Demolition: « L’art d’une subtile destruction du soi »

Soyons honnête avec vous, si Jake Gyllenhaal, n’avait pas été la tête d’affiche, je serai sûrement passé à coté de ce film. C’est avant tout à cause ou grâce à de lui, que j’ai pris la (sage) décision de passer mon dimanche matin dans une salle obscure. Mais aussi par curiosité… ce film m’intriguait.

Le postulat de départ semble le suivant : à un moment donné, quand tout se referme devant nous, quand nos problèmes n’ont plus de solution, qu’ils pèsent lourdement sur nos épaules, nous éprouvons le besoin de détruire ou pire de s’autodétruire. Comment en arrive t-on là ? En utilisant la thématique du deuil, Demolition apporte une réponse (parmi tant d’autres) de manière juste, parfois drôle et très subtile. Oui, ce film est très habile, finement construit et ne voulant jamais sombrer dans un pathos de mauvais goût.

demolition_film2Demolition s’ouvre par une séquence des plus anodines dans la vie d’un couple, un échange banale, mais qui en quelques phrases permet de poser la psychologie du personnage principale interprété par Jake Gyllenhaal : Davis. Le trentenaire a une très bonne situation, semble avoir ses petites habitudes de citadin moderne, vit en couple… Bref une existence réglée comme du papier à musique. Malheureusement la mort brutale de sa femme va le changer à jamais.

Ce que qui est grandement appréciable dans l’œuvre de Jean-Marc Vallée, c’est ce changement de psychologie amené méthodiquement par de petits éléments s’enchainant les uns aux autres pour finalement aboutir à la « Demoliton » de Davis. Ici, tout s’enchaine de façon logique, sans trop en faire, avec des situations très drôles, sans ne jamais oublier cette pointe dramatique soulignant la cassure psychologique du personnage. Et c’est ici que le jeu de Gyllenhaal fait toute la différence. L’acteur étonne et fascine par le mutisme de ses émotions tout en nous faisant comprendre qu’il en est remplie, proche de l’implosion et du burn-out. Mais sous ses faux airs le masque tombe petit à petit, et nous nous prenons d’affection pour cet homme qui ne sait plus vraiment qui il est. Ce drame se transforme peu à peu en recherche de soi et désire de comprendre les mécanismes internes de notre psychologie : un dangereux besoin de tout détruire, pour ensuite mieux se reconstruire…

demolition_filmJean-Marc Vallée signe ici un très beau film, sur l’humain, ses relations avec l’autre et sa nécessité de comprendre le fonctionnement des choses qui l’entoure. Le montage du film est plus qu’appréciable, très subtile et intelligent dans sa façon de nous présenter les moments clés du couple (comme de très beaux flashbacks). L’image est ici très soignée, et le choix de certains cadres vraiment agréable.

Coté casting, rien à redire, l’ensemble fonctionne très bien. Naomi Watts rayonne, et mention spéciale au jeune Judah Lewis qui nous offre dans ce film deux scènes vraiment marquantes !

Soulignons aussi la musique, très rock’n roll. Une porte ouverte qui nous permet de nous évader tout comme les personnages au fil de l’intrigue. Parfois off, ou in, elle tient un rôle à part entière.

Demolition est un film qui ne vous laissera pas indifférent et confirme le statut d’acteur talentueux et subtile de Jake Gyllenhaal.

PS: Concernant la « Démolition » elle assez fun et on ressent à l’écran le plaisir coupable qu’à pris Gyllenhaal à se lâcher. Jouissif !

Adrien PHOCAS