Jessica Jones: le Marvel pour tous

Jamais le spectateur n’aura bouffé autant de superhéros depuis le lancement du colossal projet « marvel cinematic universe ». Parfois jusqu’à frôler l’indigestion. Films, séries, les deux sont intiment liés, pour le meilleur comme malheureusement souvent pour le pire. Après l’acclamé Dardevil, c’est au tour de la trop méconnue Jessica Jones de nous plonger dans le binge watching. Et que le moins que l’on puisse dire, c’est que le plongeon se fait avec délectation.

Le pitch : Jessica Jones, dotée d’une force surhumaine, préfère mener une vie « pépère » plutôt que d’enfiler à l’instar d’un Captain America un costume en lycra. Détective privée au compte d’une avocate sans scrupule, elle voit son quotidien d’alcoolique chronique bousculé quand son ennemi de toujours pointe le bout de son nez. Un redoutable adversaire mégalomane capable de manipuler n’importe quel esprit et ce sur la distance comme la durée… Problème, entre la Wonder Woman bis et l’homme pourpre, tout n’est pas toujours très platonique.

Adieu, doux et tendre manichéisme

A l’image d’autres gros blockbusters comme Star Wars, le côté « gentils versus méchants » a toujours refoulé certains spectateurs. La question ne se pose même pas avec Jessica Jones, et c’est certainement là sa plus grande force et caractéristique. Aucun protagoniste n’est tout noir ou tout blanc. Tous sont, en permanence, confrontés à des dilemmes moraux. Jessica Jones en est sans aucun doute la meilleure illustration. Rongée par la mort d’une innocente bien que manipulée mentalement par son amant de l’époque, elle trouve refuge dans la bibine bon marché. Un héros Marvel qui pète les conventions et qui ferait passez Tony Stark pour un moine retraité ! Car Jessica Jones est tout ce qu’il y a de plus badass. Répliques incisives, sale caractère oblige, Jessica Jones est autant une solitaire qu’une bonne vivante. Baiser avec un inconnu ? Prendre une cuite dans un ascenseur ? L’héroïne au teint cadavérique ne se refuse rien, bien au contraire. Un personnage qui risque très vite de passer à la postérité, notamment grâce à un look facilement identifiable et imitable. Jean troué, perfecto de cuir, coiffure post-coït, bouche à peine maquillée. Le détective Jones est hipster avant l’heure. Même constat du côté des méchants. On ne va pas se mentir, sur Kilgrave on n’aurait parié un kopeck. D’abord à cause de son pseudo, tout en subtilité. Ensuite car les premiers épisodes ne laissaient entendre que sa voix, son accent british si irrité. On s’imaginait alors, avec naïveté, face à un bel et arrogant anglais style Jamie Lannister. C’était sous-estimer son interprète, David Tennant qui donne à son personnage une solide épaisseur. Tantôt dangereux psychopathe puis amoureux transi, on finirait presque par s’attacher à ce maniaque violeur d’esprits… Presque.

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Un potentiel monstre

Contrairement à nous, certain(e)s critiques ne sont pas tendres et font preuve de bien moins d’euphorie. Le principal défaut du show étant sans contestation possible son fil conducteur qui tourne inlassablement… En boucle. Si Kilgrave est le Némésis ultime, on doute franchement qu’il puisse un jour être tué. Et si tel est le cas, ardu il sera de lui trouver remplaçant digne de ce nom. De plus, la série se montre bien moins spectaculaire que ses congénères ce qui peut déconcerter certains fans de l’univers. Il faut dire que les scènes de parfait silence, tournées dans le squat crasseux de la détective sont légions. Au-delà de ces quelques petits défauts, la série reste un succès qui en a encore beaucoup sous le capot. Nul doute que le public arrivera enfin à associer le nom de Krysten Ritter à un visage, ce qui était loin d’être un pari gagné. Côté personnages secondaires, le spectateur est tout aussi choyé. Carrie-Anne Moss incarne l’une des toutes premières figures LGBT chez Marvel. Avocate véreuse, prête à tout pour gagner une affaire (surtout quand il s’agit de son propre divorce), elle nous ferait presque oublier Trinity de Matrix. Enfin, c’est un plaisir de retrouver Eka Darville alias Malcom, déjà vu dans le soap-opera Empire. Voisin toxicomane de Jessica, on prend vite le drogué à la coupe afro en sympathie quitte à croiser les doigts pour qu’il ne connaisse pas un sort à la Breaking Bad. En bref, Jessica Jones est un tout petit OVNI dans la galaxie du comics, un élément perturbateur comme on les aime et qui, on l’espère, engendrera des enfants d’aussi bonne facture.

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