Il était attendu comme le film d’ouverture de cette soixante-huitième édition du Festival de Cannes, il sera finalement « relégué » à une nomination Hors-Compétition… Quoi qu’il en soit Mad Max Fury Road demeure l’un des films les plus attendus et excitants de cette croisette…. Trente années séparent le très moyen Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre de cette route en fureur et pourtant Max le Fou est resté jeune !
☠ La vidange nécessaire ?
Souvent annoncé comme une suite, ce quatrième Mad Max a longtemps été dans les cartons de George Miller et Warner Bros. Un temps programmé pour 2014, le film a finalement été repoussé d’une année et pour cause la flopée d’effets spéciaux nécessaires à l’édifice du récit est tout simplement phénoménale. Construit et monté telle une partition de musique, Fury Road s’articule à coup de scènes d’action épiques sous fond de percutions et guitare joué « en direct » par un orchestre et guitariste tout droit venus des enfers. Rempli de surprises et de fraicheurs, ce quatrième Mad Max est un coup d’éclat pour toute une industrie Hollywoodienne souvent pointée du doigt et critiquée pour n’adapter que des héros en cape sur grand écran. Ici nul besoin de super pouvoirs, le délire et la démence des personnages du réalisateur Australien parviendront à vous faire oublier en un claquement de doigt les bodybuildeurs de Marvel.
☠ Mel Hardy vs Tom Gibson !
Il était compliqué d’imaginer un digne remplaçant au culte Mel Gibson, et pourtant Miller a su viser juste en misant, bien avant tout le monde, sur Tom Hardy, acteur qui ne cesse d’étonner le tout Hollywood par sa palette de jeux. Sans trop en faire, sans trop parler, Hardy réussit à impressionner dans cette affluence de feu avec un soupçon d’humanité savoureuse. Un temps brut et sauvage, Tom Hardy devient un héros non pas sans défaut mais conscient du monde qui l’entoure. Un rôle physique comme il aime les apprécier et les dévorer, ce Max Hardy se joue sur le regard… à coup de tonnerre.
☠ Wonder Woman
Boycotté pour cause de féminisme par quelques activistes Américains, Mad Max: Fury Road réussit aussi là où toute une industrie a échouée: imposer de véritables héroïnes à l’écran. Car si Hardy monte le taux de testostérone au niveau « Max », Charlize Theron impose son personnage au bras mécanique mais à la tête froide, rasé, torturé et furibarde sur les toiles aux côtés d’une ligue des justicières: des femmes plus âgées parcourant à moto cross les dunes ou dégommant une succession de kamikazes post apocalyptique. Du Girl Power, mélangé à une Wonder Woman avec une dose de Sergio Leone… le cocktail prouve bel et bien que la gente masculine peut apprécier une ribambelle de femmes aux poings fermés.
☠ En faire des « caisses » ?
« Un peu plus d’histoire peut-être, non ? » NON ! Dès le début du film, George Miller trace la route de cette course (sans fin!): Immortan Joe, charismatique « Ben » (The Dark Knight Rises) Laden post apocalyptique tient tout un peuple assoiffé de vivre(s) au sein d’une citadelle qu’il dirige d’une main de fer. Pendant ce temps, Furiosa embarque la coure de femmes enchaînée et mères porteuses du seigneur de guerre enragé de s’être fait volé ces irremplaçables corps. Embarqué un peu par hasard, Max se trouve au milieu d’une croisade au travers les déserts et tornades. Et après ? Le film est avant tout un road trip, comprenez l’expression au sens premier: un voyage sur une route durant lequel les héros de cette aventure devront percer et pénétrer les routes les plus cruelles et abandonnées d’un monde sans nom. George Miller a justement su donner à son blockbuster de l’humain, de la bienveillance et de la bonté à ses personnages fort en caractère, bien dessinés comme justement les films populaires des années 80 savaient en produire. Hugh Keays-Byrn, charismatique et atypique, suggère un « méchant » digne de ce nom et héritier des plus grands du cinéma avec un look, une gestuelle, une histoire, une voix.
Bien entendu, Max Max Fury Road comporte de nombreuses scènes d’actions et ne cesse d’allumer les mèches de bidons d’essence tout au long de ce parcours aride, mais toujours mené à la baguette par Miller soutenu et non étouffé par Warner Bros: studio qui prouve une nouvelle fois sa confiance dans les auteurs sur des films d’envergure. Bien différent d’un Fast & Furious ou d’un film de série Z, Fury Road tire sans aucun doute son épingle du jeu par les mécaniques bien huilées d’une direction artistique exemplaire et aujourd’hui trop rare (le design des véhicules, des masques, des maquillages), le montage précis et la photographie à la fois crasse, chaude puis froide est un feu d’artifice qui manquait au cinéma et qui pourrait bien être récompensé d’ici quelques mois aux Oscars. Tout comme un excellent long morceau de musique classique envoutant un ballet excitant et éblouissant, Mad Max est un film infernal, un opéra d’imagination et de violence à savourer sans modération.
