Alors que la Coupe du Monde de Football s’achève, Skript.fr vous propose de replonger le temps d’une interview dans le monde du ballon rond avec un long-métrage de genre 100% made in France: Goal of The Dead.
Le pitch: Pour l’Olympique de Paris, aller disputer ce match amical à Capelongue aurait dû être une simple corvée de fin de saison. Personne n’aurait pu anticiper qu’une infection très semblable à la rage allait se propager, et transformer les habitants du petit village en créatures ultra-violentes et hautement contagieuses. Pour Samuel – l’ancienne gloire près de la retraite, Idriss-le prodige arrogant, Coubert – l’entraîneur dépressif, ou Solène – la journaliste ambitieuse, c’est l’heure de l’affrontement le plus important de leur vie.
Une version Frenchie et délirante inspirée de l’excellent Shaun of the Dead qui depuis plusieurs semaines trace son petit bonhomme de chemin à travers les festivals, projections, sorties vidéo et trouve son public, preuve que le cinéma Fantastique Français peut fonctionner !
De passage à Nantes à l’Absurde Séance du Katorza, nous avions manqué de peu l’équipe du film, mais qu’à cela ne tienne nous avons eu la chance de pouvoir interviewer l’un des deux réalisateurs de cette petite mais dynamique et sanglante production: Thierry Poiraud !
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– Parlez nous des origines du projet ?
Tout au départ, le projet a été conçu comme une série télé pour Canal +. Finalement la chaîne a préféré écarter le format télé et réfléchir à un long-métrage. L’idée de produire et réaliser une sorte de tryptique et scinder notre histoire en deux parties est rapidement arrivée sur la table.
Quant à moi je suis arrivé au moment où la production avait décidé de choisir deux réalisateurs, à ce moment là le scénario était encore très touffu. Nous avons alors repris le projet en mains et avons écrit une seule et même histoire. Nous nous sommes occupés du personnage principal et avons tenté de construire tout un monde autour de lui comme sa famille.
– Quelles ont été vos motivations ?
Une chose est certaine c’était moins l’univers des zombies que la comédie qui m’a attiré. Car c’est une comédie fantastique sous fond apocalyptique. Ce qui m’intéressait c’était l’aventure de la production. Il n’y avait pas réellement de sortie cinéma prévue, et puis nous partions sur une histoire découpée en deux parties. Nous avons aussi travaillé sur un film de genre, en le prenant au premier degré sans tomber dans la parodie. La liberté a aussi été un point essentiel. C’était très amusant, très jouissif.

– Le tournage était-il difficile ?
Le budget était très serré, et par conséquent effectivement le tournage difficile. Le film a été fabriqué grâce à toute une énergie libérée par les comédiens et une équipe technique soudée et passionnée. Si nous avons pris notre temps dans la préparation et l’écriture du film, le tournage devait se faire très vite. Le genre de la comédie nous permettait d’assumer notre budget et une certaine fragilité. Les conditions n’étaient pas tout le temps idéales: en plein hiver à la Courneuve, il faisait froid. Mais tout le monde y allait de bon cœur, finalement c’était un film familial.
– Comment expliquer la difficulté du film de genre en France ?
Disons que le film Fantastique Français a du mal à trouver sa place chez nous car soit il ressemble aux longs-métrages américains, soit ils sont beaucoup trop sérieux. Il faut rappeler que la majeure partie de nos films d’horreurs sont très noirs, très sombres, presque glauques dans l’idée d’une souffrance importante … Du coups il y a trop peu de diversité. Le fantastique espagnol est beaucoup plus poétique, le fantastique Danois mise plus sur l’étrange par exemple. En France, tout se qui a pu se faire était malheureusement basé sur un même moule. Voilà pourquoi nous avons aussi essayé de partir sur quelque chose d’autre, une comédie, très 80’s, avec un humour et un contexte très humain et à la fois horrifique.

– Les Zombies sont aujourd’hui devenue un argument commercial pour les producteurs et studio …
Il faut se rappeler que la mode des Zombies, en tout cas le renouveau du genre a été lancé par Romero, époque de crise politique importante aux USA. Les contextes sociaux un petit peu particuliers jouent forcément un rôle singulier. Tout comme les films post-apocalyptique qui reviennent en force en période de peur. C’est assez classique. Après le genre du Zombie, c’est un peu un vase creux, vous pouvez y mettre beaucoup de chose finalement: il y a les films d’horreurs, les comédies, la parodie.
– A contrario, le cinéma a toujours du mal à produire quelque chose de fort et intéressant sur le football …
Il est vrai qu’il n’y a jamais eu vraiment de bon film sur le foot: Coup de tête n’est pas véritablement un film sur le football, c’est une histoire centrée sur un village, Mocky avec A mort l’arbitre s’intéresse sur une idée de vendetta, sur la petite bourgeoisie de province, les gens aliénés par rapport à un milieu. Le foot en lui même est assez amusant, c’est presque une société en soit avec ses problèmes politiques, d’argents … c’est un environnement très cinématographique. Après le souci de faire un film sur le foot, c’est le foot lui même qui est très dure à filmer. La Coupe du monde est certes très bien filmée, mais avec un dispositif très important: des dizaines et des dizaines de caméras. Il est compliqué pour un réalisateur de mettre ou remettre en scène le football. Ce sont des sportifs qui sont dans une performance directe. Il y a toujours quelque chose d’un peu faux dans le sport au cinéma, d’autant plus sans athlète de haut niveau. Un acteur n’est pas un footballeur.

– Goal of the Dead aurait-il pu être tourné en dehors de la France ?
Bien sur, notamment grâce aux thèmes du film: le foot, la famille. Malgré tout le film est plus Européen qu’Américain, simplement car le football est plus ancré dans notre culture en Europe qu’aux États-Unis. Il est vrai que le projet pourrait très bien s’exporter dans d’autres pays voisins par exemple. On pourrait imaginer un remake. Nous avions même pensé un moment décliner notre film sur différents sports: ping-pong, parfait pour se battre avec des mini raquettes, le tennis, l’athlétisme, la piscine avec des mecs qui courent en maillot de bain tout au long du film …
– Parlez-nous de vos inspirations ?
Benjamin ( co-réalisateur ) était beaucoup plus comics/cartoon dans les inspirations. Sur le fond en lui même mais aussi la forme il y a bien évidemment des films comme Shaun of the Dead, Zombieland …des comédies humaines sous fond de zombies. Même si nous avons été très attirés encore une fois avec Benjamin par toute une flopée de films des années 80, en particulier ceux de Carpenter. Dans la pure comédie, il faut citer aussi les Monty Pythons avec des dialogues totalement absurdes ou bien même Wes Anderson, Sam Raimi et Evil Dead.
– Vous n’avez pas eu de sortie de cinéma classique …
Le film est assez humble, très généreux mais il a été fabriqué à la hauteur de notre budget. Ce qui était justement marrant c’était cette sortie hors guichet, c’est-à-dire sans conditions réelles de résultat ce qui nous a permis de faire quelque chose de beaucoup plus festif. On a abordé les sorties beaucoup plus décomplexés, plus détendus. A Paris, le film est encore en salle, certes nous n’avons qu’une salle, mais ne vaut-il pas mieux une salle pendant trois mois plutôt que 10 pendant une semaine. Le bouche à oreille a bien fonctionné… tout cela va bien avec le projet du film: sans prétention et amusant. Après il est vrai aussi que nous avons su créer la surprise.
– Quels sont vos prochains projets ?
Pour ma part, j’ai depuis tourné un autre film: Don’t Grow Up, un long-métrage tourné en Anglais avec des adolescents aux Canaris. C’est une co-production Espagnole, Américaine et Française distribuée par Paramount. Une fable de genre encore une fois, sur des ados qui viennent de foyers d’enfants à difficultés qui se réveillent un beau matin dans un monde d’adultes qui deviennent fou. Ils seront confrontés à cette grande question, la signification de ce qu’est devenir un adulte. Le film est plus personnel, assez noir et encore une fois à petit budget.
– Plus petit budget signifie t-il plus de liberté ?
Oui, cela permet plus de liberté. Après on peine toujours aux entournures, nous sommes en permanence dans le compromis sur le scénario, sur la logique des actions. La question est de savoir: si oui ou non les gens perdent de l’argent? Sur un budget d’1 million et demi, Paramount ne perd rien après avoir vendu le film à l’étranger, aux télévisions, en VOD. Ils seront remboursés, même si le film ne fonctionne pas en salles. En France malheureusement nous trouverons beaucoup moins de budget pour ce genre de film, tandis qu’en Espagne c’est un cinéma beaucoup plus populaire tout comme en Amérique.

Goal of the Dead est actuellement disponible en vidéo.