codes « classiques » qui ont fait le succès de la franchise depuis plus de 50ans, et que certains pleuraient ou regrettaient.
Toujours campé par Daniel Craig, l’acteur a depuis Casino Royale su ajuster le costard de l’icône qu’il incarne au cinéma, et offre ici un James Bond plus mûr, plus charismatique, plus British que jamais… A ses côtés une nouvelle équipe digne des Mission Impossible ou autres Avengers: M, Q, Moneypenny forment le trio nécessaire à Craig pour survivre aux dangers et ainsi impulser une nouvelle énergie à la saga.
Face à lui, Christophe Waltz, acteur catalogué et salué pour ses rôles de vilains et qui une nouvelle fois ne devrait pas décevoir les spectateurs dans le rôle du terrible…. Non, nous vous laissons la surprise. Miaou !
L’acteur Autrichien avait pour autant raison depuis le début sur un point, son rôle restera probablement plus important et significatif qu’une nouvelle « possible » réinterprétation de l’homme au chat. Sans tomber dans le cliché, ou dans son excentrisme parfois douteux, Waltz donne à voir une nouvelle approche d’une figurine forte de la Bond Legacy qu’on attendait depuis fort longtemps.
Si le personnage de Franz Oberhauser joue la carte de l’intellectuel vicieux et persécuteur, on notera au passage une scène de torture aussi savoureuse que celle de Casino Royale, Dave Bautista lui mise sur son physique et sa carrure de catcheur rappelant sans aucun doute les personnages de Requin et Oddjob. Trois rencontres fortes et rythmées, parfait clin d’œil aux classiques Bon baiser de Russie ou L’espion qui m’aimait.
Les références ne s’arrêtent pas là: Au service secret de sa majesté, Permis de tuer, L’homme au pistolet d’or, Vivre et laisser mourir, Les diamants sont éternels… Ce James Bond plaira sans aucun doute aux fans de la première heure.
Mais un James Bond ne peut être un vrai 007 sans ses Bond girls. Le personnage de Monica Belluci, délicieuse beauté italienne, trop vite évacuée au profit de la française Léa Seydoux, nouvelle amourette de passage (ou pas !) crédible, et intelligente pour ressortir du film comme une presque-héroïne qu’on attend de revoir avec joie…
Si chaque Bond est un gage de scènes d’actions impressionnantes et maîtrisées, Skyfall apportait à la franchise un tournant important par sa direction artistique et cinématographique: Sam Mendes. De retour derrière la caméra, le réalisateur s’entoure une nouvelle fois d’une équipe de choc: Hoyte Van Hoytema, chef opérateur d’Interstellar et Her, Lee Smith monteur d’Inception et la trilogie Dark Knight, sans oublier Jany Temime chef-costumière de la plus part des volets de la saga Harry Potter. Le cinéaste a la prétention de proposer aux spectateurs autre chose qu’un simple film d’espions et ajuste sa manière de filmer et sa direction d’acteurs vers un modèle plus confidentiel, toujours aussi élégant et soigné. Mendes a mûri sa façon de traiter l’héritage Bond et rend une copie presque impeccable…presque.
On regrettera un final trop blockbuster, rappelant cette vague et mode des showdown à la Marvel. Mais qu’à cela ne tienne, le pré-générique du film visuellement fou à vous faire frémir et accrocher à votre fauteuil sera cicatriser cette erreur de mise en scène un peu poussée. Non sans défaut, on se demandera encore et toujours où se place le véritable challenge du film: produire une excellente suite à Skyfall, ou proposer un nouveau très bon James Bond ? Les ambitions du personnage de Waltz, mises de côté au profit d’une rivalité plus personnelle avec Bond, auraient été un parfait conducteur entre les deux mondes. Les thèmes de l’extra-surveillance, de la maîtrise totale des Grands Pouvoirs, pourtant intéressants et on ne peut plus contemporains, sont rangés au placard tout comme le personnage d’Andrew Scott. Le film souffre peut-être finalement d’une seule et même chose: le spectre indissociable et inéducable de Skyfall…
Spectre signe définitivement la fin de ce « reboot Daniel Craig » et confirme (« toujours » depuis Skyfall) le retour d’un James classique, au côté d’un Bond moderne.