Jusqu’où iriez-vous par passion ? Telle est la tagline du premier long-métrage de Chloé Robichaud, Sarah préfère la course.
Sélectionné au Festival de Cannes 2013 dans la catégorie Un certain regard, le film met en avant les dessous du sport de compétition à travers le personnage de Sarah (Sophie Desmarais), jeune athlète québécoise dont la vie va basculer le jour où une opportunité unique s’ouvre à elle : Faire partie du meilleur club d’athlétisme universitaire de Montréal. Afin de financer son projet, elle se marie avec son ami Antoine (Jean-Sébastien Courchesne). C’est avec un démarrage lent et quelques scènes descriptives inutiles que l’intrigue se met en place. Le quotidien de Sarah est trop détaillé et n’a aucun impact sur le reste du film. S’ensuit une succession d’événements cadencée, qui enrichit cette intrigue prévisible.
En revanche, l’absence de dénouement frustre le spectateur face à une fin inachevée. La réalisatrice, ne voulant pas tapisser son film de musique a opté pour un fond sonore minimaliste, s’accordant parfaitement avec la sobriété des protagonistes et du décor. D’ailleurs, on aurait préféré avoir plus de plans extérieurs de Montréal car nous n’avons que très peu de paysages de cette grande ville québécoise.
Focus sur le personnage de Sarah. Outre son incapacité à savoir ce qu’elle veut dans sa vie personnelle et à sourire, elle met mal à l’aise. Certainement l’une des scènes les plus marquantes du film, son interview par un journaliste sportif montréalais. Il aura beau la questionner avec ardeur, elle reste de marbre, créant un malaise immense. Saluons Sophie Desmarais pour sa bonne prestation ainsi que Chloé Robichaud, pour avoir créé cette fascinante jeune fille aux multiples facettes dévorée par l’abnégation de sa vie de femme au service du sport.
Quant aux autres anti-héros, comme Antoine ou sa meilleure amie, Zoey (Geneviève Boivin-Roussy), aucun n’est vraiment travaillé. Leur relation avec Sarah est certes très bien décrite, mais on en sait trop peu sur eux, ils s’effacent complètement et sont relégués au troisième plan.
Un Million Dollar Baby version Xavier Dolan avec une sensation de « déjà-vu ». On retrouve la rage de vaincre de Maggie Fitzgerald dans le corps et l’esprit d’une fille torturée au cœur d’une intrigue déjà exploitée. Aussi froid et sobre que son personnage éponyme, Sarah préfère la course est un premier film d’une certaine qualité photographique, porté par une actrice efficace, mais à l’histoire trop plate. Les passionnés de sport seront intéressés, les autres seront intrigués par le mystère qui enveloppe notre héroïne.

Christelle Cozzi