Saint Laurent et YSL : Quand Yves Saint Laurent rhabille le cinéma français

Véritable précurseur de la mode et du chic français, Yves Saint Laurent ne cesse d’intriguer. Six ans après son décès, le cinéma a décidé de lui rendre hommage par deux biopics déchus de point communs, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, sorti le 8 janvier dernier (critique complète ici) et Saint Laurent de Bertrand Bonello, au cinéma dès aujourd’hui. Chronologiquement, ils se suivent : quand le premier retrace son ascension (1957-Années 1970), l’autre fait revivre sa déchéance (1967-1976).

Mais au final, quel biopic est le plus pertinent ? En quoi les duo Niney/Gallienne et Ulliel/Renier sont-ils si différents ? Quelle vision de Saint Laurent chacun des films nous apportent-ils ?

Notre match s’ouvre sur les deux interprètes du couturier. Si Pierre Niney a su reproduire presque à l’identique sa voix, Gaspard Ulliel excelle dans son expression faciale. Difficile de hiérarchiser les deux acteurs, c’est pourquoi nous leur accordons un point à tous les deux. Chacun d’entre eux a minutieusement travaillé pour se mettre dans la peau de Saint Laurent. Ulliel a déclaré s’être « documenté au maximum » tandis que Niney a expliqué lors de la promotion du DVD d’YSL, qu’il s’était coupé de toute vie sociale pour s’approprier le personnage au maximum.

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En revanche, les prestations de Pierre Bergé diffèrent. Certes, Bergé est davantage prépondérant dans la version de Lespert, mais le jeu de Guillaume Gallienne reste tout de même meilleur que celui de Jérémie Renier. Plus présent, plus profond, Gallienne a su s’imposer quand Renier s’est renfermé.

Attaquons-nous désormais au scénario et à la mise en scène. Quand le premier est très sérieux, classique et approuvé par Pierre Bergé, le second est détonnant et scandaleusement controversé. Bien que les deux se complètent plutôt bien, celui d’YSL est plus riche niveau biographique. L’aspect professionnel y est beaucoup plus marqué, les événements découlent les uns plus clairement, l’évolution de l’artiste est nette et les scènes sont davantage variées. Saint Laurent, quant à lui, est très répétitif et insiste trop sur l’adultère du génie, notamment avec Jacques de Bascher, effaçant davantage Bergé. De plus, la chronologie est si désordonnée que l’on peut s’y perdre. Certainement le plus grand défaut du film, ses allers et venues dans le temps, rendant le scénario parfois décousu.

En revanche, Bonello a clairement plus insisté sur la profondeur du créateur. On y découvre un homme en perdition, en fluctuation permanente, s’opposant à la rigueur de son travail. La noirceur psychologique du couturier est fascinante, mais parfois mal exploitée par sa succession de plans similaires. Toutefois, la mise en scène de Saint Laurent est nettement supérieure à celle d’YSL. Entre les découpages d’écran à la Mondrian, l’illustration du temps qui passe par les collections et l’utilisation du serpent pour rappeler la grande descente aux Enfers du visionnaire, Bonello a su faire la différence.

La musique est une véritable actrice dans Saint Laurent quand chez Lespert ce sont les costumes qui devancent de très loin. D’ailleurs, il s’agit de véritables créations Yves Saint Laurent.

Côté personnages, on notera que Loulou de la Falaise (Laura Smet/Léa Seydoux) et Betty Catroux (Marie de Villepin/Aymeline Valade) n’ont pas du tout la même importance dans chacun des biopics. YSL minimise leur rôle en ne les faisant apparaître qu’en deuxième partie du film tandis que Saint Laurent les relègue au rang de pilier, montrant ainsi leur proximité avec le couturier. C’est notamment en cela que cette adaptation est plus profonde.

De ce quator ressort le duo Léa Seydoux/Aymeline Valade, dont le jeu est nettement moins superficiel et leurs personnages plus chaleureux que celui de leurs homologues.

D’ailleurs, Loulou de la Falaise et Betty Catroux sont l’emblème de l’amour des femmes d’Yves Saint Laurent, en plus de Victoire Doutreleau (présente uniquement dans YSL). C’est d’ailleurs l’un des rares points unissant les deux films, l’importance de la Femme.

La principale différence des adaptations est sans aucun doute l’importance des seconds rôles. La règle ne fait pas exception pour Pierre Bergé et Jacques de Bascher, comme précédemment mentionné.

Bien que ce soit dans divers domaines, chacun des biopics vaut le détour. Le classique porté par la Comédie Française et l’extraverti emporté dans les méandres de la drogue, du sexe et de l’alcool ne s’affrontent pas, ils se complètent. Certes, la version de Jalil Lespert demeure peut être plus traditionnelle tandis que celle de Bonello se veut plus artistique et profonde. C’est un bel hommage que notre cinéma rend à cette figure emblématique de la mode, mais surtout, de l’image de la Femme.

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 Christelle Cozzi