Déjà, la bande annonce pouvait faire saliver. Vraiment. Mais on pouvait aussi s’attendre à tout avec une affiche pareille : Tom Cruise, Doug Liman et de la SF.
C’est vrai, avoue-le, qu’il est parfois difficile de ne pas partir avec des à-priori concernant le sieur Cruise qui, quand il s’y met, a tendance à en faire des caisses (« Je suis le héros, je sais tout faire, même des cascades impossibles, je ne suis jamais blessé, je suis musclé et mes dents brillent dans la nuit dès que je souris, regardez »)… bref, peut devenir aussi agaçant que ce bon vieux Al Pacino faisant son Pacino.
Heureusement pour nous, l’interprétation de Tom Cruise dans Edge of Tomorrow est on ne peut plus en retenue, d’une sobriété et d’une générosité fantastiques. On est donc plus proche de Walkyrie que de la « saga Ethan Hunt ». Tant mieux.
Le personnage qu’il incarne, un arrogant millitaire dénomé Cage (ironie quand tu nous tiens !) se voit relégué sans ménagement sur le champ de bataille, alors qu’il n’a même jamais utilisé une arme.
Habile tactique scénaristique nous rendant Cruise d’autant plus attachant que, très vite, plus l’action s’enchaîne, plus le film avance et plus on s’identifie au héros de Top Gun.
De toute façon, l’histoire plutôt intelligente (que le prologue intense renforce en crédibilité), nous fait vite comprendre que le personnage joué par Emily Blunt sera mis en avant de façon graduelle pour avoir la même importance que celle de Cruise, ce qui nous évite les saillies hystériques de notre scientologue controversé et l’obligatoire duo « burné » avec punchlines comiques façon Michael Bay. Non.
Dans ce film de Doug Liman (retenons ici de sa filmographie le premier Jason Bourne et non pas Mr & Mrs Smith, pour ceux qui auraient des doutes sur la pertinence de sa présence à la réalisation de EOT), l’histoire est bien plus importante que ses effets spéciaux, ce qui en fait toute la différence avec un énième blockbuster à la Transformers et autres, où tout le visuel est mis en avant pour impressionner, mais surtout pour cacher la médiocrité du scénario, parfois inachevé au moment-même où démarrent les prises de vue. Un miracle ? Peut-être bien ! Et Dieu sait qu’en écrivant cela je pèse mes mots, moi qui suis, d’habitude, le premier à me méfier de ces films d’action à très gros budgets et stars internationales..
Mais alors, d’où vient le fait que Edge of Tomorrow est, au final, bien autre chose qu’un produit purement formaté avec un arrière goût marketing ?
Tout repose à vrai dire sur le fait que le scénariste du film n’est autre que le talentueux auteur d’Usual Suspects, rien que ça (devenu dernièrement le metteur en scène du réussi Jack Reacher) et ces deux détails, mes amis, c’est bien ce qui emporte l’affaire. Car, non seuelement le pitch de EOT fait appel au voyage dans le temps (chaque fois que le soldat Cage meurt au combat, il revit à nouveau la même journée ad nauseum, jusqu’à réussir, enfin, à éviter la mort et anéantir l’Ennemi -ersatz très réussi des insectes de Starship Troopers-, mais il parvient en plus, rare dans ce genre de sujet de plus en plus balisé, à nous cramponner à notre fauteuil.
Liman nous propose ainsi une mise en scène à chaque fois différente de cette journée fatidique, et ce, à chacun des « reset » de Cruise (obligé de tout recommencer à zéro, comme dans un jeu, pour parvenir au point où il était parvenu précédemment). Cela laisse ainsi place à des procédés de mise en scène très inintéressants, originaux, parfois même comiques (ce que n’auraient pas renié le Zemeckis de Retour vers le Futur ni même le regretté Harold Ramis d’Un jour sans fin), et permet au récit de ne pas s’embourber dans le lassant effet « Et allez, on revoit les mêmes séquences filmée de la même façon ! ».
On a même droit à des passages à la Rashômon (oui-oui, vous avez bien lu !…), soutenus par une partition de Christophe Beck bien plus élégante que les gros sabots d’un Hans Zimmer logiquement pressenti dans ce genre de grosse production.
Quant à la 3D, elle ne sert nullement de gadget pour augmenter le prix du billet mais bel et bien d’atout pour que le spectateur soit encore plus en immersion dans cet univers terriblement effrayant de crédibilité.
La réalisation souvent impressionnante de Liman en ressort renforcée, offrant au spectateur des moments de bravoure stupéfiants. On se souviendra d’ailleurs encore longtemps du vertige qui nous assaille lorsque Tom Cruise est éjecté de son avion pour plonger dans le vide afin d’atteindre la plage, où les scènes de combat atteignent l’ampleur de la crudité du Soldat Ryan et l’épouvantable réalisme de cauchemars à la James Cameron.
Que dire enfin du casting, sinon qu’il est juste parfait, jusque dans ses seconds rôles : Brendan Gleeson (Harry Potter, entre autres) en millitaire de carrière est d’une justesse effarante, Bill Paxton (Titanic) en chef de troupes nous rappelle combien cet acteur est génial et lui fait retrouver ici le tempérament de l’US Marine à baffer d’AlienS.
Au fait, et Emily Blunt, alors ? Son surnom de « Bitch » dans le film lui va à ravir, non pas au teint ni à la réputation, mais dans le côté badass assumé. Ce qui ne l’empêche pas de dévoiler ses failles, ses peurs et donc son humanité. Que ceux qui s’attendaient à une énième Megan bimbo Fox aux poses lascives et aux décoletés irréels restent chez eux. On a plutôt affaire ici à une descendante d’Helen Ripley, un rôle qui donc compte.
Autrement dit, son tandem platonique avec Tom Cruise est certes testostéroné mais parfois touchant, car les deux acteurs interprètent avant tout des êtres humains et non des stéréotypes pour blu-ray Videofutur.
En ressortant de la salle de projection, on a donc non seulement l’impression d’avoir passé deux heures -sans vomir- dans un gigantesque rolllercoaster, de s’être amusé, d’avoir sursauté, d’avoir eu peur, d’avoir ri, de s’être attendu tout sauf à ça, mais surtout cette si agréable sensation de ne pas avoir perdu son temps et plus de 10 €.
Diable ! Un blockbuster avec une âme ?! « I’ll be damned !!! » dixit le soldat Cruise.
Jordi AVALOS