Les jeux vidéo, la future poule aux œufs d’or du cinéma?

Si l’histoire d’amour entre le 7éme art et les comics bat son plein depuis maintenant une décennie, avec plusieurs adaptations cinématographiques qui font salles comble tout au long de l’année, nous pouvons nous demander, à juste titre, si un sentiment de lassitude n’est pas à craindre. Si bien qu’Hollywood pourrait encore une fois faire preuve de sa clairvoyance innée, et s’attaque d’ores et déjà à l’ère de l’adaptation 3.0, les jeux vidéos…

La liste de héros de comics « bankable » n’étant pas infinie, et ne pouvant pas enchaîner les suites comme on enchaîne les bières les nuits de beuveries, il fallait bien que les studios pensent à l’avenir du cinéma. Alors si la base de la pop culture moderne aura réussi à faire gagner des millions aux studios, rameuter la jeunesse dans les salles obscures qu’elle commençait à bouder, et surtout à relancer la carrière de Robert Downey » Thug life » Junior, pourquoi ne pas monter d’un barreau sur l’échelle du geek?

silenthill_photoMais vous me direz, « Immonde crapule de clickbaiter, cela fait des années que le jeu vidéo est adapté au cinéma!« . Et en effet, outre le fait nous soyons bien d’immondes crapules avides de clics, le jeu vidéo a bien eu droit à un florilège de films aussi nuls les uns que les autres. Si nous pouvons retenir « Sillent Hill » de Christophe Gans, ou encore « Doom » d’Andrzej Bartkowiak comme étant des succès commerciaux et critiques respectant le matériau de base, nous ne pouvons que nous tenir la tête en position latérale de sécurité en repensant au travaux d’ Uwe Boll ou au massacre constant de la licence de « Resident Evil » par Paul W.S Anderson. Alors pourquoi est ce que le passage au grand écran de nos héros de pixels deviendrait d’un seul coup assurance de rentabilité pour les producteurs?

Il y a plusieurs facteurs qui sont à prendre en compte, le premier et le plus important, la cible.

Si il y a encore quelques années le jeu vidéo n’était encore vu que comme un simple passe temps pour enfant ou la passion chronophage de gamins attardés, il a aujourd’hui gagné ses lettres de noblesse auprès du grand public. Nobuo Uematsu est reconnu comme l’un des grands compositeurs de son temps au même titre que Hans Zimmer, les œuvres de Hideo Kojima réalisées comme de véritables films interactifs où le scénario devient une mécanique de gameplay et plusieurs grands acteurs comme Willem Dafoe, Kevin Spacey et même Ellen Page se sont prêtés au jeu de la numérisation. Les joueurs sont aujourd’hui une force consommatrice importante à prendre en compte, du « casual » au « hardcore gamer« , les enfants qui ont grandi avec Mario ou Sonic ont grandi avec leurs propres rapports au jeu vidéo. C’est ce qu’ont compris les studios de développement qui ont donc emboité le pas à leurs homologues de la pellicule, en proposant des jeux dont les réalisations, en plus d’être inspirées par le cinéma comme Max Payne, se servent de la nature même des jeux en créant des systèmes de narration originaux innovants. C’est grâce à ce nouveau soin sur les réalisations vidéo-ludiques, que des noms tels que Shigeru Miyamoto font aujourd’hui partie de la culture populaire. De Samuel Lee Jackson présentant les Video Game Awards, à Marcus testant des jeux au cinéma, en passant par les tournois de « League of Legends« , les polygones ont réussi à se faire une place dans l’entertainment mainstream.

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Il n’était donc pas étonnant de voir arriver dans les salles obscures une nouvelle génération de super production tel que « Prince of Persia: les sables du temps« . Réalisé par Mike Newell, ce blockbuster estampé Disney et porté par des monstres du septième art tels que Jake Gyllenhaal, Alfred Molina ou encore Ben Kingsley. S’il est loin de bousculer les codes, ou d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice de la culture cinématographique, il peut néanmoins s’enorgueillir d’apporter une fraicheur indéniable dans le chaos qu’a été le passage des jeux vidéos au cinéma. Le soin apporté à la réalisation de ce film traduit un changement de méthode des studios dans le traitement des licences, et une nouvelle approche quant au choix des équipes autour des projets.

Avant que Deadpool ne vienne briser le quatrième mur de vos salles ou que Thor ne fasse rêver la gente féminine avec ses muscles de Dieu nordique, il y avait une époque où Nick Fury était interprété par David Hasselhoff et où Shaqille O’Neil brandissait le marteau de Steel. Le comic au cinéma est loin d’avoir toujours été la machine bien huilée qu’elle est aujourd’hui, bien au contraire. Avant l’arrivée de Blade, c’était un flot tortuesninja3_imagecontinuel de catastrophes, ponctué d’exceptions telles que les Batman de Tim Burton. Ce qui a changé, c’est le soin et l’approche des studios, ils ont compris que ces enfants qui s’habillaient en Spider-man pour Halloween avaient grandi et étaient les mêmes qui achetaient le dernier numéro de Batman au kiosque du coin. Que ces anciens enfants avaient construit un sens critique et qu’on ne pouvait plus leur servir « Tortues Ninja 3« , alors autant engager ces passionnés pour s’occuper des nouveaux projets; Joss Whedon et Zack Snyder sont des « BDvores » bercés dans cette pop culture et qui ont un talent reconnu, alors faisons d’une pierre deux coups. Lorsqu’on analyse des œuvres comme  » Les Griffins » ou  » Scott Pilgrimm vs the world » on prend conscience que les joueurs de « Donkey Kong » et » Street Fighter » d’hier sont les réalisateurs, scénaristes ou acteurs d’aujourd’hui. C’est ce deuxième point qui pousse les studios à venir vers les joueurs, Macfarlane qui reprend à l’image prés le stage de Honda de « Street Fighters 2« , des vidéos en 16bit dans les transition de « Crank« , Robin Williams qui appelle sa fille Zelda inspiré par le jeu éponyme, les références sont partout.

La vague est lancée, Michael Fassbender portera bientôt un assassin sur nos écrans, Angry Birds débarque cet été et World of Warcraft s’annonce comme étant l’un des films les plus ambitieux de ces dernières années. Ces films seront les thermomètres des studios, ils leur permettront de savoir si le public est prêt ou non à accepter le jeu vidéo comme il a accepté le comic. Qui sait, peut être aurons nous Dwayne Johnson en Master Chief, Di Caprio en Nathan Drake ou encore Benedict Cumberbach en Mario, rien est impossible, mais une chose est sûre, vous n’avez pas fini de voir vos héros de salon sur les grands écrans.warcraft_image