Mad Max de père en fils, discussion entre deux générations de cinéphiles

Sortir d’une salle obscure avec l’impression d’avoir encore du sable au fond de la gorge, une odeur persistante de gazoline dans les narines, la pépie à son paroxysme et chercher sous ses ongles la moindre trace d’huile de moteur, sont les symptômes que l’on peut ressentir après le visionnage de ce Mad Max Fury Road ! Une seule envie me vient à l’esprit, y retourner et me lancer corps et âme dans cette furieuse course poursuite dantesque !

On the road Max...et comme tout bon conducteur, j’y suis allé avec mon père ! Pourquoi ? « Dady » avait le même âge que moi (30 ans) lorsque le premier opus est sorti sur les écrans, et ce long-métrage reste pour lui un grand souvenir cinématographique… il n’aurait raté pour rien au monde le retour d’une icône du 7ème art. Nous avons eu l’occasion d’en parler avant la séance…madmax generation1

 

– Mon père : Quand Mad Max est sorti, j’avais la trentaine, et ce film était révolutionnaire!  Il faut se rappeler qu’à l’époque, il n’y avait pas l’internet, et que l’arrivée d’un film Américain en France prenait un certain temps ! Il a fallu attendre trois ans pour le voir en France et c’est le festival d’Avoriaz qui a contribué aux bouches à oreilles. J’en garde le souvenir d’un film marquant et novateur, une violence gratuite, des voitures géniales, des courses poursuites… des choses anodines aujourd’hui, mais surprenantes pour l’époque. Et comment ne pas oublier le personnage principal si charismatique de Max !! J’attendais donc avec curiosité ce nouvel opus, et j’en ai eu pour mon argent ! C’est du grand spectacle comme à l’époque.

Trente-six ans après le premier opus, Max est enfin de retour ! Il a su se faire attendre par toute une génération et l’on pouvait se demander si remettre au goût du jour _une fois de plus_ une bonne vieille licence était une idée lumineuse !?

« J’ai essayé de comprendre le langage créé par cette suite d’images en temps réel, leur musicalité – parce qu’il s’agit bien de « musique visuelle, » la façon dont on ordonne les plans comme des notes pour créer un mouvement, une fluidité, des émotions, du rythme. Je suis revenu au cinéma muet, qui représente le langage filmique à son état le plus pur » George Miller. Avec ces mots, tout est dit, et ce nouvel opus insuffle une toute nouvelle énergie à ce qu’était le grand spectacle avant l’ère du tout numérique. Sans oublier un montage monstrueux avec une dynamique sans perte de souffle et une bande son adéquate.madmaxgeneration4

A la sortie du film, mon père était ravis (et ma mère aussi, et oui, Mad Max n’est pas uniquement réservé à nous, les hommes!)

– Mon père : C’est du grand spectacle comme à l’époque, une histoire simple mais intéressante, beaucoup d’actions sans temps mort et visuellement parlant quelque chose de bluffant !

– Ma mère : Sans oublier les personnages féminins, j’ai adoré Charlize Theron, je ne me suis pas ennuyée une seule minute !

– Moi: Et techniquement, un film comme à l’époque ?

– Mon père : Oui, un film qui ne regorge pas d’effets spéciaux à outrances, qui est réaliste, on y croit, il n’y a rien d’invraisemblable. Mais c’est un film qui faut voir au cinéma, chez soi, aucun intérêt !!

Georges Miller ne cesse de clamer haut et fort « qu’il faut être constamment en mouvement et compenser la platitude de l’espace par la vitesse de la traversée », il est clair que ce Fury Road tient ses promesses de départ : caméras embarquées, travellings, plans aériens pour voir l’action dans son ensemble, des véhicules plus fou les uns que les autres et surtout du grand cinéma « old school », mécanique, réel, qui fait passer Fast & Furious pour une licence « mole » et bling bling. Ce nouvel opus redonne ses lettres de noblesses à ce qu’était le grand spectacle avant l’ère du tout numérique, sans oublier un montage monstrueux, une dynamique sans perte de souffle et une bande son adéquatemadmax generation2

– Moi : Mel Gibson ou Tom Hardy ?

– Mon père: Les deux ! Chacun correspond à son époque, Gibson restera Mad Max pour toute une génération, et il aurait été dommage de le reprendre de nouveau. Cet acteur rempli son rôle, je ne le connaissais pas avant, mais il est plutôt doué. Même si dans ce film au final son rôle est plutôt effacé alors que celui de Furiosa (Charlize Theron) est plus mis en avant. Mais ce n’est pas dérangeant. Le tout fonctionne très bien.

– Moi : Que penses-tu de cette mode de refaire du neuf avec des vieux films ! Cette mode des remakes, reboot…

– Mon père : Si cela est bien fait et qu’il y a un intérêt cinématographique (comme ici) je suis pour. Après le cinéma a toujours été comme cela, on retrouve toujours un peu les mêmes histoires. Mais soyons honnêtes depuis de nombreuses années il y en a que pour les effets numériques, c’est bluffant, mais parfois trop devient lassant.

– Ma mère : En tout cas, je n’avais jamais vu aucun Mad Max, mais j’ai adoré ce film et ça me donne l’envie de voir les trois autres ! Si le réalisateur est le même ça doit être amusant de voir l’évolution de son cinéma.

– Moi : Le fait que ce soit le même réalisateur aux commandes a son importance à votre avis ?

– Mon père : Lui ou un autre…mais à la vision du résultat on peut imaginer que oui ! Il connait son sujet. Il a réussi son coup, c’est spectaculaire. D’autres licences devraient en prendre de la graine.

– Moi : Et qu’avez-vous pensé de la 3D ?

– Mon père : Pour une fois bien réussie et exploitée de façon intelligente !

maxmax banner001c

« Les histoires sont celles qui nous permettent de donner un semblant de sens au monde chaotique qui nous entoure. Certaines d’entre elles sont tellement puissantes qu’elles deviennent des mythologies. Et certaines mythologies sont si fortes qu’elles deviennent des religions. Toutes ont en leur centre une part d’ombre et de sauvagerie, du conte primitif à la pop culture en passant par la Bible ou le Coran. Toute tentative de raconter une histoire devrait être accompagnée d’un avertissement « Attention, danger. » George Miller

– Moi : Qui est vraiment Max Rochatansky à ton avis ?

– Mon père : Je pense que le personnage de Max est comme celui de Batman, malgré le temps qui passe et le fait que tu changes son interprète, il faut le voir comme un symbole. Celui d’un monde en perpétuelle décadence avec les années qui passent. Hier c’était la guerre pour le pétrole, demain celle pour l’eau et aujourd’hui celle de l’exploitation de l’être humain. Au final, qui est réellement Max ? Moi hier, toi aujourd’hui et le monde demain.

– Ma mère : Un fou !?

Mad Max Fury Road est finalement la substantifique moelle d’un cinéma, perdue il y a des décennies de cela ! Un film à voir et à revoir.madmax generation3

Adrien Phocas