Lorsqu’en guise de pitch, le dossier de presse vous annonce qu’il s’agit de la rédemption de Dan, un producteur de musique quasi-alcoolique, en perte de vitesse et qui va retrouver goût à la vie en tombant sous le charme des mélodies chantées avec toutes ses tripes par la jolie Gretta, on craint avoir affaire à une énième comédie romantique ayant pour décor New York City façon carte postale.

Nos doutes se renforcent sur la qualité du film lorsque, dans le casting est évoqué Keira Knightley, la reine des films en costumes et des rôles de fille au charme très « minaudage Coco Mademoiselle ».
Heureusement, ce serait mal connaître le génial réalisateur John Carney qui nous avait offert le splendide et bouleversant ONCE, car ce cinéaste a décidément le sens inné du casting. À la bombe des magazines de Mode, il oppose un Mark Ruffalo déchirant d’authenticité.
Du coup, la demoiselle se voit retirée de tous ses attraits sexy pour n’apparaître qu’en fragile Gretta : une Britannique mignonne mais pas vêtue façon bombe sexuelle, non ; bien plus simplement. C’est une jeune femme meurtrie, ayant le mal du pays et qui se remet difficilement de sa séparation avec l’homme de sa vie, (un chanteur incarné par l’étonnant Adam Levine, leader de Maroon 5 et très bon singer, ce qui aide le personnage qu’il interprète : une brand new pop star découvrant les aléas de la célébrité).

Le duo Levine/ Knightley fonctionne d’ailleurs à merveille. On croît sans problème à leur couple en apparente symbiose musicale jusqu’à ce que Levine préfère aller roucouler avec une jolie assistante de son Label.Knightley ose alors se montrer d’une simplicité désarmante, d’une sincérité dans sa tristesse qui vous arracherait presque des larmes.
Et le plus important, interprétant elle-même le rôle d’un chanteuse, force est de constater qu’elle fait le job, et plus que bien en plus !
Très belle voix, sur des mélodies plus pop que celles, folk de ONCE, (mais pas moins mélancoliques pour autant). Logiquement et sans efforts, elle parvient donc à retourner le cerveau de Ruffalo qui se croyait au fonde du trou et faire de même avec le spectateur qui n’a, mais alors, aucun problème à s’identifier à Gretta et ses états d’âmes.

Comment dire ?
Rien d’étonnant de la part de l’auteur d’un premier film que Steven Spileberg himself qualifia, en 2006, de l’un des plus beaux qu’il ait vu depuis très longtemps.
Adoubé par le Big Boss, Carney a depuis obtenu l’Oscar de la meilleure chanson originale avec Falling Slowly de Glenn Hansard et Marketa Irglova (les deux comédiens génialement charismatiques de ONCE), récolté une pluie de récompenses à travers les festivals et vendus de nombreux exemplaires de la sublime BO du film.
C’est donc logique que, pour son second long métrage, il obtienne cette fois-ci un budget plus conséquent et un casting de stars, et pas des moindres : outre Ruffalo, Knightley, et Adam Levine, donc, on côtoie aussi Moss Deff (Be Kind Rewind de Michel Gondry), Catherine Keener (vu récemment dans Into the Wild de Sean Penn), la prometteuse Hailee Steinfield (héroïne du True Gritt des frères Cohen), sans oublier le génial James Corden (acteur très célèbre en Angleterre et qui interprète ici l’ami-confident musicien de Gretta avec un humour débonnaire décapant).
Lorsque, sentant tout le potentiel de Gretta, Dan (Ruffalo), cofondateur d’un label très respecté dans le milieu de la musique, décide de se racheter une conduite, il ne le fait pas égoïstement. Il le fait avant tout par amour sincère pour la musique et veut absolument produire une maquette des chansons de Gretta, enregistrées live en plein New York afin d’en capter la vibe primordiale pour ces outdoors sessions.
Lui, dont le mariage avec Catherine Keener s’est effondré et dont sa relation avec sa fille (incarnée par une Hailee Steinfield, d’une justesse et d’un naturel incroyable) n’est pas au top de la cordialité, croit à 2000% en ce projet d’album enregistré au cœur de la Big Apple (sur des barques, à Central Park même, dans une rue où des enfants footballers sont réquisitionnés pour faire les chœurs le temps d’une chanson, sur un toit donnant sur l’Epire State Building, dans le métro surveillé par des policiers peu enclins à apprécier les « concerts » improvisés), bref un projet risqué dans lequel il injecte tout le peu qui lui reste d’économies et mène à bien l’enregistrement.

Comment ?
En allant à l’épure, cherchant son vivier de talents au sein même de la ville. Ainsi, il réussit son entreprise grâce à de très jeunes musiciens, qu’il enrôle dans des conservatoires de quartier, des jeunes prodiges amateurs qu’il a trouvé sur Youtube, et un batteur exceptionnel que son vieil ami rappeur multi millionnaire lui « prête » par amitié envers Dan, qu’il considère comme celui à qui il doit tout.
Et c’est avec cette troupe improbable qu’il va graver, avec du matériel d’occasion glané au fil des Pawn Shop, avec des micros sans âge et un simple Pro-Tools pour console d’enregistrement, des morceaux incroyables que nous découvrons en même temps que les badauds, aux yeux admiratifs et intrigués par ces happenings qui ne sont pas sans rappeler l’ultime concert des Beatles sur le toit de leurs bureaux d’Apple.

Avant d’être une simple histoire d’amour, New York Melody est avant tout une lettre ouverte à la ville de New York qui, au fil du film, est devenu un véritable personnage à part entière.La love story platonique unissant Dan et Gretta n’est ni plus ni moins que ce que fut celle de Tony Leung et Maggie Cheung dans In the Mood For Love, où leur amitié dépasse le simple stade de l’amour physique.
Dan et Gretta s’aiment mais sur le plan musical et c’est ce qui rend leur histoire encore plus touchante : on se souviendra longtemps de leur ballade à travers la ville durant laquelle chacun, grâce à un système de double branchement peut écouter en même temps, au casque, la playlist de l’un et de l’autre, par le biais d’un simple Iphone. Et les superbes chansons alors de s’enchaîner au fil des rues : celle du pianiste de Casablanca, celles de Sinatra… C’est d’une simplicité mais d’une efficacité et d’un romantisme assumé à tomber par terre.
Quand au reste de la mise en scène de Carney, elle est très inventive et nous permet de voir tout le début de la rencontre (montrée dans le prologue du film) entre Ruffalo et Knightley par le biais d’une scène clé que l’on verra plusieurs fois au cours du film, mais sous des angles différents, permettant de la ressentir autrement, selon le point de vue du personnage sur lequel est focalisée la mise en scène à ce moment là.
Outre ce côté « Montage parallèle à la Pulp Fiction », il n’y a pas là d’effet de style appuyé, tout s’inscrit totalement et logiquement dans l’histoire racontée.
Quant aux chansons interprétées par Gretta, en plus d’être belles, elles nous en disent tout autant sur son état d’esprit que sur son intimité secrète.
À tel point que lorsque Dan en entend une pour la première fois, il s’imagine dans sa tête les arrangements musicaux qu’il pourrait rajouter pour rendre la chanson encore plus belle, et voit littéralement sous ses yeux, comme animés par la magie d’un sorcier de Fantasia, chaque instrument sur scène près de Gretta jouer les notes en direct sans l’aide de personne. C’est une scène féérique hyper gonflée, risquée voire même casse-gueule, mais qui marche du feu de Dieu car tout le reste du film ayant la volonté de faire ressortir les tripes des acteurs sur la pellicule comme parvenait à l’obtenir Cassavetes, on est prêts à accepter ce genre de moment totalement Gondryesque avec encore plus de délectation.

En bref et pour conclure, NY Melody est une suite logique de ONCE mais pas non plus pour autant une resucée. John Carney peut donc être très fier de son feelgood movie car il passe ainsi avec brio le difficile cap du 2nd long métrage, qui aurait pu lui être fatal (combien de cinéastes se sont cassé les dents après un premier film à succès et n’ont pas su, ensuite, rebondir intelligemment ?).
Le plus incroyable dans tout ça c’est qu’une fois sorti de la projection, on n’a qu’une envie : filer se procurer des instruments de musique et monter un groupe de fortune pour pouvoir jouer avec des gens qu’on apprécie, des morceaux que l’on aime et que l’on aurait aussi composé.
Rien que pour ça, j’ai presque envie de qualifier ce petit film modeste et sans prétention de GRAND GRAND FILM À VOIR ABSOLUMENT.
Jordi AVALOS