Sao Paulo Blues de Francisco Garcia : Notre avis

Le Brésil actuel est connu pour sa grande émergence économique, mais qu’en est-il de sa société ? C’est à travers les portraits de Luca, Luiz et Luara que l’on découvre les oubliés de la suprématie de Sao Paulo. Le premier est tatoueur, le second est officiellement pharmacien, officieusement dealer et la troisième tient un magasin de poissons exotiques. Sans réels espoirs de jours meilleurs, ils s’abandonnent à la drogue, la cigarette, l’alcool et le sexe. Après trois courts-métrages, Francisco Garcia nous offre une petite pépite, Sao Paulo Blues.

Rares sont les bandes de « ratés » qui ont séduit pareillement. Véritables illustrations du mal-être de l’homme moderne, ils parlent peu, mais chacune de leur parole est intéressante. Le film s’ouvre par une longue séquence muette qui présente dans son noir et blanc de qualité le quotidien de ces trois âmes perdues. Luca vit aux crochets de sa grand-mère tandis que Luiz et Luara vivent dans un appartement miteux. Bercés tout au long du film par le discours idyllique de la télévision annonçant l’explosion économique du pays, nos personnages ne font que s’enliser dans la déchéance et sont étouffés par le manque de communication. D’ailleurs, à plusieurs reprises, le téléphone sonne, tout le monde délègue aux autres l’acte de répondre, mais au final, personne ne le fait.

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Plus qu’un simple film sociologique, il y a là une triste vérité qui peut d’ailleurs se transposer à d’autres grandes villes du monde telles que Paris, New-York, Londres, Rome, Berlin, etc… La réussite d’un pays ou d’une ville a des dommages collatéraux sur ses classes moyennes et populaires. La scène finale met en avant la fatalité de leur existence. Assis tous les trois sous la pluie, ils regardent au loin sans le moindre espoir de changement. Derrière eux, la grand-mère de Luca les observe avec dépit et tristesse.

On saluera les acteurs pour leur très bonne performance malgré leur peu d’expérience. Aeaua Sol (Luiz) et Simone Iliesen (Luara) font partie de deux compagnies théâtrales importantes de Sao Paulo mais sont quasiment inconnus du monde du cinéma. Pedro di Pietro (Luca), quant à lui, n’est même pas acteur. C’est son physique si spécifique qui l’a distingué pour ce film. On observe certes quelques défauts dans leur jeu, notamment dans l’expression des émotions, mais ils demeurent néanmoins très crédibles.

Tout comme le casting, la musique est inédite. La bande-son est signée Wilson Sukorski, musicien expérimental de Sao Paulo. Véritable actrice, la musique couvre les silences et accentue le drame.

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Sao Paulo Blues est un conte réel du XXIème siècle, portrait d’une société moderne en noir et blanc, pas si rose que ça. En 1h32, Francisco Garcia nous met face à notre propre réalité par ces protagonistes éternellement atteints de bovarysme. Réservé à un public adulte, l’enjeu du film est de nous faire réfléchir et ne vous laissera pas de marbre, bien au contraire.

Au cinéma le 21 mai.

Christelle Cozzi