La Belle et la Bête: Notre Avis

La Belle et la Bête de Christophe Gans est le nouvel enfant du cinéma français et un nouvel opus à la catégorie fantastique que ce dernier a quelque peu abandonné depuis quelques décennies au profit du genre comique ou dramatique. Un retour ? Plutôt une habitude prise, depuis quelques années de la part des cinéastes internationaux, de retranscrire une nouvelle fois sur grand écran les contes et légendes de notre enfance. En cela Christophe Gans n’est ni plus ni moins original que ses confrères : Oz the great and powerful (Disney, 2013) ou Blanche Neige (Tarsem Singh), etc. Il semble que nous somme entrés dans une ère de reprise plutôt que d’innovation … mais réservons-nous des jugements trop hâtifs, une innovation pouvant tout aussi bien se trouver dans l’interprétation de l’objet repris.

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Christophe Gans reprend ici un des contes les plus connus -merci Disney- du monde : La Belle et la Bête, déjà porté à l’écran avant la boîte à Mickey, citons pour exemple le film de Cocteau réalisé en 1946 et qui, nous le verrons plus loin, a influencé le film actuel.

Mais pour les newbies, la Belle et la Bête, qu’est-ce que c’est ? Une histoire tirée d’un conte, lui-même tiré d’un texte antique tiré d’une légende colporté de bouche à oreille. L’histoire est la même malgré quelques variantes : Une femme condamnée à être confinée dans un château dont le propriétaire, victime d’une malédiction, a l’apparence d’une bête va apprendre à dépasser les apparences et sa propre peur.

En France, l’histoire nous est arrivée par les mots de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740 dans un recueil nommé La jeune américaine et les contes marins, réécrit par la plume de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1757 dans Le Magasin des enfants. Il semble que la plupart des adaptations connues par la suite se basent sur ce dernier écrit. Celui de Gans se base davantage sur celui de Mme de Villeneuve, davantage fantastique.

Le scénario n’est alors pas une originalité, puisqu’il se base sur l’histoire « originale » de Mme de Beaumont : Un marchand et ses trois filles, ruinés fuient à la campagne pour fuir la honte du déclassement sociale. Par un concours de circonstance, le marchand découvre le château de la bête qui l’accueille en bonne et due forme et lui offre monts et merveilles. Toutefois le marchand emporte une rose demandé par sa plus jeune fille, Belle, et provoque la colère de la bête qui le condamne à être enfermé à jamais avec lui dans le château. Par amour pour son père, Belle se sacrifie et prend sa place dans la geôle princière de son mystérieux gardien. Là, elle va découvrir la vérité sur son geôlier qui devient peu à peu son hôte… jusqu’à en éprouver de l’amour.

Rien de nouveau par rapport à l’original… mais ce qui est intéressant n’est pas d’innover ou non, mais de relever l’interprétation du sujet par le réalisateur. Christophe Gans reprend ici le seuil fantastique, merveilleux de la Belle et la Bête en remplaçant le fantastique dans l’ordinaire et le merveilleux dans le réel : fées, géants de pierre, nymphes, forêt mystérieuse… à son habitude, il aime transcender les mondes et les réalités. L’histoire se passe ainsi en deux espaces-temps : le monde réel et le monde merveilleux. Toutefois aucun de ces domaines n’est clos sur lui-même et se trouve ouvert sur les autes, si bien que nous avons un enchevêtrement de modes. Ce qui fait, bien sûr, que les codes ne sont pas les mêmes : on passe du drame au merveilleux avec des tonalités se référant aux films d’épouvante et d’horreur. Belle réussite s’il en est !

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Le réalisateur, on le voit, présente aussi le thème de la nature dans la même lignée que celui du fantastique dans la mesure où cette dernière dans l’imaginaire est celle qui se rapproche du plus près du merveilleux et en constitue parfois un passage : un aspect très bien réussi et constant tout au long du film : la forêt comme merveilleux, comme menaçante, dangereuse, lieu de mort mais aussi lieu de vie, de joie et de protection…

Une belle esthétique en projet mais qu’en est-il de son application ? – Et bien rien de moins qu’un film visuellement étonnant et intéressant, quand on voit le peu de moyens consacré aux effets spéciaux. Entièrement tourné en studio, enveloppé d’effets numériques qui donne une beauté particulière, surtout quand on sait que le réalisateur a apporté lui-même une rigueur toute particulière à l’agencement des décors avec la tenue des personnages. On sait qu’il choisissait avec précision les robes que porte Léa Seydoux en fonction de leur matière, de leur couleur et de leur taille. Sur tous les plans du dispositif, que ce soient costumes, décors ou accessoire, Christophe Gans appose sa touche.Cela donne alors un beau film dont la couleur est expressive et agréable, dont les décors sont grandioses et merveilleux- tel est le terme !

Le tournage a donc eu lieu entièrement en studio à Babelsberg (Allemagne) et recouvert par des techniques d’effets spéciaux parfaitement maîtrisées.

Jusqu’ici, nous avions parlé essentiellement de la matière filmique qui est très intéressante. Il nous faut aborder alors le jeu d’acteur. Nous avons une bête, voulue par Gans comme digne et humaine, intelligente et belle qu’un Vincent Cassel ne rend pas trop mal, malgré des lenteurs et des incrédibilités. Malgré tout il fait une bête crédible dans la visée de l’interprétation de Gans. Le mouton noir se trouve être incarné en la personne de Léa Seydoux qui elle, n’est pas crédible du début à la fin du film… trop difficile ? Pas forcément : un jeu d’acteur qui est en décalage par rapport à celui de son partenaire et qui brise le binôme Cassel/Seydoux, une intonation sans mélodie…en bref une interprétation sans émotion. Elle ne connaît ni ne maîtrise son personnage qui lui file entre les doigts. Ce qui est dommage pour un film si prometteur. Il faut saluer au passage la prestation de André Dussollier qui n’enlève rien à sa réputation d’excellent acteur.

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La Belle et la Bête de Christophe Gans est un beau film, visuellement intéressant et scénaristiquement légitime de par le fait qu’il s’agisse d’un des seuls après Cocteau à reprendre la trame de Mme de Villeneuve ! Mais c’est sans compter sur une prestation assez mitigée qui déséquilibre le film. Il reste tout de même un bon film de merveilleux, surtout pour un cinéma français très peu habitué à un film de cette ampleur. Le tout-poétique de ce film, à lui seul, incite à se faufiler dans les salles de cinéma.

Quelles ont été vos inspirations par rapport au film ?

Elles sont aussi diverses que variées, au premier rang, le film de Cocteau (1946) sur lequel le film se base dans sa retranscription du merveilleux par rapport au texte de Mme de Villeneuve. Mais aussi le poème original d’Ovide qui présente les facéties des dieux gréco-latins et leur métamorphoses animale pour séduire ou tromper les humains mortels. Le film reprend d’ailleurs ce côté « panthéon » qui vient renforcer ce côté merveilleux : l’intercession de mystérieux dieux bien au-dessus des mortels et qui font le lien entre les hommes et la nature.

Il y a aussi, pour l’esthétique, le côté « jeux-vidéo » et manga déjà aperçu dans Silent Hill que l’on retrouve ici retranscris dans les décors et l’action du film. Pour essayer de synthétiser, il s’agit d’une inspiration résultant du cinéma classique pur et du cinéma fantastique des années 1960-1970 au cours de laquelle j’ai grandi.

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Comment êtes-vous arrivés, avec le peu de moyens dont vous témoignez à réaliser un film de cette ampleur et entièrement en effet-spéciaux ?

Le film est entièrement tourné en studio, à Babelsberg et non en nature. Il a fallu donc renforcer à coups d’effets numériques les décors déjà sur place et nous nous sommes basés sur des techniques déjà existantes, ce qui évite de passer une partie du budget dans le développement de logiciels spéciaux. Nous nous sommes donc basés sur ce qui existait déjà avant. Néanmoins, nous n’avons pas lésiné : on pourrait croire que la forêt a été tourné en naturel alors que non ! C’est un défi que j’ai aimé à relever en tant que cinéphile.

Comment avez-vous construit la bête ?

Ma vision de la bête est ici influencée par les films fantastiques à la sauce lycanthrope comme La nuit du loup-garou ou encore d’épouvante à la Dracula ou encore Le fantôme de l’Opéra. Le côté romanesque de ces créatures mythiques m’a séduit. La bête est dans le film à la fois une sorte de surhomme et une créature mythique à l’exemple des monstres antiques du panthéon gréco-latin. C’est une créature frappée par un destin tragique, en cela elle cache une sorte de tristesse magnifique, de beauté silencieuse perceptible dans se façon de se tenir, de s’exprimer et de se mouvoir.

Afin de construire la bête, il a fallu recourir à une post-synchronisation faciale. Vincent Cassel a du jouer deux fois : une en costume pour donner la réplique à Belle, et une seconde, immobile, afin de lui placer le masque de la bête. Ce masque n’est pas une création numérique mais bien un véritable masque, scanné et placé sur l’image.

F.G