L’annonce de la retraite le 6 septembre dernier à Tokyo du célèbre réalisateur de films d’animation a bien sûr fait le tour du Monde ! Le co-fondateur du studio Ghibli a exprimé l’envie « pour de vrai » d’arrêter de créer des longs métrages, ceux-ci lui demandant plusieurs années à chaque fois ! Il laisse ainsi son Kaze Tachinu (sorti en juillet dernier au Japon) comme sa dernière pierre à la magnificence de l’Animé.
Il serait difficile de faire une rétrospective complète de celui qui est considéré comme l’un des génies de l’animation japonaise, donc nous allons nous contenter de ses œuvres en tant que réalisateur. Notons que l’image du réalisateur se confond souvent avec celle du studio ; allant parfois à des abus de langages, parlant de « nouveau Miyazaki » alors que celui-ci est seulement producteur ou scénariste. Un petit test à l’appui, qui sait que Arrietty, le petit monde des chapardeurs est une réalisation de Hiromasa Yonebayashi ou que La Colline aux coquelicots est une réalisation de son fils : Gorō Miyazaki ? Si vous le saviez, sachez que vous ne faites pas parti de la majorité !
Du point de vue occidental, sa carrière de réalisateur « connu » débuta en 1996, après la coopération avec Disney pour la distribution de ses films d’animation à l’international. Le public n’a pu découvrir son travail qu’en 1999 à la suite de la sortie de Princesse Mononoké, et le consacra en 2001 avec le Voyage de Chihiro. Suivis ensuite de bien d’autres, beaucoup sortant en France avec des années, voire des décennies, de retard, comme le chef d’œuvre Nausicaä de la vallée du vent datant de 1984 et sortant en 2006 dans les salles de l’hexagone, ou encore son premier long métrage en tant que réalisateur : Le Château de Cagliostro datant de 1979, sorti en 2011…
Mais qu’elle est la « patte » Miyazaki si appréciée des mirettes peu renseignées sur le pays du soleil levant ?
Pourtant il marque un esthétisme et une logique assez nippone. Notons les pauses «paysages » avec des détails plus que précis sur les campagnes japonaises, comme les rizières ou tout simplement, un cour d’eau qui coule dans Mon Voisin Totoro, ou l’utilisation de ces divinités mineures, appelées « yokai », peuplant le folklore japonais dans Mon Voisin Totoro, « Princesse Mononoké » et le « Le Voyage de Chihiro ». D’ailleurs ce dernier a son titre assez mal traduit en français, enlevant tout le côté « divin » ; les Anglais préféreront l’appeler : « Spirited Away ». Japon toujours, avec des inspirations directes à l’art nippon préhistorique de la période Jomon pour les « êtres de la forêts » de « Princesse Mononoké ».
Conclusion, l’originalité japonaise vue par les occidentaux vient souvent de son Histoire ! La thématique de la Nature et de la technologie, souvent abordée dans les animés de façon générale, est aussi une touche nippone. Souvent elle transmet des messages écologiques, par petites touches, comme dans le Château dans le ciel avec le robot sauvant un nid, ou avec de gros sabots dans « Princesse Mononoké ». La Nature restant triomphante face à la guerre et la « soif de métal » des hommes (« Nausicaä de la vallée du vent »). Je conseille d’ailleurs vivement ce dernier sous son format papier étayant vraiment l’histoire « survolée » dans le film qui semble résumer seulement deux volumes sur sept. D’où peut-être la proposition d’Hideaki Anno (créateur et réalisateur de la série Evangelion) de faire la suite…
Pourtant le maître a pris pas mal d’inspiration du côté occidental, et surtout européen. Positionnant ses personnages, souvent féminins, dans des pays reconnaissables : Suède pour Kiki, la petite sorcière ou l’Italie pour Porco Rosso. Ou prenant appui sur des auteurs britanniques : le Château Ambulant est une adaptation du roman de Diana Wynne Jones: Le Château de Hurle. Lui aussi se passant de surcroît dans un monde « occidental ».
Marquée par des films tour à tour « enfantin » comme « Ponyo sur la Falaise » et sérieux, la fimographie de Miyazaki est plurielle. Vous voyez des enfants de 7 ans voir Princesse Mononoké ? Kaze Tachinu, sorti en 2013, laisse sa passion pour les récits d’aviateur transparaître avec le récit de la vie de l’ingénieur Jiro Horikoshi. Cette histoire vraie laissant apercevoir les folies guerrières et les catastrophes humaines s’ancre dans une réalité sérieuse et peu enfantine…
Et après ?
Hayao Miyazaki a bien indiqué qu’il stoppe la réalisation de longs métrages et non la production ou encore la réalisation de court métrages. Sans lui le studio Ghibli a de belles années encore devant lui. Parti très tôt à la recherche de successeurs dignes du maître, il compte aujourd’hui dans ces rangs toujours la présence du deuxième pilier du studio : Isao Takahata (Le tombeau des Lucioles, 1988) et incite des jeunes à se lancer comme Gorō Miyazaki (Les Contes de Terremer) ou Hiromasa Yonebayashi (« Arrietty, le petit monde des chapardeurs »). En notant que le studio a déjà son musée au pays du soleil levant ! (Musée Ghibli, banlieue de Tokyo)
