18ans après leur arrivée sur grand écran, Jacquouille la fripouille et Godefroy de Montmirail sont de retour sur les toiles. Scruté au viseur par les critiques et attendu à bras ouverts par les aficionados du duo déganté, ce troisième opus sort enfin au cinéma pour le plus grand bonheur ou malheur de tous.
Soyons clairs, mettons tout de suite l’argument « populaire » que certains pourraient nous brandir au visage, de côté : grand fan du premier volet MAIS AUSSI de sa suite (le troisième opus restera pour tout le monde un ovnis), l’humour de Poiré (réalisateur du très drôle Corned-Beef – nous assumons) est pour moi, vecteur de bons moments et fous rires. Vous vous doutez alors de l’attente qui me tenait en halène durant ses dernières 48h… Cette révolution à la sauce « Visiteurs » tient-elle alors ses promesses ?
Compliquée est la recette d’une bonne suite, d’autant plus lorsque le film d’origine est un succès majeur du cinéma Français à presque 14millions d’entrées, devenant même un véritable phénomène hexagonal . Malheureusement, la potion magique qui avait enchanté les spectateurs de l’époque s’est, elle aussi, quelque peu égarée dans les couloirs du temps… et ce n’est pas faute d’avoir su ajouter à ce curieux cocktail tout un tas de nouveaux ingrédients plutôt frais et revigorants d’énergie ! Car, oui, les nouvelles têtes de ce casting dépoussièrent quelque peu les visages fatigués de Clavier et Reno. Le trio Dusbosc/Viard/Lutz est exquis à souhait entre la grande bourgeoise pince sans rire, le pseudo révolutionnaire proche du peuple et le terrible aristo qu’on aimerait assommer au plus vite. Déjà aperçu dans le Bon Dieu au côté de Christian Clavier, Pascal N’zonzi hérite des quelques séquences les plus drôles du film et Nicolas Vaude des plus terrifiantes en sinistre et inquiétant Robespierre. N’oublions pas l’agréable Sylvie Testud qui forme un cocasse « trio » avec le « duo » Clavier.
Comme à son habitude, le réalisateur Jean-Marie Poiré aime à s’attarder sur les seconds et troisièmes rôles tout en les mettant en lumière avec superbe. Et à juste titre: cette bouffée d’oxygène, nécessaire, aurait presque mérité à elle seule « toutes les hourras du film »: l’intrigue s’intéresse plus au sort de la descendance de Godefroy qu’à son propre sort. On se demande alors pourquoi Clavier et Poiré n’ont pas plutôt pensé centrer toute l’histoire du métrage à cette nouvelle famille et la faire traverser les siècles jusqu’à une autre époque leur permettant ainsi de s’enfuir de la maudite guillotine. Une sorte de remake/spin-off/suite qui aurait eu plus de sens et de chance. Seule l’évolution du personnage de Jacquouille la Fripouille se révèle intéressante et même plutôt bien pensée dans le duo originel. On ne pourra d’ailleurs soustraire à Clavier sa folle énergie enfantine en Jacquouille et sa nervosité habituelle de Jacquouillet.
Mais NON le film n’est pas stupide, désolé, et même peut-être bien plus intelligent et subtile que les deux premier opus ! Mais à défaut d’un scénario plus historique, plus « intelligent », la dynamique des Visiteurs 1 et 2 perd de sa superbe: là où Poiré assumait une façon de filmer les personnages et monter son histoire (le repas entre Reno/Lemercier/Clavier et Bujeau, du premier film était tout de même quelque chose !), le réalisateur, ici, se perd en offrant aux fans de la première heure un objet cinématographique quelconque, beaucoup trop classique, aux couleurs des comédies actuelles, sans ce charme, ô combien kitch, que nous apprécions tant. La fabrication du film a t-elle manqué de temps ? Ou d’argent ? On parle d’un budget de près de 25 millions d’euros (similaire au précédent épisode et deux fois et demi plus haut que le premier volet).
Les Visiteurs que nous connaissons n’apparaissent, finalement, que dans les dernières minutes du film, à travers quelques plans, à une autre époque, laissant présager une probable suite si le public répond présent à cet épisode ! Et celle-ci serait probablement plus convaincante, car réside ici peut-être le grand intérêt de ce troisième chapitre: l’arrivée de nouveaux acteurs, d’une nouvelle famille, permettant ainsi de mettre peu à peu la Fripouille et le Hardi de côté: laissant place à une nouvelle génération plus proche du public actuel, des jeunes et futurs curieux. Mais avons-nous vraiment envie de revoir sur grand écran une aventure sans ce duo de cinéma qui nous avait tant marqué et qui, malgré les bonnes astuces du film, a tant changé ? On peine encore à trouver les futures répliques cultes de cet épisode: le « Okaaaay » de 2016 se dévoilera peut-être au fil des jours et séances…
Les Visiteurs: la Révolution, n’est certainement pas l’immense « bouse » que certains confrères « bobo » prédiront. Tout comme le premier opus, seuls les spectateurs seront les meilleurs juges de cette aventure. Quoi qu’il en soit, de notre côté, le film laissera un doux sentiment de nostalgie indéniable et on se prêterait peut-être presque à dire que finalement ce troisième Visiteurs n’est pas pire qu’une énième suite d’un gros succès populaire ou blockbuster Américain apprécié par le plus part d’entre nous.