Game Of Thrones Saison 4 – Bilan: Une saison en acier valyrien

La quatrième saison de Game Of Thrones a été marquée par une construction beaucoup moins redondante que les trois premières, qui contenaient chacune un vrai climax à l’épisode 9 pour poser les enjeux de la suite à l’ultime épisode de la série. Cette année, la saison a donc multiplié les moments forts, à l’instar du deuxième épisode. Cela a néanmoins pu donner à certains l’impression que des passages clés ont été expédiés. Donc, on se prend à rêver, comme George R.R. Martin, de saisons à 12 ou 13 épisodes… Toujours est-il que cette quatrième saison est sans doute la meilleure de la série.

 

  • Une véritable évolution des personnages

La fin de la saison 3 venait clore définitivement l’arc narratif de la guerre Stark/Lannister en faisant mourir brutalement une bonne partie des Stark. La famille incarnait le bien, la morale, les valeurs, pour la plupart des spectateurs ; et surtout un espoir de voir la famille Lannister réduite à néant après les succès guerriers de Robb.

Après ce grand nettoyage de printemps, on en venait à se demander quelles valeurs peuvent vraiment perdurer dans le monde de Game Of Thrones. La bonté et l’honneur ? Elles peuvent vous faire tuer. L’intelligence et la stratégie ? C’est bien sûr utile, mais pas suffisant. Même le personnage de Tyrion, pourtant le plus fin tacticien de la série, est mis en mauvaise posture dès le début de la saison.

La grande force de cette saison 4 est de nous faire reconnaître que les personnages ne sont plus bons ou mauvais, ils sont complexes. Avec Joffrey, le dernier vrai méchant qui comptait sur l’échiquier politique, celui qui nous apparaissait cruel à outrance, disparaît. J’oublie volontairement Ramsey Bolton, qui ne sort pas de ses terres… pour l’instant ; cela pourrait être amené à changer.

Tous les autres personnages sont traversés par des sentiments contraires ; par une certaine humanité en même temps qu’ils sont capables du pire. Les personnages connaissent une vraie évolution. En ce sens, la saison 4 poursuit la dynamique enclenchée dans la troisième saison avec l’arc narratif de Jaime et de Brienne. Le chevalier régicide s’y découvrait une bonté insoupçonnée, un code d’honneur. Dans cette saison, les plus cruels personnages ont eu l’occasion de révéler leurs fêlures : Cersei, dans son rôle de mère bafouée, mais aussi le Limier, le babysitteur de luxe d’Arya Stark.

 

  • Les bons sont aussi mauvais

A l’inverse, nos personnages préférés se montrent eux aussi capables du pire. Les épreuves subies leur ont sans doute fait perdre foi en l’humanité ; je pense ici principalement à Tyrion Lannister. Bien sûr, l’accomplissement de sa vengeance satisfait le spectateur, mais la tristesse qu’il met à l’ouvrage laisse un petit goût amer. L’ultime découverte de Shae dans le lit de son père est sans doute la goutte d’eau qui fait déborder le vase. A signaler que dans le livre, Shae profite vraiment de Tyrion (pour son argent et sa position sociale) depuis sa rencontre, alors que dans la série elle semble avoir de vrais sentiments pour lui. La chute n’en est que plus dure pour Tyrion, et la trahison de Shae lors de son procès n’en est que plus théâtrale.

On est tout de même déçus de comprendre que le personnage, par son dernier double meurtre, n’aura sans doute jamais la reconnaissance qu’il mérite de la part des habitants de Port-Réal. Il faut signaler l’incroyable performance de Peter Dinklage pendant toute cette saison ; les Emmy Awards et Golden Globes déjà gagnés n’étaient pas volés. Il se murmure d’ailleurs que son incroyable speech à la fin de son procès lors de l’épisode 6 devrait lui ouvrir la voie vers de nouvelles récompenses.

Daenerys est quant à elle confrontée à l’exercice du pouvoir. Pourquoi libérer des esclaves qui ne veulent pas être libérés ? Crucifier une centaine de maîtres sans distinction était-il un bon choix ? C’est la fin de l’insouciance pour la Mère des dragons. Elle comprend que ses décisions ont aussi des conséquences néfastes. On s’est aussi agacé quelques fois de la voir osciller entre ses assurance et ses doutes, mais c’est sans doute le personnage qui veut cela. Ses dragons sont finalement aussi imprévisibles qu’elle. La trahison de Ser Jorah rajoute du tragique à une situation qui commence à sérieusement se gâter du côté de Mereen. Quelque chose me dit que la Khaleesi n’atteindra jamais Port-Réal.

  • Bonnes résolutions

Au Nord, la résolution de l’intrigue est jouissive. Alors que l’histoire semblait se traîner un peu, l’épisode neuf uniquement centré sur Chateaunoir, digne d’une bataille du Seigneur des Anneaux, permet de donner un coup d’accélérateur à l’histoire dans le Nord… qui traînait finalement depuis le début de la série. Forcément, le final peut paraître un peu sorti de nulle part. Mais l’arrivée de Stannis permet de mettre un peu d’ordre dans l’histoire en faisant se joindre deux arcs narratifs. On dirait bien qu’il a réussi à convaincre la terrible banque de fer de lui prêter quelques sesterces…

Dans la même aire géographique, le périple de Bran s’achève enfin avec la mort annoncée de Jojan Reed. Avec les nouvelles perspectives ouvertes par ce voyage, on se dit que Brandon Stark va compter dans la suite de l’histoire. Pouvoir contrôler des êtres à distance et voler va sûrement l’aider à… faire quoi au fait ? On ne le sait pas trop, mais au moins les Stark sont toujours dans la place.

Et que dire de la bataille entre le Limier et Brienne ? Le duel était absent du livre, mais il fait sens au regard des personnages. Malgré quelques scènes touchantes, Sandor Clegane ne pouvait espérer d’autre fin qu’être laissé sur le bord de la route. Même si Arya fait preuve d’une certaine cruauté à l’égard de quelqu’un qui l’a chaperonnée pendant un bout de temps. Mais la plus grande satisfaction est de voir que Brienne peut tenir tête brillamment au gros bourrin de service. Une forme de justice pour le personnage qui prouve que les personnages féminins ne sont pas condamnés à faire de la couture dans une cour de château. On pourra tout de même regretter la rencontre manquée entre Arya et Brienne. La première aurait pu trouver en la seconde une sorte de figure tutélaire.

Petyr Baelish aura finalement été assez en retrait cette saison. Mais l’on sent que cet éloignement est proportionnel au rôle important qu’aura le personnage dans le futur. Sa manœuvre consistant à ramener Sansa aux Eyriés a permis de la sortir de son rôle de pleurnicheuse de service lorsqu’elle se trouvait à Port Royal. L’élimination des insupportables habitants du val d’Arryn est jouissive : l’arrogance de Lysa Tully et de son imbécile de fils méritaient d’être punie. La fourberie de Baelish est source de beaucoup d’excitation puisque l’on sent qu’il possède un plan pour la suite, que l’on a hâte de découvrir.

 

  • La suite

La grosse particularité de cette saison a sans doute été le nombre d’intrigues refermées : au Nord, à Port Réal, avec Arya Stark, la quête de Bran… Pour la première fois, difficile de dire ce qui nous attendra à la saison suivante tant les indices nous permettant de le deviner sont maigres. Deux des personnages principaux sont en exil (Tyrion et Arya) et beaucoup sont morts à Port Réal.

Un mot tout de même sur deux scènes particulières. Un passage du dernier épisode m’a paru très mystérieux : ce qu’il advient de Gregor Clegane (la Montagne). Les mots du mestre m’ont rappelé l’utilisation de la magie noire sur Khal Drogo en fin de saison 1, laissant présager qu’il ne mourrait pas mais deviendrait plus fort. A signaler également : la fin de l’épisode 4, avec le marcheur blanc qui récupère le dernier bébé de Craster, est très intrigante. Des lecteurs des livres se sont d’ailleurs plaints de s’être fait spoiler les ouvrages par la série ; je vous laisse fouiller les internets pour comprendre pourquoi.

En cette fin de saison, les scénaristes ont tout de même été magnanimes : la plupart des personnages n’ont pas été laissés dans des situations impossibles, rendant l’attente jusqu’à la saison 4 un peu plus douce… mais toujours trop longue !