Philomena de Stephen Frears : Notre Avis

Dommage. Voilà un terme qui pourrait résumer tout ce que nous pensons du dernier film de Stephen Frears. Inspiré d’une histoire vraie, Philomena porte sur la volonté d’une mère de retrouver son fils, cinquante ans après leur séparation. Avec l’aide d’un journaliste, Martin Sixsmith, dépressif et désabusé, Philomena Lee va mener une lutte acharnée.

En utilisant la même trame de fond que The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002), Philomena rouvre le débat des relations entre les enfants adoptés et leurs parents biologiques. Lauréat de l’Oscella du meilleur scénario à la Mostra de Venise 2013, Philomena est un film humain et vraiment intéressant, qui se distingue du panel classique des drames hollywoodiens. Seul problème, plus le film passe, plus on a l’impression d’être sous l’emprise de somnifères.

Avec un tel synopsis, on s’attendait à un film vraiment vivant, très prenant… Mais nous avons finalement découvert une intrigue plate et un scénario lent. Sans parler d’une musique qui fait office de tapisserie et une photographie moyenne. Les quelques rebondissements sont de véritables fusées de détresse, ils montent en puissance pour retomber aussitôt. L’événement phare du film arrive trop vite, ce qui rend la seconde partie du film vide malgré la fin.

Autre point négatif, la rencontre entre la fille de Philomena Lee et Martin Sixsmith est bâclée, il manque une scène de transition, ou ne serait-ce qu’un approfondissement. On ne sait pas du tout comment ils se sont donné rendez-vous alors qu’ils n’avaient aucune coordonnée.

Impuissants face à l’écran, notre incompréhension est totale. Côté casting, Judi Dench est très convaincante en mère assaillie par le chagrin. Sa simplicité et sa détermination peuvent toucher le spectateur, mais le personnage de Philomena Lee nous déprime. Convaincue d’être un monstre pour des raisons véritablement archaïques, elle en finit même par nous énerver. L’envie de lui dire d’arrêter de se considérer ainsi nous brûle les lèvres. Elle reste coincée dans les années 50 et n’évolue pratiquement pas, ce qui alourdit cette mise en scène déjà bancale.

Martin Sixsmith -interprété par Steve Coogan– séduit rapidement le spectateur par son sarcasme et sa rationalité. Entre cœur de pierre et homme compréhensif, son jeu évolue en même temps que son personnage. Mais à partir du moment où Sixsmith s’attendrit, le choc des générations qui animait le film disparaît instantanément.

Malgré une certaine qualité dans le jeu du duo Dench-Coogan, les personnages sont caricaturaux et ne sont pas assez travaillés. Tandis que la première vit dans le passé, le second est l’archétype même de l’homme moderne qui n’attend plus rien de l’existence. De médiocres personnages pour de bons acteurs, ils ne font qu’enchaîner les clichés.

Adapté de l’ouvrage de Martin Sixsmith, The Lost Child of Philomena Lee (2009), cette comédie dramatique n’est pas un indispensable. Réservé à un public adulte, cette histoire touchante sans prétention ne restera malheureusement pas dans les annales. Aucun élément marquant en 1h38, si ce n’est le duo Dench-Coogan qui relève légèrement l’histoire.

Christelle Cozzi