Dans les oubliettes du 7ème art: Dead Man Talking de Patrick Ridremont

Dans la famille des films oubliés, je demande … Dead Man Talking.

Ou comment un réalisateur vierge décide de prendre le taureau par les cornes et sans vergogne.

En effet, pour un premier film, cet acteur à la filmographie peu fournie ne se contente plus que du devant de la caméra. Il veut aussi être derrière. Qui a dit que l’homme était mono tâche et qui pourrait lui en vouloir quand le résultat est celui-ci ? Je vous le demande.

Histoire de démarrer sur les chapeaux de roues, ce novice du grand écran s’attaque à un sujet sensible; la peine de mort. C’est d’ailleurs un des rares sujets de débats qui s’avère systématiquement interminable. Mais qui dit peine de mort, dit thème vu en long en large et en travers. Monsieur Ridremont, ce parfait inconnu pour la plupart d’entre nous, était attendu au tournant dans les salles obscures qui passaient son long-métrage. A la surprise générale, il réussit à trouver un angle insolite aussi ardue fût la tâche.

Trouver la faille dans le système judiciaire qui permet à un condamné de repousser perpétuellement l’échéance fatidique est une idée de génie. L’histoire autour est alors un jeu d’enfant à écrire mais le réalisateur ne s’arrête pas là. S’axer exclusivement sur l’exécution d’un homme semble malheureusement sommaire. Rebondir dessus pour affronter à peu près tous les sujets de sociétés à polémiques est un coup de poker. Le tout est de savoir s’il s’agit de bluff ou non. En l’occurrence, il ne semblerait pas.

Si l’on peut déceler une maladresse compréhensible et pardonnable quant au scénario un peu trop foisonnant pour un réalisateur qui aurait eu les yeux un peu plus gros que le ventre, celui-ci ne démérite pas et trouve tout de même le moyen de faire passer un message efficace et sensiblement évident visant notre société actuelle et tout ça avec une écriture absolument raffinée et intelligente. Je souhaiterais revenir sur ce point que je viens furtivement de soulever ; la temporalité du récit. Patrick Ridremont brouille complètement les époques pour généraliser son propos et toucher intellectuellement un public plus large. Par ces choix de ne pas préciser le cadre spatio-temporel ou ne pas stipuler les actes qui ont conduit cet homme dans le couloir de la mort, le film arrive à placer son message sociétal au-devant de la scène.

L’alliance de la télé et de la mort avait déjà été traitée avec Live ! de Bill Guttentag par exemple. Mais le trio mort/téléréalité/politique est d’une éloquence renversante transformant la vie d’un homme en divertissement de bookmakers de la pire espèce sous couvert d’une décision démocratique.

En somme, ce film est une petite perle d’originalité et d’humour malgré le sujet choisi. L’écriture est d’une fabuleuse subtilité. On passe beaucoup trop vite sur les films belges qui sont pourtant nombreux à présenter un intérêt évident. Dead Man Talking est un de ceux-là.