Parrain de la première saison de Skript.fr, Richard Sammel nous fait l’honneur d’une belle et grande interview à quelques mois de la première diffusion de la toute nouvelle série télé signée Guillermo Del Toro: The Strain.
Adapté d’une série de romans écrits par Guillermo del Toro et Chuck Hogan, The Strain raconte l’histoire d’Eph Goodweather, un scientifique spécialisé dans les épidémies et les attaques biologiques, est dépêché peu de temps qu’après un Boeing 777 atterrit à l’aéroport new yorkais JFK sans qu’aucun signe de vie n’en émane, . A l’intérieur de l’avion, il découvre que tous les passagers sont morts, probablement tués par un étrange virus ou… un monstre non identifié. L’homme fait alors équipe avec un ancien professeur, survivant de l’Holocauste, Abraham Setrakian. Ensemble, ils constituent un petit groupe qui devient rapidement le dernier espoir pour la survie de la race humaine. Des vampires transforment en effet petit à petit la civilisation en un gigantesque buffet. Le sang coule à flots et rien ne semble pouvoir les arrêter…
Richard Sammel y incarne l’un des protagonistes principaux et pour la première fois nous parle de son rôle et de cette nouvelle expérience outre-atlantique … Découvrez en guise de cerise sur le gâteau deux nouvelles photos inédites et exclusives de The Strain.
Rendez-vous cet été sur la chaîne Américaine FX.
– Richard, cette année vous êtes au casting de la nouvelle série télé de Guillermo del Toro: The Strain. Parlez nous de votre personnage … Qui incarnez-vous ?
J’incarne un personnage du nom de Thomas Eichhorst , et bien évidemment vous l’aurez compris, d’origine Allemande. Je suis le méchant de la série. C’est une bataille épique entre le bien et le mal. Le bien étant représenté par les humains -ceux qui veulent réellement le rester d’ailleurs. De l’autre côté, les vampires désirent quant à eux régner sur le monde. Je suis un peu le Darth Vader de cette force, une sorte de personnification du « côté obscur » de cette histoire. Je tente de mettre à mal l’Humanité.
– Que pouvez-vous nous dire au sujet de l’ambiance de The Strain ?
J’ai été très surpris car la série inclut beaucoup de thèmes très modernes comme la phobie. Beaucoup de genres sont intégrés à cette série. Bien évidemment le fantastique est roi, une approche similaire à celle de Stephen King. Il y a aussi l’univers propre de Guillermo bien sûr avec les monstres, les créatures. Mais encore une fois, il règne une ambiance très réaliste, très contemporaine. La série traite aussi de nos peurs les plus profondes, d’attaques bactériologiques, des catastrophes naturelles, ou encore un monde post-nucléaire. C’est un mélange très savoureux. J’avoue avoir eu peur que The Strain vire trop vers le fantastique, or la série s’appuie malgré tout extrêmement sur des faits médicaux. Cette puissance noire et vampirique dont je vous parlais est un virus dans The Strain qui par la force des choses, s’empare de l’organisme humain et se propage par la suite.
– La série est une adaptation d’un roman écrit par Del Toro et Chuck Hogan. L’aviez-vous lu ? Quelles différences et/ou points communs trouvez-vous entre le roman et la série tv ?
Bien sûr, j’ai lu les romans. C’est une très belle histoire d’ailleurs: Del Toro avait eu l’idée de cette série tv il y a une dizaine d’années. A l’époque il l’avait proposée à de nombreuses chaînes américaines. Mais personne n’en voulait. Par la suite, on lui a proposé d’en écrire un roman et c’est devenu un best-seller. Puis sont sortis deux autres tomes. Et finalement ce sont les networks américains qui sont revenus vers lui pour adapter cette trilogie en série télé.
La série suit le roman. D’ailleurs nous avons un carnet de route qui suit le premier roman. Mais de ce que j’en ai vu, certains personnages récurrents des livres ont une vie courte dans la série, de nouveaux personnages apparaissent et deviennent importants – et Eichhorst, qui n’existe pas dans le premier livre est présent dès le début du pilote. La première saison couvre les 3/4 du premier tome. Les deux autres romans pourraient être adaptés par la suite sur deux saisons chacun. C’est une série qui a une « espérance de vie » de cinq saisons ou sept maximum. Ou plus : rien empêche Del Toro et Hogan d’écrire de nouvelles histoires et d’inventer au delà ce que les livres proposent. Certains producteurs sont tentés de rallonger encore et encore les séries, jusqu’à tuer la poule aux œufs d’or, je pense que nous éviterons ce danger. Le cadre a été donné dès le départ et c’est une bonne chose.
– The Strain traite des vampires, du monde de l’horreur et du fantastique. Comment expliquez-vous ce succès, cette renaissance du genre à la télé ?
Comme je l’ai toujours dit, le cinéma et la télé s’emparent de nos préoccupations. The Strain suit d’ailleurs cette logique, avec cette préoccupation d’un monde qui court à la catastrophe. Tous ces films d’horreur nous aident à visualiser ces peurs que nous avons du mal à expliquer. Le monde devient de plus en plus complexe, de plus en plus inexplicable. C’est un peu étrange, mais les films d’horreurs nous permettent de nous apaiser. C’est une sorte de mini-thérapie pour les spectateurs. Ils nous permettent de prendre du recul. Ce sont des petits chocs mais le tout dans un cadre extrêmement sécurisant qu’est celui de la télé et/ou d’une salle de cinéma. Tout est une question de dosage. Mais je dirais surtout que le fantastique a toujours été pour le public une échappatoire bénéfique.

– Pensez-vous qu’une telle série aurait pu être développée en France ?
Non ! Absolument pas. Ce problème existe en Italie, en Allemagne, en France … Nous sommes envieux des séries américaines, car ils proposent des produits d’une extrême qualité. Ils ont les moyens. J’entends souvent : « les Américains font de mauvais films », ce à quoi je réponds « oui c’est vrai, mais ils savent aussi proposer de très bons films ». Le marché américain permet aux studios de proposer beaucoup plus en quantité. Ils inventent, ils sont productifs et ils ont surtout le goût du risque. Les Américains peuvent se permettre financièrement de s’embarquer dans des projets risqués. lIs ont cette culture.
Beaucoup de jeunes réalisateurs Français viennent aux USA car ils savent qu’en France ils n’auront jamais cette liberté. En France, les producteurs désirent ce genre de série, mais aucun d’entre eux ne prend le risque de miser dessus. J’ai travaillé sur Le Village Français qui elle aussi fonctionne sur un modèle américain avec un groupe d’écrivains, les scénaristes sont alors valorisés, certes encore bien loin de leurs homologues, devenus de réelles stars. Les idées existent en France, mais les projets sont rapidement « castrés financièrement ». C’est la réalité.
– La série pourrait-elle cependant trouver son public en France ?
Bien sûr. La production présente actuellement le pilote aux chaines étrangères, il y a des screenings à Londres pour les partenaires Européens. J’ai eu la chance d’assister à l’une de ces projections, et le pilote est vraiment bon. Nous en sommes très fiers. Concernant la France, la production négocie avec Canal + et M6.
– En 2008, vous aviez eu la chance de doubler la voix du personnage: Johann Kraus dans Hellboy 2, réalisé par Del Toro. Que retenez-vous de cette nouvelle collaboration avec le cinéaste ?
Je n’ai pas travaillé directement avec Del Toro sur Hellboy 2, puisqu’il s’agissait de doubler la version française d’un personnage Mais il est vrai que c’était une parfaite ouverte vers les différents entretiens téléphoniques que j’ai eus avec lui. J’avais travaillé pour lui, mais pas encore avec lui. C’était un grand bonheur de pouvoir exercer mon métier à ses côtés. C’est un extra-terrestre dans l’industrie du cinéma, un drogué du travail, fou amoureux du cinéma. Il n’est pas anxieux, ni autoritaire et pour autant il a une idée très précise de ce qu’il désire d’un acteur. Guillermo demande beaucoup, mais de manière positive en nous incitant constamment à nous dépasser. C’est un engagement mais c’est passionnant. D’une certaine manière, je vois en lui ce que j’ai observé chez Tarantino lors du tournage d’Inglorious Basterds. C’est toujours impressionnant de voir quelqu’un vivre et s’investir autant pour une passion.

– L’Expérience Américaine ?
Imaginez tout ce que vous pouvez avoir de mieux en Europe et multipliez le par 10. L’impact, la préparation, le sérieux du travail, la minutie … mais aussi la possibilité pour un acteur de s’intégrer facilement à un groupe. Financièrement aussi bien sûr. On se sent véritablement valorisés. Mais ce que je retiens réellement de cette aventure, c’est le lien qui existe entre les comédiens, la production et les scénaristes. J’ai à disposition les contacts de tous les auteurs: je peux les appeler à n’importe quelle heure, je peux les interroger sur tel ou tel point concernant l’histoire ou mon personnage, suggérer des choses … et par la suite, ils ajustent, refusent, acceptent, me donnent leur avis. Certaines scènes ont véritablement été arrangées et modifiées après de nombreuses discussions. Tout n’est pas accepté bien sûr, mais la liberté d’exprimer son opinion est toujours présente. Je n’ai jamais trouvé cette possibilité en Europe. Le degré de collaboration est tellement bénéfique pour la création et l’engagement. C’est le Paradis !
– Les relations avec les acteurs ?
Nous ne sommes que trois Européens, les autres acteurs sont américains. Le tournage se fait à Toronto, du coup nous dînons ensemble, nous sortons ensemble. Nous avons vraiment tissé des liens. De ce fait nous parlons aussi souvent du boulot, de nos rôles, des scènes, ce qui fonctionne ou non, ce qui pourrait être amélioré ou non. Nous échangeons beaucoup.
– Plusieurs réalisateurs ont travaillé sur cette série. Quelles en sont les difficultés pour un acteur ?
Il est vrai que c’est compliqué. C’est une grosse production, ils auraient pu se faciliter la tâche en trouvant des astuces pour gagner du temps, comme par exemple, tourner toutes les scènes avec tel personnage dans tel lieu. Mais heureusement, la production a une ambition très minutieuse. Nous tournons les épisodes les uns après les autres, dans un souci de logique pour la production, les acteurs et les scénaristes. Nous prenons le temps de produire quelque chose de qualitatif. Un réalisateur ne réalise pas plus de deux épisodes ce qui veut dire qu’on ne peut pas trop s’étendre avec un réalisateur. Mais nous avons eu d’excellents metteurs en scène qui savent s’adapter et travailler avec le respect nécessaire à l’oeuvre de Guillermo Del Toro.
Un Grand MERCI à Richard Sammel et à la chaîne américaine FX pour leur confiance et leur temps.
As our godfather for the first season of Skript.fr, Richard Sammel has honored us with an exclusive interview a few months before The Strain, the brand new series by Guillermo Del Toro airs.
The show tells the story of Dr. Ephraim Goodweather (Corey Stoll), the head of the Center for Disease Control Canary Team in New York City. He and his team are called upon to investigate a mysterious viral outbreak with hallmarks of an ancient and evil strain of vampirism. As the strain spreads, Eph, his team, and an assembly of everyday New Yorkers, wage war for the fate of humanity itself.
Richard Sammel plays one of the main antagonists in the show and shares for the first time about his part and his new experience in America. As a sort of cherry on this cake, you will also discover two exclusives screens from The Strain.
The Strain airs this summer on FX.
– This year, you are starring in Guillermo del Toro’s new TV series : The Strain. Can you talk about your character ? Who is he ?
I’m playing a character named Thomas Eichhorst and, of course, you understood he’s German. I’m the bad guy. It’s an epic battle between Good and Evil. Good is represented by humans and the people who want to stay human. On the other side, there are the vampires who want to rule over the world. I could be considered the Darth Vader of these guys, a sort of embodiment of the »dark side » in this story. I’m trying to put the Humanity at risk.
– Can you talk about the atmosphere of the series ?
I was surprised because the series talks about very modern themes like phobia. It includes a lot of different genres. Of course, fantasy is paramount and we use a similar approach to it as Stephen King. There’s also Guillermo’s own universe with the monsters and the creatures. But again, there’s a very realistic and contemporary atmosphere to it. We’re also dealing with our deepest fears such as chemical attacks, natural disasters or a post-nuclear world. It’s a very tasty mix. I can confess that I was afraid of The Strain being too fantasy but the series is based on medical facts. This dark and vampiric power I was talking about earlier is a virus in The Strain. The virus takes hold of the human organism and spreads consequently.
– The Strain is an adaptation of a novel written by Del Toro and Chuck Hogan. Did you read the book ? Are there any differences and similarities between the book and the TV series ?
Of course I read the books. It’s a beautiful story by the way. Del Toro had the idea for this TV series a decade ago. At the time, he had pitched it to several American networks. But noone wanted it. After that, he was told to write a book from it and it became a hit. Then two sequels came in. And finally, the American networks came back to him in order to adapt his trilogy into a TV series. The TV series follows the novel. We also have a logbook that follows the first book. But as i can see: some recurrent characters in the books have a short life in the series, new characters pop up and become important – and Eichhorst, who doesn’t exist in the first book is present from the very beginning in the pilot. The first season covers three quarters of the first book. The other two novels could be adapted over two seasons each! The Strain trilogy has a life expectancy of five to seven seasons maximum. Or more: nothing is preventing Del Toro and Hogan from writing new stories and from inventing beyond the scope of the books. Some producers are tempted by lengthening their series again and again until they kill their goose that laid a golden egg. I think we will avoid that danger. The frame of the story was given from the beginning and it’s a good thing.
– The Strain also talks about vampires, about a horrific fantasy world. How do you explain that success and the rebirth of that genre on television ?
As I’ve always said, cinema and television grabs hold of our concerns. The Strain follows that logic with our concerns about a world running towards a disaster. All these horror movies help us visualize the fears we are struggling to comprehend. The world has become more and more complex, more and more inexplicable. It’s a bit strange but horror movies allow us to calm ourselves down. It’s a kind of micro-therapy for the audience. It allows us to put things into perspective. These are small shocks but the whole thing is set into the securing frame of a television set or a movie theater. Everything is about the amount of it. But I’d say that fantasy, above all things, was always about a good way-out.
– Do you think a series like that could have been made in France ?
Absolutely not. This problem exists in Italy, Germany, or in France… We are jealous about the American TV series because they offer products of extreme quality. They have the budget for such products. I often hear « the Americans make a lot of bad movies » to that I answer « yes it’s true but they also make a lot of very good movies ». The American market allows them to work quantitatively. They invent, they are productive and they have a taste for risky projects. The Americans can afford to get into financially risky projects. They have that sort of culture. A lot of young French directors come to the US because they know that in France they would never have such freedom. In France, producers want to make this kind of series but none of them wants to take the risk. I worked on « Le Village Français » a series that works on the American model with a group of writers, and the scriptwriters are in the limelight. Not as much as their American counterparts who have become stars. The ideas exist in France but the projects are quickly « castrated financially ». That’s the truth.
– However, can the series find its audience in France ?
Of course. The production is actually showing the pilot to foreign networks, there are screenings in London for European partners. I was lucky enough to attend one of these screenings and the pilot is very good. We are very proud. As to France, the production is negotiating with Canal + and M6.
– In 2008 you had the opportunity to dub a character (Johann Kraus) in Hellboy 2, directed by Del Toro. What do you keep in mind from this collaboration ?
I did not work directly with Del Toro on Hellboy 2 as it was about dubbing the French version of the character. But it’s true it was a perfect door to open for the various phone interviews I had with him. I had worked for him but not with him yet. It was a great honor to be able to work by his side. He is an alien in the cinema industry, he is a workaholic and crazy in love with cinema. He is neither anxious nor authoritarian but he has a very precise idea of what he wants from an actor. Guillermo asks a lot from us but in a positive way, by encouraging us to surpass ourselves. It’s demanding but it’s fascinating. In a certain way, I can see in him what I observed in Tarantino on the set of Inglourious Basterds. It’s always fascinating to see someone live and commit so much to a passion.
– Can you talk about your American experience ?
Just imagine everything that’s best in Europe and have it multiplied by ten. The impact, the preparation, the focus at work, the minutia… but also the possibility for an actor to easily join a group. But also financial of course. You really feel like you’re in the limelight. But what I will remember from that adventure is the link that exists between the actors, the production and the scriptwriters. I have the phone numbers of every writer : I can call them at any time, ask them about this or that plot point in the story or my character, I can make suggestions… and consequently they can adjust, say yes or no and they can give me their opinion. Certain scenes were really rearranged and modified after numerous conversations. Not everything is accepted of course but the freedom of expressing one’s opinion is always there. I never found that opportunity to that extent in Europe. The degree of collaboration is so good for creation and commitment. It’s Heaven !

– Can you talk about the relationship between the actors ?
Only three of us are Europeans, the rest are Americans. The shooting takes place in Toronto, so we dine together, we hang out together. We really bonded. That way, we talk about work, our parts and scenes, what’s working or not and what could be better. We talk a lot.
– Several directors worked on this series. Is it complicated for an actor ?
It’s true it’s complicated. It’s a big production, they could have made things easier by using tricks during shooting in order to gain time and for example shooting every scene with this or that character in the same place at the same time. But fortunately, the production has a very minute ambition. We shoot the episodes one after the other in a logical way for the production, the actors and the writers. We take the time to shoot something that’s quality. A director never directs more than two episodes, which means we can’t linger too long with one director. But we’ve had excellent directors who know how to adapt and work with respect to Guillermo Del Toro‘s work.
Our very special Thanks to Richard Sammel and FX for their time and trust.