American Horror Story: L’esthétisme du frisson horrifique

Depuis les débuts de l’horreur et du fantastique, autant dire que depuis l’éclosion du cinéma, il y a eu une escalade dans la peur, dans l’épouvante. Chaque nouvelle génération apportait des images qui suscitaient des commentaires ébahis, avec toujours plus de surenchère et de gore, qui n’ont jamais vraiment connu de pause. Mais qu’en est-il du petit écran ?

Lorsque l’on parle d’horreur à la télévision, on pense avant tout à cette série culte que fût Les Contes de la Crypte (1989 à 1996) sur HBO présentées par le Gardien de la crypte, un cadavre desséché en état de décomposition avancée adepte de l’humour noir. Puis nous vient à l’esprit Au delà du réel : l’aventure continue (1995-2002) sur Showtime puis Sci-Fi. Série plus fantastique qu’horrifique, mais bien plus sombre que l’originale (1963-1965). Pour parler de série, vraiment horrifique il faut attendre 2005 et la série Masters of Horror (2005-2007), pour avoir sur nos écrans de Tv, des épisodes dignes de films d’horreurs ! En effet, ce sont les grands noms du cinéma de genre qui réalisent ou scénarisent les épisodes (De Tobe Hooper à John Carpenter en passant par Dario Argento), puis Fear Itself (2008), mais avec beaucoup moins gore que sa grande sœur !

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Certes, l’horreur à toujours passionnée les spectateurs quelques soient les pays et les thèmes abordées. Nous connaissons le goût des Américains si friand de ces légendes urbaines, mais il va falloir attendre 2011 et le duo Murphy/Falchuck pour aborder l’horreur de manière plus esthétique que terrifique avec la série American Horror Story. Les deux compères avaient déjà surpris et choqué le monde des séries Tv avec Nip/Tuck (2003-2010 / FX) en abordant des thématiques tabous et en jouant sur l’esthétisme visuelle de leurs série (NB : seules les 2 premières saisons méritent réellement le coup d’être visionnées).

Les revoilà donc réitérante l’opération et en s’attaquant au genre de l’horreur. Mais là, ou ils se démarquent des séries citées précédemment, ce que nous allons vite nous rendre compte, c’est qu’ici l’horreur n’est pas le point le plus important, mais c’est la façon dont on nous la présente. Nous retrouvons des thématiques familière à l’horreur : La maison hanté (en saison 1), l’asile psychiatrique et la religion (en saison 2), La sorcellerie et la politique raciale au début du 20ème siècle (saison 3), ces thématiques sont très bien traitées, avec des scenarii plus ou moins réaliste, mais on se laisse prendre au jeux, captivé du début à la fin. Cette série, n’est pas une série d’horreur, c’est une fresque visuelle frissonnante !

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Tout au long de ces 3 saisons, le concept de ciné-oeil est présent. En effet la caméra est donné comme un témoin vivant, elle permet de nous montrer ce que l’œil humain ne peut pas voir, elle déforme les perspectives, se pose à des endroits où nous ne pourrions pas habituellement regarder et le montage lui permet de créer des liens. Plans abstraits, perspectives aériennes, trans-trav, plans très larges, utilisation d’objectif grand angle et fish-eye, utilisation d’une focale très courte, gros plans, plans Lostiens…toutes ces techniques apportent à la réalisation et au récit une seconde lecture pour nous spectateurs, et une perte de nos repères visuels, qui nous entraîne vers une autre dimension de l’horreur. L’horreur n’est donc plus ici horrifique, mais esthétique !

Qu’en est-il de l’horreur ? Présente en effet, elle est surlignée au travers de la réalisation : grâce aux cadres, aux plans désaxés, aux mouvements de la caméra, à la mise en lumière des corps et des lieux. Il faut reconnaître que les décors de cette série sont vraiment incroyables ! Tellement beaux, qu’ils font peur. Il en résulte dans chaque lieu une atmosphère oppressante, cloisonnée, coupée du monde extérieur.

La réalisation des flashs back est aussi à chaque fois un vrai bijoux esthétique, rappelant la série Cold Case (2003-2010) en faisant preuve d’originalité, mêlant différentes époques à un récit qui se déroule lui-même dans le passé. L’esthétisme de l’image se retrouve aussi au travers de la colorimétrie apportée aux récit, chaque lieux, chaque époque à sa propre palette de couleurs.

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Enfin, le casting est très intelligemment exploité, à chaque saison, une nouvelle thématique d’horreur, on redistribue les cartes aux comédiens, afin qu’ils nous offrent un nouveau rôle. C’est bien vu, et cette 3ème saison permet un face à face d’anthologie entre Jessica Lange et Kathy Bates.

On sent que cette 3ème saison part vers de nouvelles promesses esthétique et scénaristique, mais ici l’horreur est bien moins présente, elle se fait plus psychologique et politique ! C’est intéressant, même si nous préfèrerions revenir aux bases de la série, cependant, la réalisation est toujours extrêmement soignée, et le casting au top de sa forme.

La sorcellerie ne fait plus peur, mais de l’avoir mis en parallèle avec le contexte politique racial du début du 20ème siècle en Louisiane, est bien vu, car la peur de l’autre, de l’étranger reste la plus grande de toutes les peurs. Pas de fantastique, ni de gore, ici l’horreur est humaine et sociale. Cela nous rappelle que « les hommes ont mit au point la caméra pour ouvrir les yeux ».

Que pouvons nous attendre des prochaines saisons ? Que l’horreur pure et dure revienne par la grande porte, car du point de vue de la forme cette série est un réel plaisir à regarder, reste à espérer que la prochaine thématique de l’horreur soit aussi intéressante que celles qui ont été traitées jusqu’ici. Car comme le dit si bien Hitchcock : « La vie, ce n’est pas seulement respirer. C’est aussi avoir le souffle coupé », et c’est tout ce que l’on demande à American Horror Story !

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