Californication Saison 7 – Bilan : Un petit parfum de nostalgie

Sept ans que ce vieux briscard de Hank Moody revenait inlassablement sur les écrans de Showtime. Sept ans que les ingrédients de base de la série, à savoir sexe, drogue et rock’n’roll, étaient déclinés à toute les sauces, plus ou moins ragoûtantes. La série ne s’est jamais vraiment améliorée au fil du temps, mais chaque année, on revenait avec plaisir faire un tour du côté de Los Angeles prendre des nouvelles des personnages de Californication. La septième et dernière saison, après avoir plutôt bien démarré, a offert une fin brouillon et convenue à la série. Pourtant, on gardera un agréable souvenir de ces sept années passées avec Hank Moody. Comme le personnage, la série a pu connaître des errances et des ratés mais a conservé un charme inexpliqué.

Un vieux truc de scénariste

Au début de la saison 7, Hank Moody est toujours ce brillant écrivain dont l’inspiration ne vient plus et qui a toujours besoin de remplir son porte monnaie pour financer ses tournées de bar nocturnes. Après avoir écrit pour son éditeur, pour le cinéma, pour une rock-star, après avoir enseigné la littérature, puis encore écrit pour des musiciens, restait-il un milieu à Los Angeles que Hank n’avait pas exploré ? Que pouvaient encore sortir de leur chapeau les scénaristes de la série ?

La réponse était pourtant sous nos yeux tout le temps : Hank n’avait encore jamais travaillé pour une série TV. Une série dans la série, la mise en abyme est sûrement volontaire. Mais il est difficile de ne pas faire un parallèle entre la production chaotique de Santa Monica Cop (la série fictive pour laquelle Hank travaille) et les errements scénaristiques de Californication au cours des dernières années. Comme à chaque saison, Hank va donc découvrir un nouveau milieu, des nouveaux personnages, de nouvelles femmes séduisantes : c’est reparti pour un tour.

Sauf que pour cette dernière saison, les scénaristes ont légèrement changé la recette. Déjà bien occupé à essayer de récupérer Karen, son amour impossible, Hank découvre qu’il a eu un fils avant de la rencontrer. Ce qui va le pousser à essayer de devenir un peu plus responsable pour vraiment jouer son rôle de père. Le fiston en question, Levon, est une sorte de sociopathe encore puceau, surprotégé par sa mère, néanmoins attachant. Le personnage de Hank évolue légèrement mais on a toujours le droit aux gags un peu trash au travers de son fils. Ce tour de chapeau scénaristique du fils caché, bien que vu cent fois, est réussi : au bout de six ans, on souhaitait vraiment que Hank évolue un peu et ne refasse pas sans cesse les mêmes erreurs.

Les nouveaux personnages nous font également espérer une saison qui remonte un peu la barre. Rath, le nouveau boss de Hank, ne ressemble pas aux employeurs excentriques des dernières saisons. Celui ci étant intelligent et réaliste, on se prend à rêver qu’il puisse remettre Hank dans le droit chemin. Et Julia, la mère de Levon, n’a rien à voir avec les femmes moralisatrices et/ou manipulatrices que Hank a croisé sur sa route.

 

Les pieds dans le tapis

Mais dès que le décorum de la saison est mis en place, la série se prend les pieds dans le tapis du propre univers qu’elle a créé. Il fallait bien occuper Charlie et Marcy cette saison : les intrigues qui les concernent, à base d’impuissance sexuelle et de coucheries rémunérées, ont sûrement été achetées en soldes au hard-discount des scénaristes. Charlie n’a jamais été le personnage le plus subtil de la série, mais là, on touche le fond.

Et puis il y a le plus gros problème de Hank Moody, qui est aussi le plus gros problème des scénaristes. Depuis le début de la série, Hank cherche à récupérer Karen, son ex-femme, et n’a jamais vraiment réussi à faire une croix dessus. Cet amour impossible a donné à la série son identité mais les scénaristes n’ont jamais vraiment réussi à faire évoluer une relation en forme de « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis ». D’ailleurs, Karen semble aussi lassée que nous des tentatives de Hank pour la récupérer. Au moins, une vertu de cette dernière saison aura été d’apporter un dénouement à leur histoire.

Les scénaristes se sont sentis obligés de clore les histoires des personnages « historiques » de la série : Charlie, Marcy, Becca, Karen. Pourtant, on aurait pu rêver d’une autre fin, d’une autre issue peut être plus surprenante pour Hank, à partir des nouveaux personnages introduits.

 

Parfum de nostalgie

D’un autre côté, on a jamais vraiment regardé Californication pour être surpris. On l’a regardée pour ce curieux mélange d’humour trash et de mélancolie. Parce que l’on était irrémédiablement attiré par le personnage de Hank : en même temps personnage fantasque à la vie de rock-star et en même temps un homme comme les autres, avec ses problèmes, ses moments de génie et ses erreurs.

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L’acteur David Duchovny n’est pas étranger au magnétisme du personnage, tant sa propre vie semblait étrangement similaire à celle de Hank Moody. Peu après le début de la série, Duchovny avait annoncé qu’il allait se faire suivre médicalement pour son addiction au sexe. Durant les quelques années qui ont suivi, il s’est séparé de sa femme, rencontrée dix ans plus tôt, puis ils se sont remis ensemble, puis encore séparés…

Tout cela explique qu’en bout de parcours, on pardonne facilement aux scénaristes cette fin de saison un peu bancale. Parce que l’espace de quelques instants, de quelques images d’archives revenant sur la vie de famille de Hank, on vit avec lui et on contemple le chemin parcouru.

Et on le laisse partir sans regrets, mais toujours avec ce petit parfum de nostalgie qui a traversé la série du début à la fin.