Cette semaine, l’épisode s’ouvre sur Daenerys, qui poursuit sa stratégie de conquête en libérant les esclaves des villes qu’elle rallie. Pour punir les « maîtres » de Meereen, elle cloue 163 d’entre eux à des poteaux sur la route de la ville, référence aux 163 enfants crucifiés qu’elle a croisé sur le chemin de la ville. On retrouve également Tyrion dans sa geôle, attendant une parodie de procès. Il devrait pourtant se faire discrètement aider par son frère Jaime, comme je l’avais suggéré la semaine précédente. Ces deux exemples nous montrent que la justice, dans Game Of Thrones, est instable.
« A l’injustice, je répondrais par la justice »
Si l’aura de Daenerys ne faiblit pas dans le cœur des spectateurs, c’est parce qu’elle s’est montrée à la fois juste et impitoyable au cours de la série. Une image encore une fois illustrée par le châtiment qu’elle fait subir aux hommes de Meereen. Ser Barristan ne l’en a pas dissuadé, lui qui suggérait de traiter les prisonniers avec mesure. « Je répondrais par la justice » : la notion est fondamentale dans le traitement d’autrui par Daenerys. Mais on est tenté de se demander de quelle justice il s’agit.
Daenerys nous séduit en temps que spectateur, car elle incarne des valeurs modernes dans un monde à mi chemin entre la Grèce antique (pour la partie Est) et le monde médiéval (à l’Ouest). Elle accorde une importance particulière au traitement d’autrui : même Vers-Gris a le droit à une éducation. Elle est en faveur de l’abolition de l’esclavage. C’est pour cela qu’elle donne un coup de pouce aux esclaves de Meereen en leur faisant porter des armes. Daenerys leur fait comprendre qu’ils ne doivent pas réclamer justice, mais qu’ils doivent la prendre par eux mêmes. Un moyen de les rassurer sur leur libre arbitre ?

Ce qui est intéressant, à travers l’évolution du personnage de Daenerys, c’est que l’on ne sait finalement pas si cette volonté de « justice » affichée est réelle ou artificielle. On pourrait tout à fait considérer qu’elle ne libère les esclaves que pour sa stratégie personnelle de reconquête du trône. Elle est également la seule qui puisse soulever les foules de joie, au contraire d’un roi comme Joffrey par exemple, mal aimé de ses sujets. Paraître impitoyable envers les riches maîtres et bonne envers les esclaves (qui sont, comme un personnage l’évoque au début de l’épisode, trois fois plus) peut aussi être un bon moyen d’assurer sa popularité.
Le seul moyen de le savoir sera d’attendre le moment ou elle rencontrera les autres personnages à Port-Réal. Contrairement aux Lannister, Tyrell et autres Stark, elle est la seule à ne pas avoir été confrontée à d’autres acteurs de l’échiquier politique du royaume, et n’a donc pas vraiment eu à faire de compromis. Avec son armée d’Immaculés et trois dragons, il est encore facile de libérer des esclaves et de marcher sur des villes.
Justice de la série et justice du spectateur
Ce qui frappe aussi dans cet épisode, c’est que l’on nous rappelle que chaque lieu possède ses propres règles, ses propres codes. A l’est, l’esclavage à la grecque, à l’ouest, la justice médiévale avec ses procès perméables aux manœuvres politiques. A Chateaunoir, c’est le code de la garde de nuit. Et au nord du mur, aucune loi n’a cours. « Là d’où je viens, on me couperait la main pour avoir frappé quelqu’un comme toi » réplique l’insurgé réfugié chez le défunt Craster à Bran Stark, à qui il vient de mettre une volée.

Dans l’univers de Game Of Thrones, les règles et la justice ne sont d’aucun recours face à la puissance. Au final, on l’a vu au cours des saisons, seul la force permet aux acteurs de se maintenir en place. Cette force peut être stratégique, comme a pu l’incarner un personnage comme Tyrion ou Littlefinger – il le suggère avec insistance au cours de l’épisode – ou financière, comme peuvent le démontrer les Tyrell (ou les Lannister, qui « payent toujours leurs dettes »). D’ailleurs, on a vu dans l’épisode précédent que pour Stannis Baratheon, la question financière l’empêchait de retourner donner l’assaut à Port-Réal.
Le monde impitoyable de GoT ne nous empêche pas de nous réjouir lors de la mort de Joffrey, que tout le monde s’accordera à définir comme juste à nos yeux de spectateurs. Ou de percevoir comme injuste la détention de Tyrion, que pourtant tout accuse aux regards des personnages. Mais ce qui fait la force de la série, c’est que même des figures du bien comme ont pu l’être les Stark peuvent se faire décimer pour avoir cédé à leurs émotions.
Injuste aux yeux du spectateur, mais fidèle aux codes de la série.
Martin C
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