Interstellar – Nos avis sur le nouveau Christopher Nolan

Il est toujours compliqué de juger un Nolan à peine quelques heures après la projection du film … alors imaginez lorsque le plus British des réalisateurs Américains s’empare de grands thèmes tels que l’espace, l’humain, la vie … le tout injecté dans une sorte de mélodrame aux fausses-allures de Science-Fiction. Aussi bien, nous, Enlil et Adrien, avons décidé de partager nos arguments, nos avis en quelques lignes, en tentant de nous répondre mutuellement ( à chaud – il faudra attendre le #3 de notre émission les Skript Doctors pour en débattre avec plus de recul ). Nous ne sommes pas d’accord sur tout … Mais force est de constater que ce voyage Interstellaire signé Nolan ne nous laisse pas indemne dans un sens ou dans un autre.

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Adrien: Si il est une chose qui est immuable après le visionnage d’Interstellar, c’est que le cinéma de Christopher Nolan ne cesse d’évoluer et de nous amener vers de nouveaux horizons ! Il est difficile de se faire un avis tranché après avoir vu ce film ,tant  il y a de choses à en dire, car au delà des images, ce film est d’une richesse et d’une complexité à différents niveaux. Sur la forme, le cinéma de Nolan tend à se rapprocher de celui de Terrence Malick par la beauté de sa photographie, de ses décors naturels et de la poésie de certains plans.

Enlil: Si Nolan a toujours eu un gout prononcé pour la photographie dans ses précédents films, le réalisateur fait un pas de géant et développe une nouvelle forme d’écriture visuelle avec son nouveau chef-opérateur Hoyte van Hoytema (Her, La Taupe). De l’ancien Nolan mélangé à du Kubrick, Malick… De temps en temps très froid avec des panoramas glaciaux et impressionnants, parfois très généreux avec une caméra très rapprochée des visages et des couleurs psychédéliques. Que dire de l’ambiance sonore qui est absolument terrifiante, à vous faire bondir de votre fauteuil. Tantôt très imposante, presque assourdissante elle vous met sous tension la plus totale, vous transporte dans le feu de l’action et n’hésitant pas à vous blesser, puis d’un coup vous jette à corps perdu en plein milieu des étoiles, dans un désert galactique froid, noir, silencieux … loin d’être effrayant, mais plutôt fascisant et poétique. Hans Zimmer quant à lui offre au cinéaste le plus beau des thèmes et hommage à un 2001 made in Nolan.

Adrien: Côté casting, comme à son habitude le réalisateur choisit la crème de la crème et ici Matthew MacConaughey prouve une fois de plus qu’il fait partie des meilleurs acteurs de sa génération, ce rôle de père aux allures de cowboy moderne fait des étincelles. Son « duo » avec Anne Hathaway fonctionne d’ailleurs très bien. Tout comme Michael Caine.

Enlil: Nolan met de côté son habitude d’un héros froid, son Bruce »Batman »Bale en est le parfait exemple (et fonctionne à merveille dans sa trilogie Dark Knight). Mais cette fois-ci, le propos est radicalement différent, Nolan a besoin d’un héros, père de famille, astronaute ( rien que ça ): une sorte de surhomme qui tente tant bien que mal de sauver le monde (tel un Moïse des temps modernes) et revoir à temps sa fille. Nolan doit miser sur un acteur au cœur chaud, parfois indécis face à un choix soit trop personnel: tenir sa promesse, soit plus beaucoup plus radical celui de sauver la terre d’un désastre sans retour. Le réalisateur a toujours su s’entourer d’un bon groupe de comédiens, en plus d’une excellente équipe technique, mais cette fois-ci Christopher Nolan construit une véritable famille aussi bien sur terre que dans l’espace. Les liens qui sont tissés, se tissent ou doivent se tisser au cours des trois heures de films sont, à mon sens, pour le réalisateur un challenge important dans son cinéma d’aujourd’hui, bien plus compliqué qu’imposer un illustre inconnu d’Hollywood en tant que badguy costumé face à un homme chauve-souris.

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 Adrien: Sur le fond, nous découvrons un film qui n’est pas qu’une simple histoire de science-fiction, faisant références à 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick, mais un film dramatique traitant de sujets astrophysiques : les voyages interstellaires entre autre ! Car avec Interstellar Nolan nous renvoie directement à notre condition de pauvres mortels et des relations que les Hommes ont entre eux, se focalisant sur l’histoire d’un père et de sa fille. Les relations humaines sont finalement le nœud central de cette histoire où la thématique du voyage Interstellaire semble être ici finalement que secondaire.

Enlil: Terrence Malick a été cité plus haut. Nolan s’y en approche aussi avec des thèmes forts: la vie et son importance, notre rôle, la terre, les éléments naturels. Interstellar n’est peut-être pas effectivement le film de science fiction par excellence truffé de créatures et  autres batailles spatiales, mais il est son film de science-fiction. Nolan adapte ce genre important du septième art à son univers et arrive par la même occasion à déterminer et fixer une possible définition du cinéma: passer d’un univers réaliste rempli de contraintes, en traversant toute une flopée d’étapes et confrontations vers un monde imaginaire, incroyable, idéaliste sans jamais savoir ce qui est vrai ou ce qui est faux. C’est aussi cela le travail physique et idéologique d’un réalisateur et d’un spectateur. Mais tour de magie oblige, Nolan nous montre et explique la force du cinéma: un temps figé … presque « intemporel » dans lequel le moment présent est alors cerné, emprisonné … un Chaplin de 47 ans dans Modern Times restera un Chaplin de 47 ans aussi bien en 1936 qu’en 2014 que dans 50 ans: c’est la force du cinéma et de l’image en mouvement. Nolan nous l’explique à sa manière.

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Adrien: Cependant, même si il faut reconnaître que visuellement ce film est d’une esthétique flamboyante, le scenario souffre d’une terrible envie du réalisateur de nous duper (une fois de plus), en intégrant de longues conversations scientifiques, laissant parfois le spectateur un peu perdu !

Enlil: Interstellar est un film bavard, trop certainement: de temps en temps perdu dans les innombrables discussions scientifiques. Nous ne sommes que de pauvres humains, et nous ne sommes clairement pas au niveau de ces héros, force est de le constater nous détruisons notre planète. Attention, Christopher Nolan ne nous juge pas négativement mais observe et considère une, LA réalité comme facteur essentiel de son film. A l’inverse Interstellar ne parle peut-être pas assez et laisse le spectateur sur d’innombrables doutes: qui ? Comment ? Pourquoi ? Quand ? Qu’importe, le réalisateur, encore une fois, a voulu inscrire sa vision de la narration, du cinéma et par la même occasion du compte dans le genre de la SF. En près de trois heures il nous aura fait voyager sur des millions de kilomètres, des dizaines et des dizaines d’années, nous aura expliqué les théories les plus folles et compliquées du monde scientifique et galactique. Oui Nolan dans Interstellar nous en aura fait baver à ses côtés … et quel pied !

Adrien: Interstellar est un très beau produit ! Un travail sonore qui donne une nouvelle dimension à l’espace et au temps, un visuel bluffant, et un casting haut de gamme. Nolan à réussi son tour de magie : la promesse d’un beau voyage est tenue ; le tour, bien réalisé ; malheureusement le prestige quant à lui est attendu…dommage.

Enlil: Laissez-vous tout simplement guider par un auteur de cinéma ambitieux … chose trop rare aujourd’hui à Hollywood.

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