Dossier: L'Avenir du Cinéma …

Plus de cent ans après la création du cinéma, la question de son avenir est au cœur de tous les débats car il s’avère de plus en plus incertain. Blockbusters, nouveaux concepts, nouvelles technologies, les évolutions fusent. Certains sont pessimistes, d’autres envisagent des alternatives parallèles, les avis divergent et voici ce que nous pouvons en retenir.

Lors de la conférence présidée par Georges Lucas et Steven Spielberg le 12 juin 2013 à la « University of Southern California » (Los Angeles), nous avons pu constater que ces derniers envisagent de briser la structure et l’organisation autour du marché du cinéma. Cette conférence n’est certes pas toute récente mais elle reste un événement important du futur du cinéma.

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Pour résumer, Spielberg et Lucas prédisent une »implosion » de l’industrie du cinéma. Selon eux, l’avenir du cinéma est très fortement compromis. Lucas l’explique en disant qu’ « il y aura de moins en moins de cinémas mais qu’ils seront de plus en plus gros » et qu’ « aller au cinéma pourra vous coûter 50, 100 voire 150 dollars, comme le prix d’un billet à Broadway ou celui d’un match de foot. Cela coûtera très cher« . Le cinéma rejoindrait donc le système de son grand frère, le théâtre, avec des films qui resteraient un an à l’affiche, tout comme les pièces ou les comédies musicales. Spielberg dénonce cette « usine » qu’est devenu le cinéma en expliquant que les films sont désormais choisis selon leur capacité à remporter des millions au box-office et non selon leur contenu. Selon lui, « Nous sommes arrivés à un point où un studio préfère investir 250 millions dans un seul film pour tenter de décrocher la timbale d’un coup, plutôt que de faire une myriade de projets plus intéressants, profonds et personnels qui risqueraient de se perdre dans la masse« .

Ces paroles surviennent au moment où ces deux géants du cinéma perdent de la vitesse. Simple hasard ou paroles réfléchies ? En effet, le dernier film de Spielberg, Lincoln, a bien failli ne jamais connaître son succès car il était destiné au petit écran, jugé « peu rentable » par certains professionnels. Au sein de cette conférence, il était également question de faire basculer les films « intellectuels » à la télévision pour favoriser les blockbusters au cinéma. Quant à Lucas, la vente des droits de la saga Star Wars aux studios Disney pour 4 milliards de dollars pourrait marquer la fin de l’âge d’or des blockbusters.
Bien que le cycle Spielberg/Lucas soit en berne, nous retenons de cette conférence que les films à l’affiche durant un an viseraient les catégories les plus abondantes de spectateurs, les jeunes, rejetant les films expérimentaux et intellectuels. La VOD (Vidéo à la Demande) deviendrait plus riche que les films diffusés au cinéma. Malgré leur volonté commune de faire évoluer le monde du cinéma, Steven Spielberg et Georges Lucas se contredisent dans leurs discours, ces nouvelles mesures ne s’appliqueront donc pas tout de suite.

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Venons en maintenant à l’avenir du cinéma en 3D. A la sortie du film Avatar en 2009, James Cameron affirmait que la 3D était l’avenir du cinéma en disant que « La 3D, c’est comme le passage du noir et blanc à la couleur« . Qu’en est donc t-il aujourd’hui ? Le bilan est relativement mauvais. En effet, selon une étude d’Allociné, du magazine Le film français et UP3D*, en 2012, 35% des spectateurs français étaient outrés du prix de la place pour un film en 3D, 25% jugeaient les lunettes inconfortables, 15% estimaient les images trop sombres et/ou souffraient de migraines, tandis que 10% rejettaient la 3D. On observe une forte réticence de la part des spectateurs vis à vis de la 3D car 80% préfèrent la 2D. Des efforts de la part des producteurs ont pourtant été réalisés car une grande partie des blockbusters sont proposés dans des salles équipées pour la 3D et dans des salles numériques afin de ne forcer personne à aller voir des films en 3D. De plus, après une succession de films à la 3D médiocre, certains viennent contrer ce fléau, comme le nouveau film d’animation des studios Dreamworks, Turbo de David Soren (2013) où la 3D est tout simplement excellente !
Cependant, il se pourrait très probablement que James Cameron ait pensé et espéré que le succès d’Avatar en 3D allait se propager chez ses successeurs, ce qui est bien loin de la réalité actuelle. La 3D est certes une une évolution et une bonne alternative pour l’avenir du cinéma, mais à moins d’un véritable essor, elle ne sera certainement pas le facteur qui sauvera le cinéma.

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D’autres méthodes existent pour donner au cinéma un aspect « original », comme par exemple la rediffusion d’anciens films à succès en 2D ou 3D en version restaurée dans les salles, comme par exemple Titanic de James Cameron en 2012. Certains événements destinés à rediffuser des anciens films cultes dans des cinémas en plein air tentent de raviver l’âge d’or du cinéma, comme celui du Cinéma au clair de lune qui s’est déroulé à Paris cet été.
De nombreux sites comme celui de France Inter indiquent clairement que l’alternative au cinéma n’est autre que les séries télévisées. Ces dernières, contrairement aux blockbusters, insistent sur la qualité de l’histoire, sur la profondeur des personnages et sur la musique, c’est ce qui attire les spectateurs, qui créent un véritable lien avec les personnages. Le 6 juillet dernier, France Inter déclarait que « les choses ont bien changé: les séries sont sorties du placard et règnent en maîtres sur nos écrans de télévision et d’ordinateur.« 

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Concernant le cinéma français, l’avenir de ce dernier est encore plus compromis que son rival américain. Malgré la loi sur la protection de la culture française (50% des films diffusés dans les cinémas français doivent être de nationalité française), les films français ne plaisent plus, hormis quelques exceptions comme The Artist de Michel Hazanavicius qui a remporté l’Oscar du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur en 2012.
Ken Loach, lauréat du prix Lumière en 2012, appelle au « rassemblement des syndicats du cinéma, des partis politiques et des organisations communautaires pour résister« theartist photo

L’avenir du cinéma reste donc à l’heure actuelle un véritable mystère pour le monde entier, que ce soit du côté des professionnels et des spectateurs. Malgré ses diverses évolutions et ses variétés, l’industrie du cinéma reste encore aujourd’hui un pilier de la culture mondiale et n’est pas prêt à briser son système. 3D décevante, projets encore abstraits, résistances multiples, télévision, nostalgie, voici les principaux alliés et ennemis du cinéma.

*Enquête réalisée sur 11 687 personnes âgées de 15 à 64 ans.