Thibault Gauriau, le magicien Français des effets spéciaux d’Hollywood !

A l’occasion de la sortie française de Transformers: Age of Extinction ce mercredi sur nos écrans, Skript.fr a eu l’occasion de s’entretenir avec Thibault Gauriau,  jeune Digital Artist made in France, qui nous en dit un peu plus sur sa profession, sa passion pour les Effets Spéciaux, et sa collaboration artistique sur différents blockbusters que vous avez sûrement dû découvrir en salles !

Projecteur sur ce magicien de l’ombre qui nous bluff par ses créations numériques …

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–  Depuis 2008 vous travaillez dans la création d’effets spéciaux pour le cinéma. Parlez nous de votre cursus, et pourquoi avoir choisi la voie des Fx.

J’ai grandi dans un environnement très créatif et durant mes années de Lycée j’ai beaucoup joué aux jeux vidéo sur PC. À cette époque, les cinématiques de jeux vidéo étaient ma religion et très naturellement j’ai commencé à vouloir faire pareil. J’ai ainsi découvert Photoshop et l’infographie 3D. 

En quelques années seulement, les effets visuels sont vite devenus ma grande passion et un vrai but dans la vie. La photographie est très naturellement arrivée dans ma vie et ce fut mes premiers pas dans le monde des effets spéciaux. Après des études de cinéma et d’infographie à L’ESRA de Rennes et une année de perfectionnement en animation 3D à l’école de l’EMCI, Angoulême, J’ai obtenu mon premier job à BUF Cie, Paris. C’est vraiment à cette époque-là que j’ai commencé à apprendre le vrai travail d’effets spéciaux, les différents départements, feature film vs commercial etc…

Mon premier poste était généraliste et au cours des différent projets j’ai finalement trouvé mon bonheur en me spécialisant dans les FX qui sont une branche bien spécifique des effets spéciaux. Le département FX est en charge de la création d’explosion CG, fumée, feu, eau, destruction et tout élément visuel qui nécessite une simulation par ordinateur .  C’est un département très technique et très créatif à la fois où tout est fabriqué à partir de rien dans l’ordinateur. Pour moi c’est la liberté totale et l’opportunité de pourvoir créer des éléments complexes et visuellement nouveaux.

 

 

« Digital Artist », « junior effects technical director », « td effect », « effects technical director »…parlez nous de votre évolution et des différences entre vos postes.

Hahahaha … il n’y a aucune différence entre ces titres. Aujourd’hui les artistes sont souvent crédités entant que “digital artist”, c’est un terme plutôt général pour définir les artistes d’effet spéciaux CG à l’opposé des effets spéciaux “ on set ”. Effect technical director, FX td ou td effect, tout ça c’est pareil désignant le même département que sont les FX . Depuis mes débuts dans les effets spéciaux, mon évolution a été relativement simple, j’ai commencé entant que généraliste, puis compositeur et ensuite FX jusqu’à aujourd’hui ou je suis très spécialisé FX, destruction, pyro, fluide à plus grande échelle.

 

 

De Speed Racer au dernier Transformers, en passant par Sucker Punch ou Avengers, les méthodes de travail différent-elles énormément ? Comment s’organisent les équipes ?

Les méthodes de travail évoluent au cours des années bien sûr mais la grosse différence est vraiment entre les studios. Chaque studio à sa propre philosophie de travail, ses propres outils et pipeline et aussi sa façon d’organiser les équipes en départements ou non. Plus les projets sont gros et complexes plus la logique est de bien répartir le travail par département. Mais il existe aussi certains studios où le choix est de ne pas travailler en département mais avec des artistes généralistes, c’est-à-dire capables de tout faire, du tracking et layout, modélisation, animation, FX et rendu. Typiquement avec cette structure on assigne un plan ou deux par artiste et ce dernier est responsable de la totalité du travail.

Cette tendance était encore bien présente il y a quelques années mais plus le temps passe plus les projets sont demandeurs et plus les deadlines raccourcissent, par conséquent la méthode généraliste est de moins en moins rependu et les studios ont tous adopté le principe de département: matchmove/layout, Asset Surfacing, rigging, animation, lighting, FX, et comp.

 

Vous avez travaillé sur Transformers: Age of Extinction (seconde expérience après le 3ème opus), quel a été votre rôle ? Avez vous travaillé à la conception des Dinobots ?

Sur  Transformers: Age of Extinction j’étais senior FX à Lucasfilm Singapour, mon rôle a été de développer des setups de travail pour l’équipe, mais aussi faire plusieurs shots dans différentes séquences du film. Principalement des interactions entre environnement / robot, beaucoup d’explosions, de la fume/poussière, feu, destruction et une variété de plus petits effets (sparks, débris). Je n’ai absolument pas travaillé sur les Dinobots . Les concepts des Dinobots furent développés par une petite équipe de concept artistes à San Francisco durant la pré-production.

 

–  Ce quatrième opus marque un nouveau départ et de nouveaux enjeux. En est-il de même pour vous côté Fx ?

La masse de travail sur le numéro 4 était phénoménale, de loin les shots les plus compliqués de toute la série Transformers question effets spéciaux. Cela nous impose d’être très productif et stratégique pour avoir le temps de tout faire sans compromettre la qualité. C’est ainsi que les pipelines évoluent et s’améliorent. Ce sont effectivement de gros enjeux parce que maintenant ce type de séquence et cette complexité seront attendus dans les futurs projets comme étant presque le minimum nécessaire.

 

Nous avons le sentiment que depuis Avengers (2012), côté effets spéciaux, c’est un enchaînement de séquences ahurissantes. Comment ressentez vous l’évolution technique des effets spéciaux ?

Je suis tout à fait d’accord, Avengers a marqué un tournant question grosse séquence full CG. Pour les effets spéciaux l’impact est total. C’est beaucoup plus de travail et donc besoin de plus d’artistes et bien souvent les mêmes deadlines si ce n’est parfois moins de temps pour tout faire. Comme je le soulignais à l’instant, la tendance est que si un film réussi des grosses séquences d’effets spéciaux et franchit une nouvelle étape alors bien souvent tout les projets suivants demandent cette qualité comme point de départ. Ce qui était pour nous le plus difficile à faire et qui a demandé des efforts de travail considérables devient alors le minimum nécessaire ou presque banal et simple à faire du point de vue du reste du monde. C‘est un effet boule de neige.

 

En tant que spectateurs, les effet spéciaux nous laissent aujourd’hui sans voix ! Cependant cela nécessite des mois de travail. Pouvez vous nous donner quelques exemples.

Pacific Rim est un très bon exemple pour répondre à cette question. Plusieurs grosses séquences du film ont lieu en pleine mer par mauvais temps et feature un kaiju vs jaeger, ce type de séquence est longue et full CG. Chaque shot dure 1 à 3 secondes. Typiquement un shot seulement prendra 3 mois de travail. Je me souviens d’un shot en particulier sur lequel j’ai travaillé, qui a duré presque 6 mois, cela incluant tout le travail de confection, tous les changements du réalisateur, les problèmes techniques, les temps de rendu, les temps de simulation etc. Et de notre point de vue, six mois c’était un peu court compte tenu de la difficulté du plan.

 

 

Pour vous qu’elle est la prochaine étape côté effets spéciaux.

Dans l’immédiat la prochaine étape pour moi est de continuer ma progression au sein de Lucasfilm entant que lead FX pour peut-être un jour superviser tous les effets spéciaux d’une production. C’est un travail de long terme. Parallèlement j’ai décidé de me relancer dans la photographie et je vais essayer d’en faire une carrière professionnelle.

 

Pouvez vous nous parler de vos futurs projets ?

Tous les projets en cours ne sont pas encore officiellement annoncés, par conséquent je ne peux pas tout dire. Star Wars Episode VII est en revanche bien officiel et fait effectivement partie de mes futurs projets avec Warcraft le film et Avengers: Age of Ultron. Le travail a déjà commencé mais c’est tout ce que je peux partager avec vous aujourd’hui.

 

Interview réalisée par Adrien Phocas