Même s’il est essentiel d’être en forme physique pour incarner un super-héros, c’est peut- être encore plus important d’être habillé en conséquence. Le chef-costumier Michael Wilkinson, créateur de la tenue de Superman dans MAN OF STEEL, était impatient de retravailler son costume et d’avoir l’occasion de s’occuper de ceux de Batman et Wonder Woman. Bien qu’il n’ait pas forcément repris ses crayons, Wilkinson explique, »On voulait faire évoluer le costume de Superman. Zack souhaitait qu’il soit plus élégant, et on a donc testé de nouvelles technologies et travaillé sur les détails. Il a eu la merveilleuse idée d’intégrer des symboles de Krypton au costume cette fois, si bien que sur les biceps, sur le sigle S du torse et sur les manchettes des poignets, on distingue des mots délicatement tissés dans le motif du maillage. Il s’agit d’une citation de Jospeh Campbell qui a beaucoup d’importance pour Zack« .

Cette citation rappelle les thèmes du film en accord avec le personnage : « Et, là où nous pensions trouver un monstre, nous trouverons un dieu; là où nous pensions tuer l’autre, c’est notre propre ego que nous sacrifierons; là où nous pensions cheminer vers un monde extérieur, nous atteindrons le centre de notre propre existence; là où nous pensions être seuls, nous serons avec le monde tout entier« . « Bien sûr, pour déchiffrer [le texte] sur la tenue, il faut savoir lire le kryptonien », plaisante le chef-costumier. La cape de Superman a, elle aussi, changé. » Pour [sa] cape, on voulait donner l’impression d’une perfection absolue« , précise Wilkinson.
« On a trouvé une nouvelle matière fabuleuse qui brille comme un étrange métal et se fond merveilleusement dans le bleu de la tenue. Le tissu a été coupé à l’aide d’une lame blanchie à chaud avant d’être assemblé et soudé afin d’éviter la moindre trace de couture. La cape de Superman vient prolonger sa silhouette extrêmement élégante et rappel le que la cape fait partie de la culture de Krypton« .
Par ailleurs, le Batsuit s’inspire du costume très pragmatique que l’on voit dans « The Dark Knight Returns« , la BD de Frank Miller. Dans ce roman graphique, le costume de Batman est moins high-tech et plus élémentaire, « tout à fait le genre de prototype que Bruce Wayne aurait pu concevoir dans son atelier. La tenue semble inachevée, brute et sans raffinement », commente le chef-costumier. « Le style des tenues a permis d’accentuer les disparités entre les deux super-héros: tandis que Superman offre une silhouette élancée qui n’est pas sans rappeler une certaine perfection digne de l’Antiquité grecque, Batman semble plus baraqué et dégage une certaine brutalité. » Si le Batsuit semble au premier abord presque rudimentaire, « les technologies mises en œuvre pour obtenir ce style sont en fait du tout dernier cri« , déclare Wilkinson.

« On a commencé par passer Ben au scanner pour créer son mannequin. On a ensuite façonné une épaisseur de son anatomie que l’on a habillée de peau grâce à une matière imprimée numériquement . Pour son costume, on l’a d’abord sculpté dans de l’argile avant de le numériser grâce a un incroyable scanner portatif. Puis, on lui a donné la consistance du cuir. C’est alors que le vrai travail technique a commencé« . « On a évidé les replis de la coque pour rendre le costume plus souple et pour qu’il bouge comme le ferait notre corps« , poursuit-il. « On peut distinguer la superbe musculature du cou et l’ensemble ne fait plus qu’un avec Ben. Ce costume est une prouesse d’ingénierie qui permet d’obtenir un habit de ‘bat’ confortable et offre une grande liberté de mouvement. Il nous a fallu de six à huit mois pou r mettre au point le Batsuit complet avant qu’il puisse être utilisé pour le tournage« .
De son côté, la tenue de Batman, défraîchie par les combats, tranche avec l’aspect immaculé du costume de Superman. On y distingue des égratignures, des impacts de balle et des traces de saleté incrustés dans la matière, témoins d’années de combat dans les rues de Gotham . Et si la cape de Superman rappelle ses origines, celle de Batman fait partie de son camouflage, masquant l’homme en lui prêtant une allure sombre et sinistre qui s’ajoute à son physique déjà menaçant.
« Zack voulait que notre Batman ait un physique véritablement impressionnant – celui d’un combattant accompli et d’un bagarreur« , reprend Wilkinson. « Sa puissance ne réside pas dans son armure mais dans la force brute de l’homme qui la revêt. Du coup, on peut voir sa musculature bien dessinée, de la tête aux pieds, même à travers ses bottes et ses gants. Il donne vraiment l’impression d’incarner la force« .
Pour les besoins de l’histoire, il a aussi fallu un second Batsuit, pourvu de fonctionnalités entièrement différentes. Outre le costume que Batman porte la plupart du temps dans ce film, un autre évoque davantage une combinaison blindée aux allures d’armure. Pour créer cette tenue, Bruce Wayne et Alfred rassemblent tout leur savoir-faire en mécanique, espérant la rendre assez résistante pour donner à Batman une chance de tenir tête à Superman. Tout comme le costume de Henry Cavill le transforme en Superman, Ben Affleck considère que le Batsuit fait de lui Batman.
« En lisant le scénario« , reconnaît Affleck, « je me suis demandé, ‘Comment m’y prendre? Comment incarner Batman?’ Et puis, j’ai enfilé le costume et me suis regardé dans le miroir en pensant, ‘Voilà’. En fait, il s’avère qu’on ne tient pas vraiment le rôle de Batman, mais celui de Bruce Wayne, et c’est pour cela que les choses se compliquent. Batman lui-même est impassible et sombre; si le costume a l’air fantastique et qu’il est bien filmé, il devient alors emblématique, voire constitutif, de ce personnage de justicier. C’est une erreur d’essayer de surjouer Batman. Il suffit de laisser le costume faire presque tout le travail ».
Pour le département des costumes, le plus gros défi a sans doute été de devoir élaborer la tenue de Wonder Woman. Au cours de projets passés, il y a bien eu quelques tentatives pour revisiter le célèbre costume des années 1970 mais Snyder désirait repartir de zéro. « La première chose dont Zack et moi avons parlé a été son apparence: il fallait que Wonder Woman ait l’air d’ avoir porté ce costume toute sa vie« , reprend Wilkinson. « Elle porte un plastron qui rappelle celui des gladiateurs, une jupe fendue et des cuissardes, le tout marqué par des siècles de combat. Le cuir est craquelé et patiné par le temps. Ses armes ont con nu des jours meilleurs mais ont fière allure grâce à leur ancienneté ».

Snyder a souhaité que le costume de Wonder Woman soit en métal, ce qui a d’abord paru une très bonne idée, jusqu’à ce que Wilkinson commence à réfléchir aux contraintes des scènes de combat du film et aux effets spéciaux. « Le métal est rigide » , reprend le chef-costumier, « mais, dans notre scénario, les chorégraphies et les cascades nécessitaient une extrême liberté de mouvement. Du coup, on a décidé de créer une matière qui ressemble au métal mais qui puisse être peinte pour lui donner une patine ancienne tout en restant souple. J’ai dessiné un plastron composé de plusieurs éléments reliés par des articulations extensibles, ce qui a permis à Gal de respirer, de se courber et de réaliser tous les mouvements de ses cascades époustouflantes tout en ayant l’air de porter cette armure métallique parfaitement solide. On a voulu contrebalancer sa force et son air intimidant par sa grâce et sa prestance ».
Comme Wilkinson le sait, les défis font partie intégrante du processus de création de costumes complexes. « Chaque fois qu’on travaille sur ces tenues de super-héros, les phases de recherches et de développement précédant le tournage sont très importantes« , ajoute Wilkinson. « On étudie des tissus en réfléchissant à ce que les costumes vont subir au cours du tournage. Il y a toujours d’intenses séquences de cascades, le travail au filin et des chorégraphies élaborées que ces tenues doivent endurer. Il faut aussi garder à l’esprit que les acteurs doivent se sentir à l’aise dedans, même si cela veut dire qu’ils portent une combinaison pour les rafraîchir ou des épaisseurs supplémentaires pour leur tenir chaud. Et les costumes doivent tenir toute la durée du tournage. Il faut donc prévoir le nombre de tenues de rechange et les différentes variations d’éléments comme les capes courtes, les tenues sans cape, les masques souples, les bottes de cascade, etc. C’est en fait comme un puzzle. Mais c’est vraiment gratifiant, parce que ça me permet de tester des choses qui n’ont encore jamais été faites avec des costumes et d’utiliser de nouvelles technologies qui nous permettent de rendre ces tenues non seulement magnifiques mais aussi très fonctionnelles ».
Bien entendu, ces trois personnages en costumes apparaissent aussi sous les traits de leurs alter ego, Clark Kent, Bruce Wayne et Diana Prince, et l’équipe des costumes a aussi dû les habiller.
« On a voulu que la garde-robe de Clark à la ville rappelle le fait qu’il a grandi dans le Middle-west au Kansas« , reprend Wilkinson, « si bien qu’on a utilisé des textures douces et chaudes–laine, velours côtelé–dans des tonalités de bruns et des motifs à carreaux« . En raison de l’impressionnante plastique de Cavill, il a fallu intégralement fabriquer ses vêtements. « Henry possède une carrure absolument extraordinaire, et on ne peut pas simplement lui acheter des vêtements [à sa taille]« , fait remarquer le chef-costumier, « mais on avait tout à fait conscience d’utiliser des matières et des lignes qui permettaient d’atténuer sa carrure et de l’aider à se camoufler dans ses vêtements ».
Pour Bruce Wayne, il a fallu plutôt faire le contraire. « Ce qui m’a vraiment permis de découvrir qui est Bruce et comment il devrait s’habiller, c’est une conversation que j’ai eue avec Ben en amont du projet« , déclare Wilkinson. « Il pensait que son personnage devait apparaître très sévère, le genre de type qui, quand on ouvre son placard, possède huit chemises blanches impeccablement repassées et douze magnifiques costumes bleu marine et noirs. En fait, c’est peut-être ça son uniforme, c’est ça son alter ego – quelqu’un qui se fait passer pour un riche playboy qui sort avec des tops modèles et conduit des voitures tape – à – l’œil, alors qu’il est en réalité beaucoup plus proche du personnage de Batman ».

Une fois que le costumier a eu cette image de Bruce Wayne à l’esprit, il a évité d’adopter un style voyant, privilégiant un raffinement élégant et minimaliste. Il note : « J’ai conçu le moindre de ses vêtements et choisi de superbes tissus. Les habits sur-mesure de Bruce ont été confectionnés dans les ateliers de Gucci à Milan et ils lui vont comme un gant« . Cependant, Bruce Wayne n’est pas le seul homme d’affaires milliardaire de l’histoire. En tout point différent de son personnage, Lex Luthor est l’exemple même du jeune entrepreneur des temps modernes à la tête d’un gigantesque empire. En revanche, il se désintéresse totalement de la manière dont son père a pu gérer ses affaires à son époque. « Dès que Jesse Eisenberg a été choisi pour camper Lex, j’ai su précisément ce que je voulais faire de ce personnage », se souvient Wilkinson. « C’était extrêmement libérateur car ce choix était totalement aux antipodes de toute idée reçue : il n’avait rien à voir avec le magnat de Wall Street classique en costume trois pièces et n’entretenait pas de relation traditionnelle au pouvoir. Notre Lex est un jeune homme d’affaires du XXIème siècle dans l’industrie des technologies. J’aimais bien le fait qu’il ait un physique complètement différent de celui des super-héros tout en muscles. Il est clair que sa force réside dans son intellect, pas dans ses muscles. Même s’il est l’homme le plus riche au monde, et qu’il peut donc porter les vêtements les plus haut de gamme, il s’amuse à assortir des habits chers à des t-shirts sérigraphiés, des costumes décontractés très colorés et des baskets. On ne peut pas le cerner, ni lui ni son style, et ça lui convient« . Wilkinson était réjoui à l’idée d’habiller deux personnages qui peuvent s’offrir les mêmes produits de luxe mais qui ont deux approches diamétralement opposées pour faire leurs emplettes. « Lex nous rappelait une sorte de Mick Jagger entrepreneur de la Silicon Valley, ce genre de mélange. Je pense qu’aborder le personnage ainsi est assez surprenant et iconoclaste », dit-il.

En esquissant les tenues de Diana Prince à la ville, Wilkinson explique qu’il s’est montré prudent et a résisté à la tentation d’ « être à la mode ou d’en faire trop. On a voulu imaginer des vêtements pour Gal qui attirent l’œil et qui soient uniques tout en rappelant sa personnalité et la réalité du film« . Le chef-costumier s’est efforcé d’atteindre une forme de sophistication et d’élégance européenne, faisant ressortir la beauté de l’actrice grâce à une utilisation de teintes minimalistes. « Elle porte beaucoup de couleurs fortes avec des coupes assumées et des bijoux éblouissants : tout en elle souligne qu’elle est intelligente et que, d’une certaine façon, c’est quelqu’un qu’il ne faut pas contrarier. Il était primordial que ses vêtements indiquent sa force, au lieu d’être simplement décoratifs », affirme-t-il.